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Le deuil de la mélancolie, Michel Onfray

                Si les écrits du philosophe libertaire témoignent souvent d’une audace et d’une intelligence remarquables et si ses récits sur le corps ou la mort de son père sont bouleversants, Le deuil de la mélancolie, où Michel Onfray narre ses problèmes de santé, offre peu d’intérêt. Il ne nous épargne ni les nombreux examens qu’il a dû subir lors de son dernier AVC, ni les visites chez les nombreux médecins, tous plus Diafoirus les uns que les autres, selon lui. Trop de répétitions pour dire son aigreur envers les faux amis qui l’ont abandonné et des éloges trop flatteurs pour ceux qui l’ont aidé. Attitude qui met mal à l’aise à force de jouer les victimes, d’autant plus que ces propos maintes fois tenus donnent un sentiment de déjà entendus.

                Quant à l’hommage à sa compagne, Marie-Claude, victime d’un cancer qui l’a rongée pendant dix-sept ans, on s’en tiendra au merveilleux Requiem athée qu’il avait écrit pour elle juste après son décès et qui était en même temps un éblouissant hymne à la vie.

Dix-sept ans, Éric Fottorino

                Dix-sept ans, c’est l’âge de Lina quand elle donne naissance à Éric. Trop jeune pour être mère. On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans. Lina a envie de s’amuser comme les autres adolescents, d’autant plus que sa propre mère est là pour assumer ses responsabilités auprès de l’enfant. Dès l’annonce de la grossesse, le père biologique, Moshé, va vivre dans son pays d’origine, le Maroc, et c’est Michel qui a élevé l’enfant avec deux autres frères, avant de les quitter à son tour. Éric est dévoré de ressentiment envers cette famille qui n’a pas su l’aimer comme il l’aurait souhaité. Mère trop jeune, père absent, réflexions blessantes formulées autour de lui. Éric rejette ses parents. Jusqu’au jour où, alors qu’il a la cinquantaine, sa mère réunit ses enfants pour leur confier un secret : deux ans après Éric, elle a donné naissance à une petite fille abandonnée sur les ordres de sa mère. Deux bâtards dans la famille, c’était trop pour cette femme pétrie de religion qui avait déjà un fils homosexuel et un autre défroqué.

                L’écrivain, impassible pendant l’aveu de Lina, réagit par la fuite, sur les traces d’un hypothétique passé dans les rues de Nice, la ville qui l’a vu naître, mais aussi la ville de l’exil pour la future mère qui devait être éloignée des regards familiers. Recherche identitaire au cours de laquelle le romancier va imaginer ce que sa « petite maman » a subi. Considérée comme une prostituée parce qu’elle se jetait dans les bras des hommes pour trouver l’affection qu’elle n’avait pas chez elle, cette femme-enfant a été mise à l’écart par sa famille. Petit à petit, les souvenirs surgissent et Éric Fottorino, dans sa quête se rend compte à quel point sa mère l’a aimé, elle qui a eu le courage d’aller le chercher chez la nourrice où sa grand-mère voulait l’abandonner. Un autre moment fort permettra peut-être à l’adulte qu’il est devenu d’aller mieux. C’est leur voyage de La Rochelle à Nice où la mère veut revenir, après le décès du père adoptif. Dans le lieu-clos de la voiture, la mère et le fils se racontent et dévoilent leurs fêlures.

                Est-ce que cette plongée au fond de lui-même, cristallisée par l’écriture cathartique du livre, parviendra à l’apaiser ? La fin du roman permet d’en douter, même si tout au long des pages, son besoin de bons sentiments est évident et transparaît dans la reprise de l’expression « petite maman ». Est-ce de la pudeur de la part du narrateur dont la froideur ou même la cruauté à l’égard de sa mère mettent mal à l’aise ? Les termes employés sont parfois d’une dureté insoutenable.

                Notons qu’Éric Fottorino n’a pas voulu mettre en scène Nice, la ville fantasmée, sans évoquer le traumatisme qu’elle a vécu lors de l’attentat du 14 juillet 2016. L’histoire familiale rejoint alors les souffrances des habitants qui, comme le romancier, tentent de se reconstruire.

                Ce récit autobiographique, considéré par l’auteur comme une fiction, est un texte fort sur l’histoire d’un fils et d’une mère qui s’aiment mal et qui tentent de se retrouver, en exhumant les non-dits du passé.

La maison et le monde, Rabindranath Tagore

                La maison et le monde est un récit à trois voix qui s’inscrit dans le cadre d’une situation historique bien précise : le Bengale sous la domination anglaise. Les personnages donnent tour à tour leur point de vue sur les événements politiques et sur leur vie privée. Il s’agit de Nikhil, le rajah, Bimala, sa femme et Sandip Babu, l’ami de Nikhil. Le couple, après neuf années de mariage, a trouvé une certaine stabilité. Bimala est une femme au foyer invisible. Elle est la servante de son mari et, comme toutes les épouses en Inde, elle s’accommode de sa belle-famille qui vit avec eux, supportant les conflits, surtout avec sa belle-sœur qui la harcèle de sa jalousie.

               Tout change lorsque Sandip Babu vient s’installer chez eux et s’éprend de son hôtesse. Sandip est à la tête d’un mouvement très actif à l’époque, le swadeshi, qui lutte pour l’indépendance de son pays et qui boycotte tous les produits britanniques. Extrémiste intraitable pour ceux qui ne partagent pas sa cause, il pense que tout ce qui est grand est cruel. « Ceux qui désirent de toute leur âme et jouissent de tout leur cœur, ceux qui n’ont ni hésitations ni scrupules, voilà les élus de la Providence. » Tel est son credo. Pourtant, vis-à-vis de Bimala, le révolutionnaire intransigeant est troublé et fait preuve de faiblesse. Il en est désolé pour son ami mais il n’hésite pas à demander à Bimala de soutirer de l’argent à son mari pour éliminer les musulmans du pays. La femme reste pour lui un être inférieur qui doit soumission à l’homme.

               Bimala, de son côté, ne résiste pas à son charme même si elle est tiraillée entre les convenances et cette passion qu’elle sent poindre. Pour la première fois, la femme effacée défend ses idées. Près de Sandip, elle se sent investie d’un pouvoir qu’elle ignorait. Il semble que ce conquérant lui révèle sa vraie nature, en lui faisant découvrir le monde qui existe en dehors de sa maison.

              Nikhil, comme son ami, participe au mouvement nationaliste, mais il est plus modéré et il est surtout adepte de la non-violence. Il défend les produits indous, mais refuse de détruire les marchandises étrangères. Quant à sa femme, il l’a sublimée et souffre de sa perte. Il éprouve de la tristesse devant le vide de sa maison aux deux cœurs séparés. Pourtant, il la laisse libre de ses choix et ne veut pas intervenir quand il la voit s’éloigner de lui.

               Par le prisme de ses trois narrateurs, Tagore fait part de ses propres doutes sur les conflits qui secouent son pays, tout en critiquant la violence qui s’installe au niveau social mais aussi dans la religion qui voit s’affronter sauvagement les musulmans et les hindous. Loin de mettre en scène des personnages manichéens, Tagore analyse avec finesse les sentiments qui se bousculent dans le cœur de Bimala, de Nikhil et de Sandip. Même ce dernier, affichant souvent une grande cruauté, se révèle un être complexe capable de sensibilité face à ses amis. Il reconnaît lui-même : « Je suis né dans l’Inde ; et le poison du spiritualisme coule dans mes veines. Même si je dénonce la folie de marcher dans l’abnégation, je ne l’évite pas toujours. » Avec Bimala, c’est une belle figure d’émancipation féminine qu’il nous offre dans un pays corseté par les traditions. Enfin, tout au long de ces pages, nous baignons dans la mythologie indienne avec de nombreuses références aux dieux et aux déesses qui ont connu le même sort que les personnages du roman.

               Dépaysement assuré donc avec ce roman profondément ancré dans la vie indienne du début du XXème siècle.

Passage des ombres, Arnaldur Indridason

                Un vieil homme solitaire est trouvé étouffé chez lui. On connaît peu de choses de lui, sinon qu’il s’entendait bien avec sa voisine à qui, pourtant, il n’avait pas fait de confidences. Les objets trouvés dans son appartement sont peu bavards : une photo d’un jeune homme et trois articles de presse sur une jeune femme étranglée et déposée derrière le théâtre national, en 1944. Ces extraits de journaux interrogent Konrad, inspecteur à la retraite, qui prête main-forte à Marta, la responsable de l’enquête. Les souvenirs se bousculent chez Konrad qui se rappelle qu’à cette époque, son père avait organisé une séance de spiritisme pour mettre en relation la jeune fille assassinée et ses parents adoptifs. Entrent en jeu des histoires de viols, d’avortements clandestins, des relations critiquées entre les soldats américains et les Islandaises pendant l’occupation (il s’agit de la fameuse « situation ») et même des interventions d’elfes sortis tout droit des contes populaires. Plus de doute sur le lien entre les deux enquêtes quand Konrad comprend que le vieil homme étouffé n’est autre que l’ancien militaire, Thorson, chargé de résoudre le mystère de la jeune fille du passage des Ombres. Peut-être avait-il de nouveaux éléments sur cette affaire non résolue ? Les déductions de Konrad le conduisent sur la même piste que Thorson, l’amènent à interroger les témoins bien cachés du passé et à lever le voile sur les coupables.

                La structure du roman permet de suivre aisément la progression des deux enquêtes avec des retours en arrière sur une histoire non élucidée. Pas question, pour Indridason, de laisser ses policiers sur un échec et c’est avec habileté qu’il relie, à la fin, les deux intrigues, tout en gardant un œil critique sur cette Islande marquée par l’occupation des Britanniques et des Américains pendant la guerre et tiraillée entre la modernité des jeunes femmes qui veulent s’émanciper et la croyance tenace aux mythes anciens qui rendent responsables les elfes dans les situations compliquées.

La colère des aubergines, Bulbul Charma

                Ces nouvelles sont présentées comme des récits gastronomiques et, effectivement, chacune d’elle est assortie d’une recette qui a un rapport avec l’histoire racontée. Elles mettent en scène des cuisinières émérites ou pas, ayant chacune une spécialité culinaire. Une vieille femme veille jour et nuit sur sa réserve contenant, dans des jarres, des pickles de mangue convoités. Une jeune orpheline, ballottée de famille en famille où l’on se sert d’elle comme d’une esclave, sacrifie sa vie par abnégation. Un homme est pris en sandwich entre sa mère et sa femme qui le gavent de plats plus exécrables les uns que les autres. A l’occasion d’un mariage, chaque famille essaie d’impressionner l’autre avec des mets recherchés, si bien que la mariée se souviendra plus tard des plats qui ont régalé la noce plutôt que du visage de son défunt mari. Des aubergines se rebellent en provoquant des brûlures d’estomac chez celui qui a quitté le domicile conjugal, mais qui ne peut s’empêcher d’y revenir une fois par semaine pour apprécier les plats de son ancienne épouse. Un joyeux partage de gamelles s’établit dans le train où l’on s’invite d’un compartiment à l’autre. Les deux maris de Chinta rivalisent d’ingéniosité pour avoir sa préférence en lui offrant de la nourriture qu’elle dévore avec gourmandise. Les femmes vivent un supplice quand elles doivent suivre le jeûne que leur impose leur veuvage. La nourriture est soignée même dans les cérémonies religieuses, pour satisfaire les défunts et le prêtre qui officie. Une femme trompée par son mari compense en se gavant de pâtisseries.

                Ce livre n’est donc pas qu’un simple recueil de recettes. Il nous convie à pénétrer dans le quotidien des foyers indiens. On partage les secrets des familles où l’on s’active paour marier les jeunes filles selon leur caste. On assiste aux tensions entre la mère du mari et sa bru qui vivent sous le même toit. On éprouve de la sympathie pour ces femmes dodues et gourmandes qui ne peuvent résister à un plat succulent. Mariages arrangés, polygamie, adultère font partie de la tradition du pays et le sort des femmes soumises à la suprématie masculine est loin d’être enviable. Pourtant, les caractères bien campés, l’humour et l’originalité de la présentation font de La colère des aubergines un recueil réjouissant et qui, en plus, donne envie de goûter à cette cuisine appétissante qui fleure bon les épices.  

Seras-tu là ? Guillaume Musso

                Un Musso pour voir !

                Elliott est chirurgien pédiatre à San Francisco. Par un tour de passe-passe, il a la possibilité de retourner dans son passé. Il nous entraîne donc dans des allers- retours entre sa vie à soixante ans et celle de sa jeunesse à trente. On apprend qu’il a perdu son amour, Ilena, vétérinaire dans une réserve marine en Floride, et qu’il a rencontré son double un soir dans un aéroport. Ce double lui soumet un pacte pour sauver Ilena. Mais, ce n’est pas si simple, car les conditions posées sont diaboliques et, de toute façon, ne le satisferont pas quelle que soit la proposition choisie.

                Il faut donc laisser sa rationalité de côté pour entrer dans le monde paranormal de Musso. Murakami le fait très bien et on adhère. Mais, ici, ce qui gêne le plus, ce sont les clichés qui émaillent les pages. San Francisco se résume à son pont et à Lombard Street. Quant à Noël, c’est une période heureuse pour certains et d’immense solitude pour d’autres. Autre procédé repris plusieurs fois par l’auteur et qui devient lassant à la lecture : ses remarques sur l’apparition des nouveautés dans les années trente qui, d’après lui, ne sont pas faites pour durer. C’est le cas du scanner, de l’ordinateur ou même de Stephen King. Musso émet chaque fois des doutes sur l’avenir de ces innovations technologiques ou de ce nouvel écrivain. Ce clin d’œil appuyé au lecteur est assez maladroit.

                Pourtant, « Seras-tu là ? » se lit facilement et sans déplaisir, quand tout s’agite autour de vous et que vous avez du mal à vous concentrer sur un livre plus ardu.

Un été avec Homère, Sylvain Tesson

               Les textes rassemblés dans ce recueil reprennent les émissions diffusées, l’été 2017, à la radio. Pour préparer ce travail, Sylvain Tesson a voulu retrouver l’atmosphère homérique, en s’installant dans l’une des Cyclades, Tinos. Là, il était baigné dans la lumière qui illumine l’Iliade et l’Odyssée et il avait sous ses yeux toute la beauté des îles grecques.

                Pour l’auteur, lire Homère de nos jours, c’est retrouver notre actualité, avec ses guerres, ses catastrophes naturelles et, au milieu, l’homme capable du meilleur et du pire. C’est en retirer une sagesse qui nous guidera dans les temps tourmentés que nous traversons. L’Iliade raconte l’origine de la guerre de Troie et la colère d’Achille, quand Hélène promise à Ménélas est offerte à Pâris. Achille fait preuve d’ « ubris » en détruisant tout sur son passage si bien que les éléments finissent par se révolter. De même, les hommes du XXIème siècle se sont laissé aller à la démesure en saccageant la nature qui menace de se venger. Sylvain Tesson tire cette leçon de l’Iliade : « Ce n’est ni l’amour ni la bonté qui mènent le monde, mais la colère. » L’Odyssée retrace les aventures d’Ulysse depuis Troie jusqu’à son retour à Ithaque. Le héros affronte bien des épreuves sans oublier les objectifs qu’il s’est fixés. Refusant l’immortalité, il renoue avec sa condition de mortel. Il fait ce qu’il a à faire sans « se défausser de ses responsabilités. » Par son exemple, il nous exhorte à prendre notre destin en main, dans l’hypothèse où il n’y a pas de vie dans l’au-delà, puis à goûter au plaisir immanent à la vie sur terre.

              Avec beaucoup d’humour, Sylvain Tesson s’amuse à faire le grand écart entre l’Antiquité et le monde contemporain. Pour lui, les prétendants qui se disputent la succession d’Ulysse sont les dignes prédécesseurs des courtisans ambitieux et médiocres qui ont couvert de flatteries les représentants du pouvoir à toutes les époques de l’histoire universelle.  « Leurs réincarnations se disputent aujourd’hui les mânes des républiques. » Il se demande aussi quels sont les dieux qui, de nos jours, donnent un coup de pouce aux héros en difficulté. Est-ce l’EPO qui dope nos athlètes ou nos états d’âme intérieurs qui nous font avancer : la séduction, qui était incarnée par Aphrodite, la rage représentée par Arès ou la ruse à laquelle avait recours Athéna ? A l’immédiateté des réseaux sociaux, l’écrivain oppose le temps plus élastique du monde antique où le présent ancré dans le passé envisageait un avenir glorieux. Car Ulysse fait partie des héros, ces personnages délaissés aujourd’hui, auxquels on préfère les victimes, même si, après être tombé de Charybde en Scylla, il n’aspire qu’à vivre paisiblement auprès des siens.

               Sylvain Tesson se plaît à souligner la poésie des textes d’Homère et les nombreuses citations, extraites des traductions de Jaccottet et de Brunet, nous réjouissent. Comme les héros d’Homère qui, en tribuns accomplis, haranguent les foules pour les inciter au combat, Sylvain Tesson aime les mots. Son style s’enrichit d’épithètes et d’analogies, deux figures que l’on bannit aujourd’hui sous prétexte d’alourdir le texte. Faux procès, d’après lui : « L’épithète adoube le nom. La comparaison relance le rythme. » Quant à l’épithète homérique, il est indispensable car il donne une aura au héros.

               C’est avec sa passion, sa culture et sa belle écriture que cet aventurier moderne nous replonge dans l’univers homérique. Certes, il ne s’agit pas d’un ouvrage d’érudition mais d’une lecture personnelle de l’œuvre et nous suivons avec amusement ses digressions sur l’actualité, qui servent de prétexte à nous donner son point de vue sur le monde actuel.

Temps morts, H.R.F. Keating

                C’est un roman sur le temps, le temps qui passe différemment dans une ville comme Bombay ou dans un petit village comme Dharbani. C’est aussi la course contre le temps imparti par le directeur général de la police que l’inspecteur Ghote entreprend pour démontrer que son collègue Lobo fait fausse route en accusant de meurtre le propriétaire de l’horlogerie Tic-Tac. Contrairement aux méthodes expéditives de Lobo qui use de violence pour faire avouer le premier suspect venu, Ghote ne se précipite pas pour démêler l’écheveau embrouillé de cette enquête. Elle met en présence d’importantes personnalités qu’il faut éviter de heurter. C’est pourquoi, il quitte la ville pour la campagne où il doit apprendre à vivre au rythme de ses habitants. Il écoute un vieux bavard dont les pensées confuses pourraient le mettre sur une piste. Il prête attention aux ragots colportés par un barbier ambulant. Il tient compte des coutumes ancestrales qui lui permettent d’anéantir un alibi. Un pot d’eau avec des feuilles de manguier à l’entrée d’une maison annonce le départ d’un membre de la famille et lui dévoile que le suspect n’était pas chez lui au moment du crime.

                Sa détermination à poursuivre un possible coupable le met en danger. Il aurait pu perdre la vie en se faisant renverser par une moto. Il se renseigne sur la victime et découvre des pratiques diaboliques qu’il condamne. Issu d’une famille fortunée, le jeune homme assassiné venait de se faire transplanter le rein d’un donneur en manque d’argent. Dans les rues encombrées de Bombay, il part à la recherche de passants, susceptibles témoins d’un élément important pour l’enquête. Il vérifie les différents alibis en recherchant l’heure exacte des événements. Riche d’un nombre important d’informations recueillies au prix d’un travail acharné, l’inspecteur Ghote parviendra à résoudre cette nouvelle énigme où des histoires de famille et d’héritage se mêlent à l’injustice entre les riches et les pauvres.

                Ce livre nous entraîne encore une fois dans l’atmosphère si spéciale de l’Inde avec la vie trépidante des grandes villes et le temps ralenti des campagnes qui vivent au pas nonchalant des vaches. Jusqu’à la dernière ligne du texte, l’auteur maintient le suspense tout en nous faisant participer à l’avancement progressif de l’enquête. Nous assistons au monologue intérieur de l’inspecteur Ghote et nous suivons ses pensées, ses doutes, ses interrogations, ses incompréhensions, ses découvertes et, à la dernière minute enfin, nous prenons connaissance de la solution du problème.

Taqawan, Eric Plamandon

                Avant, les Indiens mig’maq craignaient les tribus ennemies et les requins qui décimaient leur peuple. Aujourd’hui, ce sont les policiers du Québec qui les pourchassent et les violentent dans leur réserve de Restigouche. Depuis l’arrivée de Cartier en Gaspésie, l’homme blanc n’a eu de cesse de vouloir sédentariser l’Indien, puis de le faire entrer dans l’ère du capitalisme. Les colons défrichent, installent leurs propriétés, obligent les Indiens à reculer et à adopter un autre mode de vie. De nos jours, pendant que Céline Dion fait ses premiers pas à la télévision, la police déchire les filets des pêcheurs de saumon pour réserver cette pêche au tourisme de luxe, alors que ce poisson est la nourriture de base des Amérindiens, comme autrefois les bisons, exterminés en dépit du bon sens par les Américains. Ce qui fait dire à l’auteur qu’il s’agit là d’un « génocide par tuerie interposée ». Mais, en juin 1981, les Indiens se mobilisent et se révoltent, c’est la bataille du saumon. Charlebois chante Eastern, Western. L’affrontement avec les forces de l’ordre est sanglant. Les seuls coupables, d’après les médias, ce sont les Indiens.

                En même temps, la jeune indienne Océane, quinze ans, qui sort de la réserve pour aller étudier avec les Blancs, se fait violer par trois policiers et kidnapper par un réseau de trafic de filles orchestré par un universitaire anthropologue chargé de faire respecter les droits de l’homme sur la réserve. Quelques belles figures malgré tout parmi ces pervers, ces traîtres et ces corrompus. Le garde-chasse Leclerc qui démissionne car il refuse d’être complice de la violence. Caroline, l’institutrice française, qui prend Océane sous sa protection. William, le vieil Indien qui a quitté la réserve pour vivre dans la forêt et que l’on appelle Taqawan, nom du jeune saumon qui revient vers la rivière qui l’a vu naître.

                Ce livre d’Eric Plamandon est original dans sa construction. Il est composé de brefs chapitres racontant l’histoire d’Océane qui constitue la trame de ce roman. Mais cette intrigue est entrecoupée d’un patchwork de récits. Les uns sont consacrés à des faits historiques qui vont des premiers habitants de la Gaspésie à la vie ô combien compliquée dans la réserve de Restigouche, en passant par l’arrivée des premiers colons. D’autres relatent les légendes et les coutumes ancestrales des Indiens qui ont toujours vécu proches de la nature et qui ont toujours eu à cœur de la préserver tout en chassant et en pêchant pour leur survie. Un article documenté renseigne sur le comportement du saumon et nous avons même droit à une recette de la soupe aux huîtres. Et toujours un clin d’œil à l’actualité plus légère qui contraste avec la brutalité infligée à ces soi-disant sauvages : ce sont les chanteurs qui continuent à nous distraire ou les sportifs qui nous régalent de leurs exploits. De l’ironie de la part de l’auteur, mais aussi de la colère avec, à la fin, un pamphlet politique qui constate que le problème des Amérindiens n’est toujours pas réglé. « Ici on a tous du sang indien. Et quand ce n’est pas sur les veines, c’est sur les mains ».

                Cet ouvrage est une petite pépite. Il traite de nombreux sujets concernant le Québec qui réclame son indépendance tout en la refusant aux peuples autochtones. Contenu riche mais jamais ennuyeux. Les brefs chapitres, aux titres énigmatiques, se succèdent sans temps mort et le style avec ses phrases courtes et juxtaposées est tout aussi efficace.

Oiseaux, bêtes et grandes personnes. Trilogie de Corfou (Tome 2), Gérald Durrell

                Ce tome 2 de la trilogie raconte l’enfance hors du commun de Gérald Durrell, dit Gerry, dont la famille (la mère, les frères et la sœur) quitte l’Angleterre pour s’installer à Corfou. Son instruction est assurée par un précepteur qui finit par se plier à ses exigences et consacrer la plus grande partie des leçons à des cours d’histoire naturelle se déroulant in situ, sur la plage, dans la mer, parmi les myrtes et les oliviers. Muni de bouteilles, d’éprouvette, de bocaux, il passe des heures à observer les fourmis transporter des graines, les mantes pondre des œufs, les mygales entrer dans leur terrier et à admirer leur savoir-faire. Ami des pêcheurs, il trouve des trésors dans leurs filets et ramène toutes ses trouvailles à la maison. Papillons, larves, anguilles, cigales, scarabées, grenouilles, fourmis prennent place aux côtés des chiens, des chouettes, des pies et des crapauds déjà installés. Une joyeuse débandade règne dans une famille toujours accueillante qui reçoit également les amis les plus extravagants du frère aîné. La passion naturaliste de Gerry lui fait connaître des personnages hauts en couleur. Il y a le docteur, poète, écrivain et biologiste qui devient l’ami de la famille et qui arpente la campagne avec le jeune enfant, l’aristocrate obèse qui passe son temps à se goinfrer et qui lui offre une chouette, le vieux loup de mer grivois et grossier, toujours ivre et amoureux de sa mère et même un bohémien dresseur d’ours qui possède une tête qui parle.

                Pourtant, ces étrangers un peu loufoques son bien accueillis sur cette île idyllique et ils apprécient l’hospitalité des Corfiotes toujours prêts à leur faire découvrir leurs coutumes. Ils sont invités à un mariage chez des voisins où ils partagent leur musique et leurs danses. Ils participent à la cueillette des olives par les femmes, qui se fait dans les papotages et la bonne humeur. Ils assistent aux vendanges dont l’ambiance chaleureuse les enchantent. Pour Gerry, Corfou s’apparente au paradis. Il vit au rythme des saisons. Le printemps voit le retour des fleurs, des oiseaux et des insectes. L’été propose un ballet de papillons dans une chaleur oppressante. Malheureusement, la guerre va arriver et disperser la famille.

                Nous prenons du plaisir à lire ce récit naturaliste qui nous apporte de nombreux renseignements sur les mœurs des oiseaux et des bêtes de la campagne et nous suivons avec joie l’extravagante mais bien sympathique famille de Gérald Durrell qu’il nous présente avec beaucoup d’humour et dans un décor où chatoie la lumière de la Méditerranée.

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