Morales espiègles, Michel Serres

                Avec ces Morales espiègles, le vieux monsieur apprend à ses petits-enfants à désobéir, à l’image de notre ancêtre la croqueuse de pomme et en leur racontant comment il créait lui-même le chahut dans le dortoir des différents lycées qu’il a fréquentés. Roi du canular et admiratif des plus inventifs que lui dans ce domaine, le professeur agitateur est expulsé plus tard de la prestigieuse Sorbonne. Pour lui, le chahut est une « conduite morale », une rébellion contre l’ordre social. « Le chahuteur supporte mal la hiérarchie, le dogme ou le prêt-à-penser ». Pourtant, il reconnaît que l’obéissance aux lois de la cité et de la nature est nécessaire pour la recherche, pour avancer, pour être libre. La liberté, ce baroudeur l’a goûtée avec délice quand il a parcouru les mers sur de vieux rafiots, observant le travail réglementé et efficace des marins. Il rend hommage à tous les travailleurs et s’indigne quand de pauvres hères sont humiliés. Il s’élève aussi contre la cruauté des réseaux sociaux où la moquerie peut tuer celui qui en est victime, même si le rire est indispensable dans notre société, à partir du moment où il ne se fait pas aux dépens de quelqu’un.

                Michel Serres nous fait part d’une autre règle de vie en laquelle il croit fortement : la transmission. Nul besoin de remercier celui qui nous fait un don. Ce don, il faut en faire cadeau aux autres, car la reconnaissance doit être transitive et non réciproque. De la même manière, il faut préférer la prescription au ressentiment. Pardonner plutôt que se venger. « Au lieu de revenir, passif et répétitif, sur le passé en névrose obsessionnelle, se construire un futur ». Ces façons d’agir qu’il prône dans son essai ne peuvent qu’apporter de la joie. Aujourd’hui, Petite Poucette et Grand Papa Ronchon ont des raisons de s’opposer. Comme Don Quichotte qui se battait contre les moulins, Petite Poucette  agit dans le virtuel. De son côté, Grand Papa Ronchon, tel Sancho Panza, préfère la réalité. Pourtant, s’ils savent rester humbles et modestes, les deux peuvent s’entendre.

                C’est ce que souhaite Michel Serres qui nous lègue, dans ce petit livre jouissif écrit à la veille de sa mort, une morale de tolérance, de liberté et de joie de vivre. Sa vie qui fut longue, riche et toujours tournée vers un avenir qu’il espérait meilleur, en est un exemple éblouissant.

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