Arcadie, Emmanuelle Bayamack-Tam

                A l’âge de six ans, Farah va vivre dans une communauté libertaire installée à la frontière franco-italienne. Sa mère, hypersensible aux ondes électromagnétiques, dépressive et intolérante à tout, intègre Liberty House car c’est une zone blanche où les nouvelles technologies sont interdites. Son père hyper-protecteur de sa femme, ne porte que peu d’attention à sa fille qui grandit à l’état sauvage dans ce refuge pour inadaptés sociaux et animaux éclopés. Dans ce lieu clos où la liberté sexuelle est de mise et où les corps n’ont de secrets pour personne, se côtoient des homos, des hétéros, des lesbiennes, des vieux, des jeunes, des gros, des beaux, des laids. Tout un échantillon d’humanité qui gravite autour du maître des lieux, Arcady, écouté, respecté mais qui n’abuse pas de son emprise. Comme lui, tous ces malmenés par la vie, sont antispécistes et végétariens. Ils sont heureux de vivre près de la nature, protégés du monde extérieur qui représente un danger.

                Farah évolue heureuse dans cet espace permissif. En toute liberté, elle découvre, à seize ans, la sexualité grâce à Arcady. Mais elle a tout de même un problème. Elle fait une visite chez la gynécologue qui détecte une malformation au niveau de son utérus et de son vagin. En quête de son identité, elle finit par assumer son corps à mi-chemin entre Sylvester Stallone et Farah Fawcett. Car la jeune fille a du caractère et, malgré l’amour fou qu’elle porte à son maître et amant, Arcady, elle n’hésite pas à s’opposer à lui, quand il ferme son havre de paix et de tolérance à un migrant qui essaie de survivre. Trahie par sa communauté, elle la quitte pour un monde qu’elle va tenter de construire plus humain et plus ouvert aux autres. Pourtant, elle défend ses anciens amis bec et ongles quand on les accuse de mauvaises intentions. Pour Farah, il n’y a jamais eu de gourou ni de secte dans ce phalanstère où la liberté individuelle a toujours été respectée.

                L’adolescente à l’identité instable porte un regard féroce sur le monde des adultes et ses contradictions. La critique acerbe de la jeune fille est toujours accompagnée de l’ironie d’Emmanuelle Bayamack-Tam qui rend cette douce utopie sympathique. A propos du naturisme, elle remarque que : « l’un des bienfaits est de dissiper toute illusion sur les ravages du temps ». Et c’est dans un humour bienveillant qu’elle présente la doyenne de 96 ans : « Mais si Dadah fuit du carafon, il lui reste assez de connections neuronales pour s’apercevoir que sa parole est dévaluée ».

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