L’automne à Cuba, Leonardo Padura

                L’enquêteur cubain de Leonardo Padura, Mario Conde dit Le Conde, a posé sa démission après la mise à pied de son supérieur et ami, le major Rangel. Il noie ce changement de vie dans l’alcool et veut désormais se consacrer à l’écriture. Mais le nouveau chef Molina vient le chercher et insiste pour qu’il mène une dernière enquête sur le meurtre de Miquel Forcade Mier, un Cubain avec un passeport américain, dont le corps castré vient d’être découvert sur la plage. Exilé en Espagne puis à Miami, ce dernier est revenu sur son île, officiellement au chevet de son père malade. Mais est-ce la véritable raison ? Le mobile du meurtre pourrait bien remonter à sa fuite à l’étranger et à son ancienne profession qui consistait à exproprier les biens des riches. En fouillant dans le passé de la victime, le Conde découvre que Miguel et ses amis ex-ministres ont acquis des fortunes illégalement lors de la redistribution révolutionnaire engagée par le gouvernement et qu’ils ont participé à la corruption de cette société en accentuant l’injustice sociale. Il semble que Miguel Forcade ait été mêlé à un trafic de faux tableaux, quand des œuvres de Matisse, de Cézanne ou de Lam étaient abandonnées par la bourgeoisie fuyant le régime. Dès lors beaucoup de personnes auraient pu souhaiter sa mort.

                Quel rôle son entourage proche a-t-il joué dans son assassinat ? Le Conde est sûr que sa jeune femme lui cache des éléments importants de sa vie tout comme son ex-amant, toujours présent à ses côtés. Le père de la victime détient-il la clé du mystère ? Il connaît en tout cas le secret du bouddha en or, datant de la dynastie chinoise des T’ang qui est passé de mains en mains, de pays en pays jusqu’à finir enterré dans le patio de la maison familiale. Peut-être y a-t-il un lien avec la disparition de son fils dont il veut découvrir le meurtrier. Ce vieil homme, proche de la mort, amoureux des plantes et de musique classique, est un personnage attachant qui détonne face au cynisme et aux manœuvres de son fils.

                Pour résoudre cette enquête, le Condé est entouré d’un groupe d’amis qui le soutiennent, qui jamais ne l’abandonnent et qui participent à ses nombreuses beuveries car le rhum est omniprésent à Cuba. Même si le jeune inspecteur se révèle souvent ingérable, têtu, de mauvaise foi, désabusé, il possède d’indéniables qualités. Fidèle en amitié, il est amoureux de sa ville dont il se plaît à admirer l’architecture avec ses balcons en fer forgé et ses façades témoins d’un riche passé mais malheureusement abîmées et délaissées. Autre personnage important du livre, Félix, l’ouragan qui accompagne le héros dès les premières pages et qui se déchaînera à la fin. Cet ouragan purificateur arrivera-t-il à balayer les vieux démons de Mario Conde ?

                Beaucoup de questions sont posées dans ce roman policier qui est aussi une réflexion métaphysique sur le sens de l’existence, le refus de la routine et de l’asservissement, la peur que les sentiments ne soient édulcorés avec le temps. Avec en toile de fond, la société cubaine que Leonardo Padura résume en une phrase : Candido « gagnait sa vie en profitant des carences et de l’inefficacité de l’état ».

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