La vraie vie, Adeline Dieudonné

                Roman très noir où la violence est le lot quotidien de la famille de la narratrice, âgée de 11 ans au début du livre. Un père ivrogne, brutal, chasseur invétéré qui collectionne ses trophées de chasse dans une pièce de la maison. Une mère entièrement soumise à son mari qui est devenue une « amibe » sous les coups répétés qu’elle subit. Seul son attachement à ses chèvres lui permet de rester debout. Un petit frère de sept ans qu’elle protège et avec lequel elle entretient une relation fusionnelle jusqu’au jour où un accident vient briser les liens qui les unissaient. Le marchand de glaces, qui adoucissait leurs journées, meurt, le visage emporté par l’explosion du syphon à chantilly. Le traumatisme est sévère pour les deux enfants. Gilles, le garçon, devient mutique, indifférent à tout et se laisse envahir par la sauvagerie de la hyène qu’il se plaît à contempler dans le musée de son père. Ce qui fait dire à sa sœur qu’il a la tête pleine de vermine. La fillette, elle, réagit en décidant de devenir une nouvelle Marie Curie. Elle se plonge à corps perdu dans la physique pour inventer une machine à remonter le temps qui effacerait sa vie actuelle trop cruelle et trop dure à supporter, pour l’emmener vers « la vraie vie » et surtout pour retrouver le sourire de son petit frère. Gilles, au grand désespoir de sa sœur, se rapproche de plus en plus de son père qui l’inscrit à un stand de tir. Il se met alors à exterminer les chats et les chiens du quartier et à torturer le bouc de sa mère. Il s’éloigne de plus en plus de sa sœur, jusqu’à participer à la terrible partie de chasse nocturne organisée par son père et ses amis, où la proie n’est autre que la narratrice. Il ne retrouve sa part d’humanité, qui résistait encore au fond de lui, qu’au moment où le père frappe avec la plus féroce sauvagerie sa sœur, ce qu’il ne peut supporter. Alors, le petit frère retrouve le sourire et une nouvelle vie sans le père.

                Au milieu de l’horreur des violences domestiques, quelques havres de douceur malgré tout pour la narratrice. Monica, la voisine, qui l’accompagne dans ses rêves. Le professeur Pavlovic qui lui donne des cours de physique. La famille où elle fait du baby-sitting et où le père lui offre le réconfort physique que son corps attendait. Ces personnages ainsi que l’amour qu’elle porte à son frère donnent à la jeune fille la rage de se battre pour sortir d’une situation étouffante et mortifère.

                C’est un roman glaçant que nous livre Adeline Dieudonné avec des scènes d’une cruauté insoutenable. La plume est belle et l’auteure excelle notamment dans l’art des portraits qu’elle campe en une touche, à l’aide de quelques mots imagés et évocateurs. En voici deux exemples : « Il semblait avoir poussé de travers, au gré de ses caprices ». « Il était pâle et grassouillet, comme si on l’avait incubé dans une bouteille de coca ».

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