Manikanetish, Naomi Fontaine

                Deuxième livre de Naomi Fontaine dans lequel elle raconte ses retrouvailles avec la communauté innue, au nord-est du Canada où elle a vécu sa petite enfance. Après de longues années d’exil à Québec, elle prend conscience de sa différence, éprouve le besoin d’un retour aux sources et l’envie d’enseigner aux adolescents de Uashat pour leur apprendre le monde. Perte rapide des illusions devant la violence de la vie de ces Amérindiens, parqués dans une réserve. Adieu la classe idéale avec des élèves avides de connaissances ! Face à elle, des gamins qui dorment pendant les cours, des absentéistes, des orphelins rebelles, des jeunes filles en charge d’enfants. Elle doit affronter des suicides parce que le fardeau de la vie est trop lourd à porter pour de jeunes épaules aux responsabilités d’adultes.

                Souvent l’enseignante idéaliste reste démunie devant tant de souffrance. Il lui arrive même de pleurer avec eux. Comment faire aimer à ces écorchés vifs les subtilités d’une langue, le français, qui n’est même pas la leur ? Professeur et élèves sont sauvés par le club théâtre qui va les rapprocher et les socialiser. Pourtant, le projet est ambitieux. Il s’agit de jouer Le Cid. Mais quelle satisfaction et quel bonheur devant le succès de la représentation ! Les jeunes ont fait des progrès dans la langue de Corneille et cette expérience a énormément enrichi Naomi Fontaine, admirative devant le courage de ces adolescents qui se battent malgré l’adversité. Ils lui donnent la force de tenir debout alors qu’elle vient de découvrir qu’elle est enceinte d’un homme qu’elle ne veut pas pour compagnon.

                L’Amérindienne exilée a aussi appris l’humilité, elle qui croyait détenir le savoir parce qu’elle avait vécu à la ville et parce qu’elle avait fait des études universitaires. Après avoir connu la honte d’être Innue dans un monde de blancs, elle retrouve la fierté de faire partie d’un peuple humilié, malmené mais combatif et riche de son histoire passée. Elle retrouve ses souvenirs et ses racines, lors d’un week-end en forêt, au bord d’un lac, où elle chasse l’orignal, pêche la truite et fait griller des guimauves sur un feu de camp.

                Toujours autant de tendresse et de colère dans ce récit initiatique où Naomi Fontaine, dans une écriture sans emphase, précise et poétique, rend hommage à une communauté oubliée et en souffrance. Après avoir vécu des moments de partage très forts, elle termine son livre sur une note d’espoir qui fait chaud au cœur.

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