Notre Dame de Paris, Victor Hugo

                Le lundi 15 avril 2019, en voyant Notre Dame de Paris partir en fumée, le premier réflexe est d’aller chercher dans la bibliothèque le roman de Victor Hugo pour rendre hommage au monument et y trouver des traces de sa splendeur passée.

                Tout le monde connaît l’histoire du bossu de Notre Dame. Des bohémiens ont échangé Quasimodo, un enfant difforme contre Esméralda qui devient une belle jeune fille. Il est recueilli par Claude Frollo, l’archidiacre lugubre de la cathédrale. Tous deux sont dévorés de passion pour la gitane qui, elle, est folle amoureuse de Phoebus, le capitaine du roi. Frollo, jaloux, poignarde Phoebus. Esméralda est accusée, vouée au gibet. Quasimodo la cache dans Notre Dame, asile inviolable, jusqu’au jour où les truands de la Cour des Miracles décident de la délivrer. Rendue à la justice, Esméralda est pendue. Quasimodo, comprenant que Frollo est à l’origine de sa mort, le précipite du haut des tours. Les corps de Quasimodo et Esméralda sont retrouvés enlacés dans le charnier de Montfaucon.

                Au-delà de l’intrigue mélodramatique, c’est la pensée de Victor Hugo qui s’exprime, ici, sur l’art, la politique, la société. Dans le cadre historique du Moyen Age, très en vogue au XIXème siècle, l’écrivain représente le peuple de Paris qui grouille et se mélange lors des fêtes et des représentations théâtrales, le peuple qui se défoule en se moquant des bourgeois et en les insultant, comme pour les saturnales romaines. Mais ce fond médiéval lui permet surtout de mettre en scène le personnage principal du roman : Notre Dame de Paris. Hommage à cette grande dame, dépositaire des strates historiques de notre pays et témoin de l’évolution de l’art, du roman au gothique. « Chaque face, chaque pierre du vénérable monument est une page non seulement de l’histoire du pays mais encore de l’histoire de la science et de l’art ». Hugo est admiratif devant le travail des bâtisseurs anonymes qui ont façonné chaque partie de l’édifice. « Le mur était en pierre, la toiture en plomb, la charpente en bois. Cette charpente prodigieuse si touffue qu’on appelait la forêt ». C’est pour toutes ces raisons qu’il faut exercer une « surveillance active » sur nos monuments. Il déplore les mutilations que le temps mais surtout que les hommes leur font subir. Comment ne pas être saisi d’émotion, au moment où les truands donnent l’assaut à Notre Dame, devant la vision apocalyptique de « la grande flamme désordonnée et furieuse » qui s’élève entre les deux clochers ?

                Autre réflexion de Victor Hugo sur l’avenir de l’architecture dans le célèbre chapitre « Ceci tuera cela ». Le livre va-t-il tuer l’édifice ? Jusque-là, « l’architecture a été la grande écriture du genre humain ». Mais avec l’invention de Gutenberg, la sculpture, la peinture, l’art du vitrail, la musique ne sont plus au service de la pensée notamment religieuse. Tous ces arts se libèrent et deviennent autonomes. L’histoire de l’humanité s’inscrit désormais dans le livre qui répand la culture à travers le monde entier en la rendant immortelle. Et cet immense événement réjouit Hugo.

                Pour rester dans le domaine artistique, Hugo évoque, la situation d’incompris du poète qui a du mal à vivre de ses œuvres. Gringoire se plaint : « Et moi, poète, je suis hué et je grelotte ». Nous assistons avec lui à la représentation d’un mystère qui intéresse peu le public populaire. Ambiance de l’époque : la pièce est interrompue parle discours d’un mendiant, puis par l’installation tardive des notables et elle est enfin interrompue par l’élection du roi des fous et l’arrivée d’Esméralda dont la beauté éblouit les spectateurs.

                 Un autre combat auquel Hugo se livrera toute sa vie, c’est celui de l’injustice. Dans le chapitre « Coup d’œil impartial sur l’ancienne magistrature », il prend plaisir à railler les juges en leur faisant jouer un simulacre de procès qui n’est en fait qu’un dialogue de sourds. Farouche opposant à la peine de mort, qui sera le thème principal de Claude Gueux, il la définit comme « cette maladie de l’échafaud, la plus monstrueuse de toutes les maladies parce qu’elle ne vient pas de Dieu mais de l’homme.

                  Ce roman bouillonnant, à l’image de la « foule bariolée et bruyante » du Moyen Age, aborde bien des thèmes chers à Hugo. Mais aujourd’hui, il résonne surtout en nous comme un brillant plaidoyer pour nous inciter à prendre soin des trésors de notre architecture. Merveilleux Hugo qu’il faut lire absolument pour fuir les banalités générées par l’émotion d’après l’incendie ! A méditer : « L’art nouveau prend le monument où il le trouve, s’y incruste, se l’assimile, le développe à sa fantaisie et l’achève s’il peut ».

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