Water music, T.C.Boyle

A la fin du XVIIIème siècle, l’association africaine de Londres envoie Mungo Park, jeune écossais de vingt-quatre ans, reconnaître le cours du Niger. Mais les voyages n’ont rien de paisible, à cette époque. C’est pourtant avec beaucoup d’enthousiasme que l’explorateur accepte le projet et découvre l’Afrique dans toute sa violence. Capturé par les Maures, il est sauvé par la favorite du chef Ali qui le nourrit et en fait son amant. Il doit affronter la chaleur, les tempêtes de sable puis la saison des pluies avec les fièvres qu’elle provoque. Cornaqué par Johnson, ancien esclave au Nouveau Monde, puis domestique en Angleterre, grand érudit qui lit Shakespeare, il a la douleur de le perdre dans les eaux tumultueuses d’une rivière où il finit dévoré par un crocodile, alors qu’il était devenu son ami. Bien des épreuves l’attendent encore dans sa course poursuite avec Dassoud, un mercenaire au service d’Ali et prêt à tout pour survivre. Il subit les attaques des sauvages dans la forêt. Plusieurs fois prisonnier, il arrive à s’évader mais n’a souvent pour seule subsistance que les flaques pour boire et les racines pour manger. Rude existence qui contraste avec son allure. Il se déplace avec une canne, une calebasse, une boussole et il est affublé d’un haut-de-forme où il conserve des notes sur son aventure. Car il profite de ce voyage pour faire un peu d’ethnologie. Il observe notamment le mode de vie de ses geôliers dans le désert. De l’éthologie aussi. Un chapitre est consacré au crocodile du Nil. Il découvre avec horreur le commerce triangulaire quand il se joint à un convoi d’esclaves enchaînés, traités comme de la marchandise et envoyés sur l’île de Gorée avant d’être entassés sur un négrier pour aller cueillir le coton en Amérique. Mungo ne doit son retour au pays qu’à sa résistance, sa ruse et sa débrouillardise.

                Pendant qu’il parcourt l’Afrique, en Angleterre, Ailie, sa fiancée passe deux ans à l’attendre et ne peut se résoudre à épouser un autre prétendant, comme le lui conseille son père. Il la retrouve après avoir goûté la célébrité à Londres où on le presse d’écrire un livre, Voyage dans les contrées intérieures de l’Afrique. Ils se marient, ont trois enfants, Mungo soigne les cancéreux. Mais cette vie ne le satisfait pas et l’appel du large se fait cruellement sentir. Pour faire plaisir à sa femme, il reporte le voyage, mais finit par l’abandonner, pour prendre la tête d’une expédition financée par le gouvernement et descendre le Niger une nouvelle fois, avec du matériel plus adapté.

                 Parallèlement à l’histoire de Mungo, nous suivons celle de Ned digne des romans les plus noirs de Dickens. Né sur la paille, d’une mère pocharde et d’un père inconnu, Ned Rise est élevé par un ivrogne qui le torture et qui l’envoie mendier à l’âge de sept ans après lui avoir coupé les phalanges des doigts d’une main pour apitoyer les passants. Il tombe à l’âge de douze ans sur un bienfaiteur musicien qui l’accueille chez lui et s’occupe de son éducation. Malheureusement, il meurt dans un duel. Nouvelle déchéance pour Ned qui retrouve les bas-fonds de la ville. Jusqu’à ce qu’il rencontre Fanny dont il tombe amoureux. Mais le bonheur n’est pas fait pour lui. Accusé de meurtre sur les faux témoignages de ses anciens compagnons, il est condamné à la pendaison. Un miracle se produit alors. Sur la table de dissection, devant les chirurgiens médusés, il ressuscite et s’enfuit retrouver Fanny qui connaît elle aussi les pires déboires et finit par se suicider. Entraîné dans d’autres aventures rocambolesques, Ned se retrouve en Afrique, sur l’île de Gorée où il va croiser le destin de Mungo et faire partie de sa nouvelle expédition.

                Ce second voyage semble placé sous les meilleurs auspices. Des dauphins bondissants accompagnent la traversée de Mungo. A l’arrivée l’île « semble surgir de l’océan, avec ses remparts crénelés et ses vastes casernes en pierre scintillant au soleil, tout comme dans un conte de fées ». Pourtant, dès le début, le jeune Ecossais doit faire face à une série de déconvenues. Mais il reste optimiste surtout quand il retrouve Johnson qu’il croyait mort dans la mâchoire d’un crocodile et qui accepte finalement de l’accompagner. Les choses, hélas, ne font qu’empirer et souvent parce qu’il ne tient pas compte des avertissements pleins de bon sens de son nouvel équipier. Pluies torrentielles, cannibalisme, rapides rugissants ne sont rien à côté de l’armée de Dassoud, le Maure rancunier attendant sa vengeance, qui aura raison de Mungo et de ses hommes. Au cours de cette aventure, il est intéressant de voir comment l’explorateur entêté, capable de violence pour arriver à ses fins n’hésite pas à tuer des innocents dans sa folie aventurière. Même sauvagerie donc chez les Blancs et les Noirs.

               Dans ce roman foisonnant comme la nature africaine qui lui sert de cadre, il y a du picaresque avec des rebondissements improbables et incessants dans la vie des personnages, du réalisme avec force détails sur les dissections, le déroulement des pendaisons et les symptômes morbides des maladies tropicales par exemple, mais aussi du libertin avec des scènes de sexe longuement décrites. Loin des récits nombrilistes qui polluent souvent l’actualité littéraire, on savoure ce roman-fleuve écrit dans une belle langue où se côtoient des anachronismes, des termes poétiques et d’autres plus techniques. A noter, l’édition limitée de Libretto reliée en simili cuir, qui ajoute encore au plaisir de lire Water Music.

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