La tresse, Laetitia Colombani

                Trois histoires de femmes, trois histoires tressées les unes avec les autres, dans trois continents différents. Il y a d’abord Smita, en Inde, l’intouchable, c’est-à-dire l’impure, c’est-à-dire l’invisible. Comme sa mère, elle doit vider vingt latrines par jour, pendant que son mari tue les rats que la famille se partagera au repas du soir. « C’est son dharma », son devoir et ce sera celui de sa fille de 6 ans, Lalita, si elle ne réagit pas. Mais Smita se révolte. Lalita doit sortir de cette condition indigne et aller à l’école même si c’est au prix de quelques roupies pour payer le brahmane. Désillusion le premier jour de classe. Lalita revient en pleurs, le dos zébré par les coups de baguette en jonc, pour avoir refusé de balayer devant les autres écoliers. La petite a du caractère. Furieuse, Smita quitte sa cahute la nuit avec sa fille, pour partir à la ville, à Chennai, où elle a des cousins et où elles pourront connaître une autre vie. L’aventure est périlleuse, le voyage plein d’embûches, dans un train surpeuplé et dans la classe la plus basse, au milieu des blattes, des souris et dans l’odeur nauséabonde des corps négligés. Mais Smita est confiante. Elle est guidée par Vishnou, le dieu protecteur, qu’elle va vénérer au milieu du voyage en lui offrant ses cheveux et ceux de sa fille puisqu’elle n’a rien d’autre à lui donner.

                La deuxième histoire est celle de Giulia, vingt ans, Sicilienne. Elle travaille à l’usine de son père qui traite les cheveux pour en faire des perruques. Amenée à remplacer son père, dans le coma à la suite d’un accident de Vespa, elle découvre que l’entreprise est en faillite. La seule solution trouvée par sa mère et ses sœurs pour se sortir de cette situation, c’est que Giulia fasse un mariage arrangé. C’est mal connaître la jeune femme, amoureuse de Kamal, de religion sikh, qui a quitté son pays, le Cachemire pour fuir les violences faites aux siens. Non seulement elle va imposer cet époux étranger, mais elle va abandonner la tradition familiale qui veut que les perruques soient faites avec des cheveux italiens. Elle va sauver l’atelier en important les cheveux que les hindouistes se coupent en hommage à leurs divinités. Rien ne la fera changer d’avis.

                Et puis, il y a Sarah, la Canadienne, hyperactive, deux fois divorcée, avec trois enfants à charge, qui tente de concilier sa vie de famille et son métier d’avocate. Elle s’est battue pour grimper les échelons et avoir son nom aux côtés de son prestigieux collaborateur vieillissant qu’elle compte bien remplacer prochainement. Pourtant, un jour, le couperet tombe : elle est atteinte d’un cancer. Nullement découragée, elle se bat, cache sa maladie et continue à travailler avec autant de détermination. Mais les prédateurs sont là, à l’affût de la moindre défaillance et elle est rapidement mise au placard. Un moment abattue, elle se relève, refuse de se soumettre et décide de monter son propre cabinet pour lutter contre toutes les discriminations. Premier geste symbolique : elle remplace ses cheveux mis à mal par la chimiothérapie par une perruque faite de cheveux indiens et confectionnée en Sicile.

                Laetitia Colombani nous offre trois figures de femmes courageuses, rebelles, qui refusent leur condition. Quel que soit le pays, elles doivent toujours se battre pour leur liberté. L’histoire la plus intéressante est sans nul doute celle de Smita. Avec elle, l’auteur nous plonge dans la terrible réalité des femmes en Inde. Elles sont maltraitées, battues par leur mari. Les petites filles ne sont pas les bienvenues. Au Rajasthan, on les tue à la naissance, en les enterrant vivantes dans une boîte. Le viol est courant. Deux millions de femmes sont assassinées chaque année en Inde, dans l’indifférence des autres pays. Les veuves, répudiées avec interdiction de se remarier, se réfugient dans des ashrams caritatifs ou sont condamnées à mendier. Le sort de la femme indienne est écrasé par le poids des traditions.

                Même si la fin du roman est prévisible, on se laisse porter par l’intrigue qui mêle le destin de trois femmes exceptionnelles.

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