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Archives pour décembre 2018

La mort aux quatre tombeaux, Peter May

                Enzo MacLeod, ancien légiste de la police écossaise, vit depuis vingt ans dans le Lot, où il exerce la profession de professeur de biologie à l’université de Toulouse. Il est rattrapé par une enquête non résolue qui concerne Jacques Gaillard, conseiller du premier ministre, disparu il y a dix ans.  Avec ses amis, le journaliste, Raffin, et Charlotte, la psychologue, il décide de reprendre l’affaire. Point de départ : une malle trouvée dans les catacombes, à Paris et qui contient le crâne d’un homme, un fémur, une coquille saint jacques, un stéthoscope, un pendentif avec une abeille, une médaille de la Libération. A qui appartient ce crâne et que font ces objets insolites réunis ensemble ? Il faudra de la ténacité, un esprit de déduction et un retour dans l’histoire de France pour décrypter cette énigme complexe imposée par l’assassin. Un jeu de piste s’instaure qui conduit le professeur à Toulouse, à l’hôtel Saint Jacques où il découvre, dans les jardins, une nouvelle malle, sous l’énorme coquille, emblème de l’hôpital. Cette fois, ce sont deux bras qui y ont été déposés avec divers objets tout aussi énigmatiques que la première fois. Nouvelles recherches qui le mènent à une troisième puis à une quatrième malle et qui le font avancer progressivement vers la solution, au fur et à mesure qu’il reconstitue le puzzle. Et s’il y avait plusieurs tueurs ?

                Enzo MacLeod va devoir faire une course contre la montre car son entourage très proche est impliqué : Charlotte, sa collaboratrice devenue sa maîtresse et surtout ses filles, l’une qui l’aide dans son enquête et l’autre qui a disparu. Bien qu’on le dissuade de ne pas se mêler de ce qui ne le regarde pas, notre enquêteur s’obstine jusqu’à ce qu’il ne puisse plus faire demi-tour puisque la vie de sa fille est en jeu.

                Encore une histoire bien menée par Peter May qui nous associe aux réflexions de son personnage et qui maintient le suspense jusqu’à la fin, en nous entraînant, bien sûr, vers plusieurs fausses pistes et au plus profond des catacombes.

Chien-loup, Serge Joncour

                Deux histoires se déroulent en parallèle, au même endroit et à un siècle d’intervalle. Le lieu : un hameau isolé du monde, dans le Lot, sur le causse du Quercy, avec ses forêts qui cachent une faune sauvage propice au braconnage. Les époques : la première se situe pendant la guerre de 14-18. A la veille de la mobilisation, les bêtes sont fébriles, à l’image du monde qui bouge. Un ermite, en pèlerinage avec sa mule sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, est reçu comme un oiseau de mauvais augure. Petit à petit, les hommes partent. Tous les animaux sont réquisitionnés : les bœufs pour tirer les canons, les chiens comme renifleurs de mines, les moutons, les vaches et les chèvres sont envoyés au front pour nourrir les soldats. Les bêtes sauvages sont décimées dans les champs en feu. Même les animaux de cirque ne sont pas épargnés. Les éléphants servent pour les travaux de trait. Seuls restent au village les enfants et les femmes qui remplacent les hommes à la ferme avec beaucoup de courage et de vaillance. Sur cette terre désertée, vient s’installer un dompteur allemand avec huit tigres et lions, seuls rescapés de son ancien cirque. La tension monte à Orcières qui ressent cette présence, sur les hauteurs, comme une menace. De quoi ces fauves vont-ils se nourrir ? Ne vont-ils pas s’échapper un jour de leur cage ? L’étranger ne serait-il pas la cause de tous les dérèglements actuels et même de la météo qui n’est plus favorable aux paysans ? Un malaise s’installe, d’autant plus que cette région semble maudite. Elle a déjà beaucoup souffert et notamment du phylloxéra au XIXème siècle.

                Franck perçoit la même anxiété quand, selon la volonté de Lise, sa femme, à la recherche de la nature et du soleil, ils séjournent trois semaines, l’été 2017, sur ce même causse, dans un gîte perdu au bout d’un chemin périlleux, sans réseau et sans voisins. Eux aussi connaissent une situation difficile. Lise vient de se battre contre un cancer. Actrice déchue, elle n’obtient plus aucun rôle. Quant à Franck, c’est un producteur de cinéma en pleine activité, mais qui voit son travail bousculé par ses assistants, deux jeunes loups aux dents longues, adeptes d’Amazone et de Netflix. Si Lise se sent tout de suite dans son élément à Orcières, Franck ne supporte pas d’être coupé du monde bouillonnant dans lequel il a l’habitude de vivre. Il ne voit qu’un environnement hostile. Absence des propriétaires, accueil peu chaleureux des voisins, bruits angoissants venant de cette nature primitive, présence inquiétante d’un molosse qui vient leur rendre visite.

                La nature ne laisse personne indifférent. Pendant que le monde s’agite, Joséphine apprécie les paysages grandioses où tout est calme, tranquille, serein et qui l’apaisent après la mort de son mari à la guerre. Elle connaît même un nouveau frisson amoureux auprès de Wolfgang, le dompteur de fauves. Franck, lui, dans le même décor, fait corps avec la nature sauvage et renoue avec sa part animale. La chasse est omniprésente. Les hommes et les chiens courent après le gibier. Le boucher propose sur son étal un déballage de viande sanguinolente. Dans cette proximité, l’ancien végétarien est pris d’une frénésie carnassière qui le rend « vorace et avide » et qui lui donne le goût de « bouffer l’autre ». Avis à ses assistants qu’il convoque dans les collines ! Havre de paix, la nature peut aussi devenir le cadre inquiétant où se déroulent de terribles conflits. Serge Joncour lui rend hommage sans jamais insister sur son côté idyllique et romantique. Il excelle à rendre ce double aspect d’une nature accueillante ou malfaisante et il y a du Giono dans ses descriptions et ses mises en scène.

Le prince à la petite tasse, Emilie de Turckheim

                Récit d’une aventure partagée en famille, avec l’accueil de Reza, jeune réfugié afghan, qui a quitté son pays en guerre à l’âge de onze ans, après l’assassinat de son père et les brutalités subies par sa mère. Il a vingt-deux ans et Emilie, son mari et ses enfants vont découvrir progressivement son long et difficile périple jusqu’à Paris, parfois « à travers le trou d’une anecdote ». Car la communication n’est pas simple. Il y a des regards absents qui se tournent vers un passé assurément douloureux, des non-dits aussi pour ne pas blesser. Et puis, Reza se heurte à la subtilité et aux pièges de la langue française. Incompréhension parfois entre les différents protagonistes mais aussi fous rires engendrés par des quiproquos. Le jeune homme a une volonté farouche de connaître son pays d’adoption.

                L’auteur décrit le temps d’adaptation qui est nécessaire pour se comprendre. Le décalage avec le vécu des petits Français et celui du nouveau-venu. La signification différente du mot « voyage » pour la narratrice qui a découvert les plus beaux sites du monde avec son sac à dos et le jeune migrant qui a parcouru l’Europe sous un camion. L’étonnement de Reza devant le coût de la vie parisienne, de la nourriture et du loyer. Emilie de Turckheim souligne aussi la richesse du partage : on échange des recettes, on s’adonne à des jeux de société. Reza dévoile même à son hôtesse des pans de sa ville qu’elle n’avait jamais remarqués.

                Dans ce bref journal sans prétention, tenu pendant neuf mois et parsemé de poèmes qui retracent des moments de vie, l’auteur raconte le bonheur d’avoir tendu la main à ce « prince à la petite tasse », qui a connu la boue et la saleté et qui ne peut plus boire le thé que dans de fines tasses en porcelaine.

La tresse, Laetitia Colombani

                Trois histoires de femmes, trois histoires tressées les unes avec les autres, dans trois continents différents. Il y a d’abord Smita, en Inde, l’intouchable, c’est-à-dire l’impure, c’est-à-dire l’invisible. Comme sa mère, elle doit vider vingt latrines par jour, pendant que son mari tue les rats que la famille se partagera au repas du soir. « C’est son dharma », son devoir et ce sera celui de sa fille de 6 ans, Lalita, si elle ne réagit pas. Mais Smita se révolte. Lalita doit sortir de cette condition indigne et aller à l’école même si c’est au prix de quelques roupies pour payer le brahmane. Désillusion le premier jour de classe. Lalita revient en pleurs, le dos zébré par les coups de baguette en jonc, pour avoir refusé de balayer devant les autres écoliers. La petite a du caractère. Furieuse, Smita quitte sa cahute la nuit avec sa fille, pour partir à la ville, à Chennai, où elle a des cousins et où elles pourront connaître une autre vie. L’aventure est périlleuse, le voyage plein d’embûches, dans un train surpeuplé et dans la classe la plus basse, au milieu des blattes, des souris et dans l’odeur nauséabonde des corps négligés. Mais Smita est confiante. Elle est guidée par Vishnou, le dieu protecteur, qu’elle va vénérer au milieu du voyage en lui offrant ses cheveux et ceux de sa fille puisqu’elle n’a rien d’autre à lui donner.

                La deuxième histoire est celle de Giulia, vingt ans, Sicilienne. Elle travaille à l’usine de son père qui traite les cheveux pour en faire des perruques. Amenée à remplacer son père, dans le coma à la suite d’un accident de Vespa, elle découvre que l’entreprise est en faillite. La seule solution trouvée par sa mère et ses sœurs pour se sortir de cette situation, c’est que Giulia fasse un mariage arrangé. C’est mal connaître la jeune femme, amoureuse de Kamal, de religion sikh, qui a quitté son pays, le Cachemire pour fuir les violences faites aux siens. Non seulement elle va imposer cet époux étranger, mais elle va abandonner la tradition familiale qui veut que les perruques soient faites avec des cheveux italiens. Elle va sauver l’atelier en important les cheveux que les hindouistes se coupent en hommage à leurs divinités. Rien ne la fera changer d’avis.

                Et puis, il y a Sarah, la Canadienne, hyperactive, deux fois divorcée, avec trois enfants à charge, qui tente de concilier sa vie de famille et son métier d’avocate. Elle s’est battue pour grimper les échelons et avoir son nom aux côtés de son prestigieux collaborateur vieillissant qu’elle compte bien remplacer prochainement. Pourtant, un jour, le couperet tombe : elle est atteinte d’un cancer. Nullement découragée, elle se bat, cache sa maladie et continue à travailler avec autant de détermination. Mais les prédateurs sont là, à l’affût de la moindre défaillance et elle est rapidement mise au placard. Un moment abattue, elle se relève, refuse de se soumettre et décide de monter son propre cabinet pour lutter contre toutes les discriminations. Premier geste symbolique : elle remplace ses cheveux mis à mal par la chimiothérapie par une perruque faite de cheveux indiens et confectionnée en Sicile.

                Laetitia Colombani nous offre trois figures de femmes courageuses, rebelles, qui refusent leur condition. Quel que soit le pays, elles doivent toujours se battre pour leur liberté. L’histoire la plus intéressante est sans nul doute celle de Smita. Avec elle, l’auteur nous plonge dans la terrible réalité des femmes en Inde. Elles sont maltraitées, battues par leur mari. Les petites filles ne sont pas les bienvenues. Au Rajasthan, on les tue à la naissance, en les enterrant vivantes dans une boîte. Le viol est courant. Deux millions de femmes sont assassinées chaque année en Inde, dans l’indifférence des autres pays. Les veuves, répudiées avec interdiction de se remarier, se réfugient dans des ashrams caritatifs ou sont condamnées à mendier. Le sort de la femme indienne est écrasé par le poids des traditions.

                Même si la fin du roman est prévisible, on se laisse porter par l’intrigue qui mêle le destin de trois femmes exceptionnelles.


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