A son image, Jérôme Ferrari

                La jeune Antonia revient de Yougoslavie où elle était photographe sur des lieux de conflit. De retour en Corse, ses sujets ne sont plus que des mariages, travail alimentaire dont elle doit se contenter. Après l’une de ces noces et une nuit blanche, elle va chez ses parents, mais meurt dans un accident de voiture. Dès lors, le roman est consacré à son enterrement. Il est construit comme le requiem de la liturgie catholique, chaque partie (Kyrie, Dies irae…) correspondant à un chapitre du livre. Le prêtre qui officie n’est autre que son oncle, qui a toujours eu beaucoup d’affection pour elle, qui lui a offert son premier appareil photo quand elle était enfant et qui lui a payé son voyage en Yougoslavie quand personne ne croyait en elle. Trop bouleversé pour tenir des propos cohérents, il prononce une étonnante homélie devant les fidèles déconcertés.

                L’auteur mêle à cette messe de funérailles des épisodes de la vie d’Antonia. Il raconte comment la photo est devenue sa passion et combien elle a été déçue par son premier reportage dans un journal local, sur « un concours de pétanque en triplette dans un village de montagne ». En quête d’esthétisme, elle s’est trouvée confrontée à des clients qui recherchaient des souvenirs de la journée aux côtés de personnalités, bref des photos qui fixeraient des événements familiaux ou des commémorations. Désormais, seul son temps libre sera consacré à capter « le morne déroulement de l’existence » dans le regard de ses amis ou des personnes rencontrées. Son rêve était de devenir reporter sur les zones de guerre ou de catastrophes naturelles. C’est pour cela qu’elle s’est retrouvée en Yougoslavie.

                A travers Antonia et les autres reporters qu’il évoque dans des digressions, l’auteur nous fait part de ses réflexions sur le malaise que produisent les photos de guerre. Tous ces photographes sont bouleversés par le contraste entre la magnificence des paysages orientaux et les horreurs qu’ils fixent sur le papier. Sur le terrain, ils éprouvent un mélange de peur et de dégoût. Mais, il est essentiel, pour eux, de lutter contre « le silence et l’oubli ». Antonia ne peut développer les photos de cadavres sur les champs de bataille, car elle les trouve obscènes. Elle prend conscience que la volonté de témoigner se mêle au désir malsain de faire le scoop, d’être là où il se passe quelque chose. Elle finit par reprendre son travail au journal local où elle fait des photos « inoffensives et insignifiantes » « qui mériteraient de disparaître ».

                Jérôme Ferrari déroule la courte vie de son héroïne sur fond de lutte pour l’indépendance corse, puisque la jeune fille est amoureuse de Pascal, un militant extrémiste qui se retrouve en prison et qu’elle abandonne car elle est lasse de la violence des attentats et de la guerre fratricide qui oppose les deux camps après la scission du parti.

                Tous ces thèmes sont abordés dans une écriture soignée à laquelle le prix Goncourt 2002 nous avait habitués. Pour raconter les faits, il utilise un style enlevé où il n’y a pas de temps morts qui viendraient ralentir le récit. A l’opposé, de longs monologues intérieurs témoignent des doutes, des questions et des révoltes du personnage. Ce sont alors de longues phrases et de longs paragraphes qui suivent le cheminement de sa pensée. Un style séduisant, des thèmes intéressants, notamment l’interrogation sur la fonction du photographe de guerre. Quelques digressions pourtant qui alourdissent le roman.

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