Dix-sept ans, Éric Fottorino

                Dix-sept ans, c’est l’âge de Lina quand elle donne naissance à Éric. Trop jeune pour être mère. On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans. Lina a envie de s’amuser comme les autres adolescents, d’autant plus que sa propre mère est là pour assumer ses responsabilités auprès de l’enfant. Dès l’annonce de la grossesse, le père biologique, Moshé, va vivre dans son pays d’origine, le Maroc, et c’est Michel qui a élevé l’enfant avec deux autres frères, avant de les quitter à son tour. Éric est dévoré de ressentiment envers cette famille qui n’a pas su l’aimer comme il l’aurait souhaité. Mère trop jeune, père absent, réflexions blessantes formulées autour de lui. Éric rejette ses parents. Jusqu’au jour où, alors qu’il a la cinquantaine, sa mère réunit ses enfants pour leur confier un secret : deux ans après Éric, elle a donné naissance à une petite fille abandonnée sur les ordres de sa mère. Deux bâtards dans la famille, c’était trop pour cette femme pétrie de religion qui avait déjà un fils homosexuel et un autre défroqué.

                L’écrivain, impassible pendant l’aveu de Lina, réagit par la fuite, sur les traces d’un hypothétique passé dans les rues de Nice, la ville qui l’a vu naître, mais aussi la ville de l’exil pour la future mère qui devait être éloignée des regards familiers. Recherche identitaire au cours de laquelle le romancier va imaginer ce que sa « petite maman » a subi. Considérée comme une prostituée parce qu’elle se jetait dans les bras des hommes pour trouver l’affection qu’elle n’avait pas chez elle, cette femme-enfant a été mise à l’écart par sa famille. Petit à petit, les souvenirs surgissent et Éric Fottorino, dans sa quête se rend compte à quel point sa mère l’a aimé, elle qui a eu le courage d’aller le chercher chez la nourrice où sa grand-mère voulait l’abandonner. Un autre moment fort permettra peut-être à l’adulte qu’il est devenu d’aller mieux. C’est leur voyage de La Rochelle à Nice où la mère veut revenir, après le décès du père adoptif. Dans le lieu-clos de la voiture, la mère et le fils se racontent et dévoilent leurs fêlures.

                Est-ce que cette plongée au fond de lui-même, cristallisée par l’écriture cathartique du livre, parviendra à l’apaiser ? La fin du roman permet d’en douter, même si tout au long des pages, son besoin de bons sentiments est évident et transparaît dans la reprise de l’expression « petite maman ». Est-ce de la pudeur de la part du narrateur dont la froideur ou même la cruauté à l’égard de sa mère mettent mal à l’aise ? Les termes employés sont parfois d’une dureté insoutenable.

                Notons qu’Éric Fottorino n’a pas voulu mettre en scène Nice, la ville fantasmée, sans évoquer le traumatisme qu’elle a vécu lors de l’attentat du 14 juillet 2016. L’histoire familiale rejoint alors les souffrances des habitants qui, comme le romancier, tentent de se reconstruire.

                Ce récit autobiographique, considéré par l’auteur comme une fiction, est un texte fort sur l’histoire d’un fils et d’une mère qui s’aiment mal et qui tentent de se retrouver, en exhumant les non-dits du passé.

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