Wilderness, Lance Weller

                Dès le début, on sait que le récit sera empreint de violence, de douleur, de malheur et pourtant, une immense douceur se dégage des premières pages que nous passons aux côtés de cette vieille dame aveugle, finissant ses jours dans une maison de retraite. Retour dans le passé avec l’histoire d’Abel Truman, celui qui a trouvé Dao-Ming, la vieille dame et qui l’a sauvée de la tempête et, nous le saurons plus tard, de la sauvagerie humaine, quand elle était enfant. Pendant trente ans, il vit sur une plage, dans une cabane en bois. Un jour, il décide de partir avec son chien et avec ses souvenirs qui sont lourds à porter. Il y a la mort de sa petite fille, encore bébé, qui est tombée de ses bras, puis celle de sa femme et enfin la bataille sanglante de la Wilderness où il a perdu tous ses amis. Lui, a survécu avec un bras estropié à jamais. Il marche au rythme du ressac de l’océan qui a rejeté son corps quand il a voulu y noyer son désespoir. La nature est omniprésente, tantôt accueillante, tantôt hostile, à l’image de ces rochers découpés qui se détachent sur l’océan. La nuit, avant de s’endormir sous la voûte étoilée du ciel, le vagabond contemple les constellations et écoute les craquements des sous-bois où la vie est en train de s’éveiller. Le jour dévoile des tapis de fleurs de toutes les couleurs qui longent de paisibles ruisseaux où viennent se désaltérer les biches. Les loutres jouent dans les vagues. Les oiseaux remplissent l’air de leurs trilles.

                Nous sommes bien dans le genre littéraire du « nature writing », initié par Thoreau et spécialité des éditions Gallmeister. Nous traversons les vastes espaces américains en suivant Abel Truman vite rattrapé par la violence qu’il croyait derrière lui et qui refait surface quand deux voleurs de chiens lui dérobent le sien pour l’entraîner au combat et laissent le vieil homme à moitié mort sous leurs coups. Rafistolé par une âme généreuse rencontrée sur son chemin, il part sur les traces de ses assaillants pour retrouver son chien. Dans son errance, il croise des personnes secourables qui prennent soin de lui et qui ont été, comme lui, cabossées par la vie : un noir émasculé par son maître parce qu’il n’a pas baissé les yeux assez rapidement devant son épouse et des femmes au corps meurtri et désormais stérile après une série de viols.

                La sauvagerie côtoie Abel dans le présent et le renvoie à l’enfer de la guerre civile qu’il a vécu dans le passé et dont le corps garde les stigmates. L’horreur de la bataille de la Wilderness nous vaut des scènes d’un réalisme parfois insoutenable. Devant nous, des cadavres mutilés, des visages défigurés, des corps éventrés au milieu de cris déchirants, d’odeur de pourriture et de sang ruisselant. L’auteur décrit avec une force étonnante la douleur intolérable qui mène au suicide. Mais cette noirceur laisse la place, à la fin du livre, à une sorte d’apaisement avec un héros qui connaît enfin la rédemption.

                Beaucoup de réussite pour ce premier roman, même si, parfois, les scènes de guerre sont à la limite du supportable. Aussi à l’aise dans la description d’êtres généreux que dans celle de monstres suintant de violence, Lance Weller nous raconte l’histoire sombre de la formation des Etats-Unis. Il nous fait aimer les paysages somptueux de son pays et nous entraîne dans une intrigue romanesque avec un vieux monsieur attachant et bouleversant d’humanité.

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