Qui a tué mon père, Edouard Louis

                A propos d’En finir avec Eddy Bellegueule, le premier roman d’Edouard Louis, l’auteur disait : « ce livre est une tentative pour comprendre ». Dans ce nouveau récit, tout semble clair. D’ailleurs, pas de point d’interrogation au titre qui se présente comme une affirmation. Ce sont les politiques des différents présidents de la République, désignés nommément, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Emmanuel Macron, qui sont responsables de la misère des classes populaires et qui ont brisé le dos et la carrière de son père, un jour, à l’usine. Son père appartient « à cette catégorie d’humains à qui la politique réserve une mort précoce ». C’est en venant le voir, chez lui, après plusieurs années de mésentente qu’il arrive à cette conclusion, en le retrouvant diminué et complètement épuisé, à cinquante ans seulement.

                Au cours de ce face à face, Edouard Louis évoque des souvenirs, des anecdotes, des scènes qui donnent une idée de l’atmosphère qui régnait dans la famille et qui présentent le portrait du père tellement haï jusqu’à l’adolescence. Ce père n’a pas eu d’enfance. Il a abandonné très tôt l’école pour travailler. Il n’a accès ni à la culture, ni aux nouvelles technologies qu’il convoite. Son loisir : retrouver ses amis au bistrot et s’enivrer. Pourtant, ce père taiseux, capable de brutalité, n’est pas exempt d’humanité. Il est capable de pleurer en cachette devant un opéra ou devant l’effondrement des Tours Jumelles. Lui, si dur avec son fils, n’hésite pas à prendre sa défense, à des moments inattendus.

                Dans ce milieu populaire où règnent l’alcoolisme et la violence, où un homme ne doit pas pleurer en public, le jeune Edouard a du mal à se construire et à assumer sa féminité. Après quelques années d’études à Paris et après le succès littéraire qu’on lui connaît, Edouard Louis semble réconcilié avec son père qu’il retrouve transformé : il accepte son homosexualité, lit ses livres, tient des discours antiracistes et intègre même l’idée d’une révolution, lui qui ne voyait d’avenir qu’avec le Front National.

                Ce que l’on retient de ce récit court mais intense, qui se transforme à la fin en véritable pamphlet, c’est l’histoire de la destruction d’un corps par le monde social, de l’oppression des dominés par les dominants. Et, à travers l’image de son père, Edouard Louis prend la défense des minorités, « gay, trans, femme, noir, pauvre », des invisibles dont les romans ne parlent pas souvent. La brièveté du récit permet de traverser sa vie grâce à des scènes fortes et expressives et ainsi de venger sa race, selon l’expression d’Annie Ernaux. Laissons, pour finir, les derniers mots à l’auteur : « Je n’ai pas peur de me répéter parce que ce que j’écris, ce que je dis, ne répond pas aux exigences de la littérature, mais à celles de la nécessité et de l’urgence, à celles du feu. »

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