Vies minuscules, Pierre Michon

                Ces huit récits sont une galerie de portraits qui expose des êtres taciturnes, mutiques aux corps toujours courbés pour les travaux des champs. Les hommes bourrus s’adonnent à la boisson mais ne sont dépourvus ni d’affection, ni d’émotion. Les enfants connaissent des plaisirs simples et jouent avec des boîtes à trésors qui contiennent des reliques sans intérêt et sans valeur, ou bien avec des sifflets sculptés dans des écorces d’arbre. La vie est rude pour ces paysans de la Creuse et les jeunes gens, souvent, ont soif d’un ailleurs plus souriant.

                Dans la description précise de ses personnages où les détails du physique traduisent le caractère, on sent tout l’attachement de Pierre Michon pour ce « petit peuple » qui souffre en silence, comme le père Foucault, atteint d’un cancer à la gorge : il refuse de quitter son village pour se faire soigner parce qu’il est illettré et incapable de remplir les formulaires administratifs qu’on ne manquerait pas de lui présenter. Même tendresse devant la rédemption de l’abbé Bandy qui a le goût des femmes, des grosses motos et des sermons pompeux dans sa jeunesse et qui, dans ses vieux jours, ne fait plus la messe qu’aux malades de l’hôpital psychiatrique en choisissant des mots simples qui invoquent la nature, la nature très présente dans les récits de Pierre Michon. Il nous offre, en effet, de véritables tableaux que nous n’avons aucun mal à imaginer. « L’éclaircie de l’horizon a dévoilé un sous-bois de huppes, de geais, des plumages ocrés et roses comme des fleurs, des becs attentifs et des yeux ronds pleins d’esprit. »

                Pierre Michon a bien connu ces paysages et ces gens de peu dont il est issu. Il rend hommage aux hommes et aux femmes de sa famille qui appartiennent à un autre temps. Il redonne vie à sa sœur, morte alors qu’elle n’était encore qu’un nourrisson. Avec « ses mots pressés, jubilants et tragiques », il comble magnifiquement « les vides laissés par la défection des êtres chers ». Beaucoup d’éléments autobiographiques dans ces Vies minuscules. L’auteur se met en scène sans aucune indulgence pour ses erreurs passées. Il avoue son alcoolisme et sa dépendance aux barbituriques et aux amphétamines pendant sa vie de bohème à Paris. Il n’a que mépris devant sa forfanterie et sa posture d’intellectuel supérieur dans un milieu qu’il a quitté et qui lui faisait honte. Il dit aussi sa difficulté d’écrire.

                Et pourtant, ses écrits s’apparentent souvent à des poèmes en prose. Le style est travaillé, complexe et demande une lecture exigeante où il faut prendre le temps de revenir en arrière pour relire une phrase proustienne et en apprécier toute la saveur. La langue est parfois surannée, parsemée de mots rares, littéraires avec des imparfaits du subjonctif. Bref, une écriture soignée pour que ces vies minuscules ne soient pas oubliées.     

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