Les rêveurs, Isabelle Carré

                Les journalistes la disent « discrète et lumineuse ». Isabelle Carré dévoile, dans ce roman autobiographique, la partie immergée de l’iceberg qui est loin d’être aussi apaisée. Dans un va-et-vient continuel entre son présent d’actrice et son enfance en famille, elle nous donne à voir le désordre de sa vie aux côtés de ses parents atypiques. Sa mère traîne déjà un lourd passé avant sa naissance. Enceinte très jeune, elle est rejetée par sa famille bourgeoise qui doit préserver les apparences, qui lui impose un isolement douloureux dans un minuscule appartement parisien et qui fait pression sur elle pour qu’elle abandonne le nouveau-né. Mais, à quelques jours de l’accouchement, elle rencontre un étudiant qui prend soin d’elle, l’épouse et reconnaît l’enfant. Isabelle arrive un an après, puis vient un autre garçon.

               Ainsi est composée cette famille où la mère, fuyante et fragile, est suivie par un psy. Le père, lui, est un artiste designer dont l’atelier, véritable capharnaüm, mêle les collections les plus improbables : ses œuvres bizarres, mais aussi des boules de neige, des représentations de Mickey, des masques africains et des danseuses birmanes. Il révèle un jour son homosexualité à ses enfants et fait des confidences à sa fille sur ses relations d’un jour. Entre temps, il fait un séjour en prison pour abus de biens sociaux. Une telle hérédité est difficile à porter pour une jeune enfant, souvent mise à l’écart par ses camarades à cause de sa façon de s’habiller et de son mode d’existence. A cette vie de bohème, Isabelle préfèrerait un quotidien plus classique, plus ordinaire, plus conformiste. Cela lui aurait éviter, certainement, quelques accidents de parcours. A trois ans, elle se jette par la fenêtre de sa chambre pour retrouver sa mère qui la repousse, se casse la jambe et en garde une cicatrice indélébile. A quatorze ans, elle fait une tentative de suicide et se retrouve dans un hôpital psychiatrique. Après la séparation de ses parents, quand elle a quinze ans, elle vit seule dans un appartement que lui paie son père, avec toutes les angoisses générées par cette situation déstabilisante pour une adolescente. Pourtant, la jeune fille décide de vivre et de devenir actrice pour incarner différents personnages qui la sortiront de cet environnement et pour rencontrer des gens. Devenue une actrice reconnue, elle a l’honneur de jouer devant ses parents et ses frères. Mère à son tour, elle partage désormais des moments de bonheur avec ses enfants.

                  Avec ses yeux et sa conscience de petite fille, Isabelle Carré dépeint sa famille en toute objectivité et sans jamais lui faire de reproches. Quant aux passages sur le théâtre, ils témoignent, sans ambiguïté, de sa joie d’être sur scène et de retrouver son public. Dans un récit émouvant mais jamais larmoyant, Isabelle Carré nous fait prendre conscience du chemin qu’elle a parcouru depuis son enfance chaotique jusqu’à sa vie actuelle où elle semble avoir trouvé un équilibre grâce à son métier de comédienne et à la présence de ses enfants.  

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