La douleur, Marguerite Duras

                La douleur comprend six récits sur l’occupation allemande et la libération de Paris. Le plus fort est sans nul doute le premier, éponyme du recueil. Marguerite Duras y raconte l’attente du retour de son mari enfermé dans un camp de concentration, avec tous les sentiments qui accompagnent cette attente. L’angoisse, la fatigue, la peur du non-retour, la colère contre De Gaulle qui fête la victoire, sans compassion pour les disparus. La tristesse et la pitié pour les femmes avec enfants qui attendent le retour du mari et du père. Leurs cris dès qu’elles voient les camions apparaître. L’indécence du regard des curieux qui vivent chaque jour l’arrivée d’un lot de prisonniers comme un spectacle. L’espoir puis la déception quand les convois arrivent. L’étonnement devant les huées qui accueillent les femmes volontaires STO. Et puis ses amis vont chercher Robert L. à Dachau. Quand il revient, il est méconnaissable et se bat contre la mort pendant dix-sept jours. Marguerite Duras décrit le corps en lutte dans un réalisme cru. Aucun détail ne nous est épargné. Soulagement quand il est sauvé. C’est alors qu’elle lui annonce son désir de divorcer…

                Le récit qui suit, Monsieur X dit ici Pierre Rabier, est en fait antérieur au précédent. Elle y révèle comment elle a entretenu des relations amicales avec un membre de la Gestapo pour protéger son mari emprisonné en tant que résistant. Rabier est un nom d’emprunt. C’est un Allemand qui lui fait du chantage : donner le nom d’un ami si elle veut revoir son mari. Ce prédateur cherche à arrêter un maximum de personnes pour les envoyer dans les camps de concentration ou d’extermination. Marguerite Duras le dénonce.

                Un autre texte est consacré à l’interrogatoire musclé d’un traitre par un jeune résistant. Les insultes se mêlent aux coups et provoquent une véritable jouissance.

                Toutes ces notes sont un témoignage poignant sur la façon dont chacun a vécu ce moment crucial de notre histoire. Beaucoup de douleur, d’incertitude, de compromission, de violence. Pas de sentimentalisme de la part de l’auteur. Le style sobre, elliptique permet d’éviter l’émotion. Il convient juste de dire les choses : « Rien. Le trou noir. Aucune lumière ne se fait. »

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