En camping-car, Ivan Jablonka

                A partir d’une expérience personnelle, Ivan Jablonka écrit un essai sociologique sur les vacances en camping-car. Il se sert de ses souvenirs mais aussi du journal qu’il tenait, enfant, et des photos de l’époque. Le camping-car est pour lui synonyme d’intimité et de convivialité car les parents et les enfants vont devoir cohabiter dans un espace réduit pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois, mais accompagnés souvent par d’autres familles qui voyagent dans les mêmes conditions. C’est aussi le privilège de vivre proche de la nature et de connaître un sentiment de liberté. Le camping-car allie « l’indépendance, le génie pratique et la vie sauvage ». Mais, pour les Jablonka qui partent l’été découvrir de nouveaux pays, les vacances doivent être culturelles. Ainsi, l’enfant découvre l’Antiquité et la Renaissance sur les sites. En Grèce, le passage par Epidaure lui permet d’assister à une pièce dans le fameux théâtre. En Italie, l’ascension de l’Etna lui fournit une leçon de géographie. L’auteur n’hésite pas à qualifier ces vacances d’« activités périscolaires » qui contribuent à la formation de l’enfant, même si, adolescent, il a connu des moments d’ennui lors de la visite des ruines. Il va même plus loin en assimilant ces voyages en camping-car au « Grand Tour » qui complétait l’éducation des aristocrates anglais au XVIIIème siècle.

                Ce loisir populaire fait l’objet de moqueries de la part des camarades de classe du jeune Jablonka. Ils appartenaient, pour la plupart, à l’élite parisienne qui passait les congés dans une maison familiale en Bretagne ou sur la Côte d’Azur. Mais, ce mode de vie est totalement assumé par ses parents qui auraient pu se payer l’hôtel. Elle, était professeur, lui, ingénieur. Or, le père veut rester fidèle à l’esprit de son enfance de « pauvre ». En camping-car, on se contente de peu. On mène une vie écologique avant l’heure en achetant des produits frais sur les marchés locaux et en évitant le consumérisme. C’est un loisir de bobo, mais l’auteur revendique les valeurs de culture, de progrès social, d’ouverture à autrui et du vivre-ensemble qui a contribué à l’épanouissement de l’enfant. « Ces voyages sont à la fois des expériences universelles, émoi du dépaysement, richesse de l’altérité et des choix de classe destinés à préparer l’avenir des enfants. » De plus, le père met un point d’honneur à offrir de telles pratiques à ses enfants, lui qui a perdu ses parents en déportation et qui a connu une enfance chaotique dans des orphelinats. Ce qui explique son injonction un peu brutale « Soyez heureux ! » qu’il lance à ses fils préférant jouer aux cartes que d’admirer le paysage. Un peu babacools, un peu bohémiens, ces oiseaux de passage s’inscrivent dans la tradition juive si l’on considère « [leur] mobilité, [leur] cosmopolitisme, [leur] aptitude à franchir les frontières ». Comme le juif errant, ils n’ont pas de terre propre, l’espace d’un été. Ivan Jablonka avoue qu’il a eu de la chance : « Mes parents m’ont offert les plus belles vacances qu’on puisse concevoir, au cœur d’une enfance choyée ».

                Tous ceux qui ont vécu de tels moments sur les routes d’Europe se reconnaîtront dans les évocations d’Ivan Jablonka. En cela, on peut dire qu’il a atteint son objectif : « Comprendre en quoi notre unicité est le produit d’un collectif, l’histoire et le social ». Rimbaud disait : « Je est un autre ». Annie Ernaux nous entraînait avec Les Années dans une histoire collective. Ivan Jablonka, lui, réveille en nous de merveilleux souvenirs en nous embarquant dans son combi-Volkswagen.

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