Au gré des jours, Françoise Héritier

                Quelques mois avant sa mort, Françoise Héritier se retourne sur sa vie et égrène, de bric et de broc, les souvenirs qu’il lui reste des jours passés.
Souvenirs des films, des musiques, des émotions ressenties en les regardant ou en les écoutant.
Souvenirs des romans d’amour lus avec délice.
Souvenirs de famille.
Souvenirs des petites choses qui font le quotidien.
Souvenirs des croyances communes, même si elles sont ridicules.
Souvenirs d’enfance et de vieillesse.
Souvenirs d’un temps suranné où le faucheur, d’un geste ample, coupait l’herbe à la faux, aiguisée à la pierre.
Souvenirs des mauvais souvenirs et n’en retenir que le meilleur.
Souvenirs des images de guerre.
Souvenirs des moments de contemplation devant des œuvres d’art.
Souvenirs des aventures exotiques survenues lors des voyages en Afrique.
Souvenirs des espiègleries d’enfant reproduites à l’âge adulte, comme de sautiller sur des galets avant de plonger dans l’océan.
Souvenirs déplaisants des propos machistes de certains collaborateurs. Lévi-Strauss lui-même, croyant lui faire un compliment, remarque : « Vous avez un esprit d’homme. »
Souvenirs des animaux qui ont partagé sa vie.
Souvenirs énumérés à la manière de Sei Shonagon.

                L’écrivain essaie ensuite de mettre un peu d’ordre dans ce bric-à-brac. Les « façonnages » de la deuxième partie nous montrent son évolution depuis son innocence d’enfant et son romantisme d’adolescente jusqu’à sa reconnaissance d’ethnologue confirmée, dans un milieu éminemment masculin. Vacances heureuses dans la ferme familiale. Formation intellectuelle par le prisme de la lecture : péplums, romans de chevalerie, romans d’amour du XIXème siècle anglais (Jane Austen, Thomas Hardy, les sœurs Brontë). Elle assume un romantisme de midinette. Sa jeunesse a aussi été confrontée à la guerre et à ses horreurs. L’exode surtout semble l’avoir marquée avec son lot de bombardements et de victimes défigurées. Mais, bien sûr, c’est sa rencontre avec Claude Lévi-Strauss qui a changé sa vie. Il la dirige vers des études d’anthropologie, l’envoie faire des recherches en Haute-Volta (l’actuel Burkina Faso), lui demande de prendre sa succession au Collège de France. Son sérieux et sa notoriété l’ont amenée à présider une commission pour humaniser le sida, sous la présidence de François Mitterrand. Et même si elle doutait de son aptitude à mener à bien une telle entreprise, elle est fière maintenant d’avoir fait avancer les choses dans ce domaine. Heureuse d’avoir découvert l’Afrique et ses paysages mais surtout sa population, son amour pour ce pays ne se dément jamais.

                 A 84 ans, Françoise Héritier a su garder une âme d’enfant, une curiosité intacte, un goût de la vie et des infimes choses qui font son sel. Profondément humaine, elle va vers les autres et sait cultiver l’amitié. Elle ne se met jamais en avant, mais elle sait faire preuve de fermeté quand ses compétences sont mises en doute parce qu’elle est une femme. En conclusion, cette vieille dame nous offre, dans ce livre, un art de vivre pétillant.

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