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Archives pour janvier 2018

Les vestiges du jour, Kazuo Ishiguro

                A l’occasion d’un voyage dans le West Country que lui propose son nouveau maître américain, Mr Farraday, Mr Stevens porte un regard rétrospectif sur sa carrière de majordome. Il met en parallèle les deux maîtres qu’il a servis. D’abord, le très aristocrate Lord Darlington qu’il défend envers et contre tous quand on l’accuse d’antisémitisme ou de traiter avec les nazis, en organisant des réunions dans lesquelles on disserte des lendemains de guerre. Fidèle jusqu’au bout à celui qu’il appelle Sa Seigneurie, il lui porte un respect sans faille. Avec Mr Farraday, c’est la modernité qui entre au château. Le nouveau propriétaire aime le badinage et son serviteur pousse le professionnalisme jusqu’à écouter régulièrement une émission de radio pour apprendre à être spirituel et répondre aux boutades de son maître. Mais la dignité est la plus grande qualité dont un majordome doit faire preuve. Il prend pour exemple la carrière irréprochable de son père qui a tenu à assurer un service parfait jusqu’à sa mort. Cette profession, d’après notre narrateur, exige une maîtrise totale de la situation, même dans les circonstances les plus douloureuses. Lui-même est fier de s’être occupé jusqu’au bout de ses invités plutôt que de se porter au chevet de son père mourant. Exigeant avec ses employés, il a su diriger une équipe et lui permettre d’assurer un service toujours efficace. Par contre, il se devait de rester humble et de ne pas avoir d’avis sur les questions politiques ou internationales, quitte à se faire ridiculiser par des hôtes de son maître mal intentionnés. Autres qualités essentielles pour un majordome : la prévoyance et l’organisation car la tenue d’une maison peut inférer sur le déroulement d’une réunion importante pour l’avenir du pays.

                Ainsi, quand Mr Stevens fait le bilan de sa vie, il constate qu’il a mené à bien sa mission et qu’il a fait son travail avec tout le sérieux dont il était capable. Mais il se rend compte aussi qu’il a complètement négligé sa vie personnelle. Il n’a pas su saisir l’opportunité d’un mariage avec son intendante, Miss Kenton, alors qu’elle était prête à l’épouser. Quand il la retrouve au cours de son périple dans la campagne anglaise, elle lui apprend qu’il est maintenant trop tard pour envisager une vie commune. Elle se consacre désormais à sa famille et notamment à ses petits-enfants. Il ne lui reste donc que les regrets d’avoir sacrifié son bonheur à sa carrière. Est-ce que la beauté du paysage et les vestiges du jour qu’il aperçoit de la jetée de Weymouth, l’ultime étape de son voyage, sont annonciateurs d’un dernier chemin plus apaisé ? L’auteur laisse le doute à la fin de ce roman hors du temps où un majordome, tout en retenue dans l’atmosphère guindée des demeures aristocratiques d’autrefois, parle sur un ton suranné pour raconter son histoire empreinte de mélancolie.

Au gré des jours, Françoise Héritier

                Quelques mois avant sa mort, Françoise Héritier se retourne sur sa vie et égrène, de bric et de broc, les souvenirs qu’il lui reste des jours passés.
Souvenirs des films, des musiques, des émotions ressenties en les regardant ou en les écoutant.
Souvenirs des romans d’amour lus avec délice.
Souvenirs de famille.
Souvenirs des petites choses qui font le quotidien.
Souvenirs des croyances communes, même si elles sont ridicules.
Souvenirs d’enfance et de vieillesse.
Souvenirs d’un temps suranné où le faucheur, d’un geste ample, coupait l’herbe à la faux, aiguisée à la pierre.
Souvenirs des mauvais souvenirs et n’en retenir que le meilleur.
Souvenirs des images de guerre.
Souvenirs des moments de contemplation devant des œuvres d’art.
Souvenirs des aventures exotiques survenues lors des voyages en Afrique.
Souvenirs des espiègleries d’enfant reproduites à l’âge adulte, comme de sautiller sur des galets avant de plonger dans l’océan.
Souvenirs déplaisants des propos machistes de certains collaborateurs. Lévi-Strauss lui-même, croyant lui faire un compliment, remarque : « Vous avez un esprit d’homme. »
Souvenirs des animaux qui ont partagé sa vie.
Souvenirs énumérés à la manière de Sei Shonagon.

                L’écrivain essaie ensuite de mettre un peu d’ordre dans ce bric-à-brac. Les « façonnages » de la deuxième partie nous montrent son évolution depuis son innocence d’enfant et son romantisme d’adolescente jusqu’à sa reconnaissance d’ethnologue confirmée, dans un milieu éminemment masculin. Vacances heureuses dans la ferme familiale. Formation intellectuelle par le prisme de la lecture : péplums, romans de chevalerie, romans d’amour du XIXème siècle anglais (Jane Austen, Thomas Hardy, les sœurs Brontë). Elle assume un romantisme de midinette. Sa jeunesse a aussi été confrontée à la guerre et à ses horreurs. L’exode surtout semble l’avoir marquée avec son lot de bombardements et de victimes défigurées. Mais, bien sûr, c’est sa rencontre avec Claude Lévi-Strauss qui a changé sa vie. Il la dirige vers des études d’anthropologie, l’envoie faire des recherches en Haute-Volta (l’actuel Burkina Faso), lui demande de prendre sa succession au Collège de France. Son sérieux et sa notoriété l’ont amenée à présider une commission pour humaniser le sida, sous la présidence de François Mitterrand. Et même si elle doutait de son aptitude à mener à bien une telle entreprise, elle est fière maintenant d’avoir fait avancer les choses dans ce domaine. Heureuse d’avoir découvert l’Afrique et ses paysages mais surtout sa population, son amour pour ce pays ne se dément jamais.

                 A 84 ans, Françoise Héritier a su garder une âme d’enfant, une curiosité intacte, un goût de la vie et des infimes choses qui font son sel. Profondément humaine, elle va vers les autres et sait cultiver l’amitié. Elle ne se met jamais en avant, mais elle sait faire preuve de fermeté quand ses compétences sont mises en doute parce qu’elle est une femme. En conclusion, cette vieille dame nous offre, dans ce livre, un art de vivre pétillant.

Le nouveau magazine littéraire

                Premier numéro prometteur du Nouveau magazine littéraire dirigé par Raphaël Glucksmann. Dans son Manifesto, il nous fait part de son projet ambitieux mais enthousiasmant de publier une revue ouverte à tous les débats et de prendre le contre-pied du déclinisme ambiant. « Il est temps d’ouvrir les portes et les fenêtres, de fuir les esprits douaniers. » Pour cela, il convoque des écrivains et philosophes qui se mettent dans la peau d’utopistes pour imaginer un monde idéal où les valeurs partagées ne sont plus le travail et l’argent mais la solidarité internationale, l’attention à la nature, la participation à la vie locale, la réduction du temps de travail, un revenu universel. Abandonnons le négationnisme pour un engagement constructif. Délaissons le pessimisme quotidien des médias qui met l’accent sur des événements dramatiques et, avec le journaliste néerlandais, Rutger Bregman, pensons positivement et inventons des « utopies réalistes ». Raphaël Glucksmann, qui fait partie d’une génération privée d’horizon collectif, en appelle à Edgar Morin pour essayer de dépasser le désarroi de la gauche. Pour le sociologue, la transformation du monde se fera par le métissage. Najat Vallaud-Belkacem ne veut pas rester, elle, sur l’échec du parti socialiste. Elle invite les intellectuels à participer à sa reconstruction, tout en faisant l’éloge de l’imperfection en politique. Elle considère que son parti a un rôle à jouer, à côté d’un bloc libéral, d’une droite nationaliste et d’une gauche populiste. Michel Onfray pense que, pour se libérer de la tyrannie des gouvernements, on doit passer par « la désobéissance civile » prônée par Thoreau et l’insoumission. Mais pour lui, le véritable insoumis, c’est La Boétie dont il reprend l’injonction : « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. » Le philosophe libertaire donne des exemples où « la décision du peuple de ne plus supporter ses tyrans a enclenché un processus libérateur » : le printemps arabe, la révolution de Velours de Vaclac Havel. Car, à l’origine, l’homme est né libre. Ce sont les lois, l’habitude, la coutume qui ont créé un état de servitude, état confortable, il est vrai, car la liberté exige des combats et des affrontements.

                La revue n’élude pas pour autant les problèmes que connaît la société contemporaine. Le terrorisme est bien présent, à travers les dialogues enregistrés entre la mère et le fils Merah au cours du procès d’Abdelkader. La plongée au cœur de cette famille où règnent la violence et la haine des juifs fait froid dans le dos. Pour Leila Slimani, c’est l’avenir des femmes qui l’intéresse. Dans une nouvelle intitulée La Confession, elle met en scène un jeune homme ordinaire de seize ans qui, pour ne pas perdre la face, sera l’auteur d’un viol et s’en vantera même devant un groupe d’hommes avides de sexe. Pourtant, hanté par le souvenir, il parviendra peut-être à la rédemption. La société algérienne avancera sur ce sujet très prégnant, si les hommes arrivent à réfléchir à la portée de leurs actes, semble suggérer Leila Slimani. Le dérèglement climatique n’est pas oublié non plus. Il est évoqué dans un choix de livres qui ont pour décor la banquise et les pôles. Toujours dans la rubrique bibliothèque, on nous propose Le Dictionnaire des mots en trop où un collectif de personnalités rejette des mots que notre époque a banalisés à l’extrême ou qui ont pris un sens négatif ou péjoratif peu propice à la construction d’une utopie.

                Et pour finir, attachons-nous aux deux textes qui ouvre et ferme ce magazine. Il s’agit, au début, du poème de Patrick Chamoiseau. Dans sa langue savante et imagée, il exhorte le lecteur et l’écrivain à ne pas avoir peur de construire un avenir sur les cendres d’un passé souvent douloureux. L’horizon est ouvert. Et, en dernière page, Delphine Minoui, grand reporter au Figaro, nous donne une leçon d’optimisme en relatant comment les habitants de Mossoul ont risqué leur vie en lisant clandestinement 1984 d’Orwell, considéré comme un roman subversif par Daech, et en échangeant toutes sortes de livres, alors que la guerre faisait rage. 

                Bravo et bienvenue à cette revue au contenu dense et diversifié qui invite au débat d’idées. Un bémol cependant. On peut regretter qu’elle ne fasse pas suffisamment de place à la littérature.

Jeux de glaces, Agatha Christie

                Ruth Van Rydock est inquiète au sujet de sa sœur, Carrie-Louise, et elle convie leur amie commune, Miss Marple, à aller se rendre compte sur place car, à la dernière visite, elle a trouvé une ambiance bizarre dans le manoir victorien. La situation de sa sœur est assez complexe. Mariée trois fois, elle a élevé les enfants de ses deux premiers maris et le troisième est un idéaliste qui se consacre à la réadaptation de délinquants vivant sur la propriété. Beaucoup de monde donc autour de Carrie-Louise et, comme le résume un des personnages : il règne dans ce lieu une « atmosphère irrespirable de philanthropie familiale ». Quand Miss Marple arrive, elle rencontre la fille de Carrie, sa petite fille et son conjoint, son mari Lewis Serrocold, son assistante, ses beaux-fils, des médecins et des psychologues et puis le singulier Edgar, un patient que tout le monde considère comme inoffensif et qui fait partie de la famille. De temps en temps, il a des crises d’identité. Au cours d’une de ces crises, il menace Mr Serrocold et tire deux coups de pistolet dans le mur de la pièce où ils sont enfermés. Les autres convives ne s’inquiètent pas, car Edgar a toujours manifesté beaucoup d’amour pour son protecteur. Mais alors que tout le monde a l’attention tendue vers cet incident, un crime a lieu dans une autre salle. Un des beaux-fils de Carrie-Louise, membre du conseil d’administration du centre de réinsertion, est assassiné à son bureau, devant sa machine à écrire. Qu’avait-il découvert ? A-t-il écrit une lettre qui visait une personne en particulier ? En même temps, Mr Serrocold se fait du souci pour sa femme que quelqu’un tente d’empoisonner. A qui profite le crime ? A beaucoup de personnes, si l’on en croit la longue liste qui figure sur son testament. La police enquête, mais c’est Miss Marple avec sa perspicacité coutumière qui découvrira le lien entre ces deux affaires et le coupable du meurtre. Les jeux de glaces la guident vers celui qui a mis en scène un plan diabolique pour distraire les participants et pour les entraîner sur de fausses pistes, comme les prestidigitateurs dans leurs spectacles de magie. Ne pas se fier aux apparences !

                Ce roman policier est un « page turner » très court, avec une Miss Marple peu présente, mais qui se lit agréablement devant un feu de cheminée.

La mort dans les nuages, Agatha Christie

                Une vieille dame est morte dans un avion entre Paris et l’Angleterre. Hercule Poirot se trouve parmi le petit nombre de passagers. Personne n’a rien vu, pas même le fameux détective qui souffre du mal de l’air. Les indices sont pour le moins curieux : une abeille, une épine imprégnée d’un poison violent provenant d’un serpent d’Amérique du sud et un chalumeau retrouvé derrière le dossier d’Hercule Poirot. Au cours de l’enquête, on découvre que la victime est une usurière qui a fait fortune en prêtant de l’argent à de nombreuses personnes, qu’elle a une fille avec laquelle elle n’entretient aucune relation mais qui est son héritière. L’inspecteur Japp est chargé de l’affaire. De son côté, Hercule Poirot ne reste pas inactif et c’est lui qui dénouera l’intrigue à sa manière. Il interroge les témoins et s’intéresse à leur psychologie. Pour être au plus près des suspects et pour étudier leurs réactions, il en implique certains dans ses recherches. Agatha Christie promène le lecteur d’un personnage à l’autre avec beaucoup d’habileté. Evidemment, le coupable n’est pas celui qu’on attendait.

                Roman agréable à lire malgré une ambiance surannée. Le lecteur d’aujourd’hui pourra être choqué par deux remarques inappropriées : l’une sur les « nègres », l’autre sur les journalistes pour magazines féminins qui, au cours du procès et dans la description des témoins, s’appliquent à rajouter un détail vestimentaire ou une remarque sur l’apparence des femmes pour être sûrs d’intéresser leurs lectrices. Evidemment on tiendra compte du contexte de l’époque pour disculper l’auteur de « La mort dans les nuages ».

Tout homme est une nuit, Lydie Salvayre

                Anas, professeur de français d’origine espagnole, vient s’installer dans un petit village de Provence pour soigner au calme, un cancer, cette maladie insidieuse qui occupe le cerveau avant de développer ses métastases dans tout le corps. Il pensait prendre un peu de repos dans cette nature magnifique du sud de la France, mais il est vite rattrapé par l’accueil glacial qu’il reçoit. Malgré sa volonté de s’intégrer en fréquentant le café et en refusant toute extravagance, il est rejeté d’abord par les hommes qui fréquentent le Café des Sports puis par toute la population qui lui tourne progressivement le dos. En utilisant, dans son récit, cette structure particulière qui lui fait alterner les passages sur le monde du café puis sur les états d’âme du nouvel arrivé, Lydie Salvayre maintient une tension dramatique qui montre comment on passe dans le premier cas, de la méfiance au rejet puis à la colère et à la haine et, dans le second cas, du besoin de se faire adopter à la peur et à l’envie de s’enfuir. Au café du village, cet antre machiste où se réunissent les chasseurs, les conversations portent sur la chasse, bien sûr, mais aussi sur les politiques qui ne sont plus crédibles, la météo capricieuse, les femmes et leurs revendications exagérées, l’élection providentielle de Trump, l’écologie dérangeante, les jeunes bruyants et complètement décérébrés par Facebook et twitter, les maladies de plus en plus violentes, la mort qui emporte les braves gens et surtout le terrorisme et la politique laxiste concernant l’immigration. Comment ne pas se méfier de l’étranger au teint hâlé qui apparaît comme un dangereux perturbateur et pourquoi pas un terroriste. L’exaltation monte chez ces hommes au fur et à mesure qu’ils vident leurs verres. Les rumeurs les plus insensées naissent. Le langage est haineux, les jeux de mots faciles et les allusions au sexe nombreuses et vulgaires. Toute tendresse est impossible dans ce lieu où l’on refait le monde sur la base du racisme et de la xénophobie.

                La situation serait insoutenable pour Anas, qui sent l’agressivité à son encontre gonfler de plus en plus, s’il n’avait eu la chance de rencontrer Mina, dans l’autobus qui le mène une fois par semaine à l’hôpital pour se faire soigner. Mina, elle aussi venue d’ailleurs, s’applique à avoir un comportement irréprochable pour ne pas perdre son emploi. Elle lui apporte un peu de chaleur humaine et de douceur. Mais ce rapprochement n’est pas du goût des villageois et « le bronzé » et « la pute » sont traqués comme du gibier par les chasseurs qui organisent une battue dans la forêt où les deux jeunes gens se retrouvent. Autre figure bienveillante à l’égard de l’étranger, Augustin, le fils du cafetier à l’origine de cette ambiance délétère. Augustin est un personnage atypique dans ce milieu grossier et inculte. Il lit beaucoup, et pas n’importe quelle littérature. Ses auteurs préférés ne sont pas Musso ou Lévy mais Eric Chevillard et Pierre Michon. Il ne partage pas les idées de son père qui le considère comme un incapable, mais il n’ose pas l’affronter, sauf le jour où son père et ses sbires sont allés trop loin en s’attaquant à Anas et Mina dans la forêt. Augustin s’affirme face à lui et le sermonne devant ses copains. Ce père violent tombe alors paradoxalement en admiration devant cette attitude de révolte. Son fils est enfin devenu un homme.

                L’atmosphère est pesante dans cette histoire de racisme et de haine ordinaires que l’on ressent un peu partout aujourd’hui. On pourra reprocher à Lydie Salvayre de stigmatiser voire de caricaturer le village alors que des scènes d’une plus grande violence se produisent dans les villes. Mais elle met l’accent sur deux fléaux contemporains qu’elle connaît bien : le rejet de l’étranger et le cancer.  La maladie, elle l’aborde sans apitoiement et elle décrit avec justesse les sentiments qui accompagnent ses différentes phases : l’angoisse, la colère, l’amertume et surtout la lutte pour la vie.


A Propos

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