Mon autopsie, Jean-Louis Fournier

                Jean-Louis Fournier a livré son corps à la science. Il imagine ici que son cadavre, confié aux étudiants en médecine, se met à parler. Il revoit sa vie à partir des bouts de corps que celle qu’il a surnommée Egoïne et qui s’occupe de lui, prélève pour les étudier. La découpe des mains lui évoque les caresses qu’elles ont su donner. Il remercie ses jambes d’athlète avec lesquelles il a fait de nombreuses courses. Ses hanches usées ont eu recours à des prothèses. Quant à son cœur, il a beaucoup servi, peut-être un peu trop, ce qui lui fait dire : « Quand elle a ouvert mon cœur, quelque chose s’est échappé et est tombé par terre. / Elle s’est baissée pour le ramasser. / C’était une feuille d’artichaut. » Son cerveau est à la fois un capharnaüm d’idées noires, un « cabinet des merveilles » avec ses meilleurs souvenirs et un abri où loge l’humour. Ses yeux sont devenus secs. Ses oreilles ont eu le plaisir d’écouter Bach, Mozart, Beethoven ou Schubert, mais aussi les musiciens de jazz et les chanteurs de variété. Le ventre, lui, a vécu avec la peur, peur de la vie, de la mort, peur de tout.

                Jean-Louis Fournier se décrit sans concessions, avec ses qualités et ses défauts. Il a eu une vie intéressante au cinéma, à la télévision. Réalisateur de documentaires, il est ensuite devenu écrivain et a commis Une grammaire française et impertinente qui n’a pas toujours plu à cause de ses exemples amusants et provocateurs. Au fil des pages, il dévoile une culture cinématographique et artistique importante. Il se dit libertaire et égocentrique avec une soif de reconnaissance qui ne l’a jamais quitté. « Ma hantise était l’indifférence, passer inaperçu ou pire, ennuyer. » Il a eu de la chance d’avoir comme ami, l’humoriste Pierre Desproges et une femme aimante, Sylvie, qu’il reconnaît avoir souvent trompée. Il ne regrette pas la vie passionnée à laquelle il s’est adonné et qui lui a valu quelques déboires. La modération qu’on prône aujourd’hui n’est pas pour lui.

                Dans cette biographie originale où le narrateur est un cadavre, l’humour domine comme d’ailleurs dans tous les livres de l’auteur. « Pour moi, l’humour était un dérapage contrôlé, un antalgique, une parade à l’insupportable. » Il lui a permis de surmonter les moments douloureux qui ont jalonné sa vie : la perte de sa femme, le handicap de ses deux garçons, l’éloignement de sa fille qu’il imagine à la place d’Egoïne : « Quand elle aurait ouvert mon cœur, n’aurait-elle pas été bouleversée ? De découvrir enfin la grande place qu’elle y tenait. » L’évocation de ses fêlures donnent lieu à des moments d’émotion que son écriture parvient à maintenir à distance. Il définit lui-même son style sec aux phrases brèves, sans circonlocutions, à l’aide d’une métaphore : « Pour moi, les phrases étaient des murs. Je les voulais en pierres sèches. »

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