La Fontaine : une école buissonnière, Erik Orsenna

                Durant l’été 2017, Erik Orsenna nous a invités à une « promenade » dans l’univers de La Fontaine, sur les ondes de France Inter. Se trouvent réunis, dans ce petit livre, les rendez-vous quotidiens qu’il nous a proposés et qui se présentent sous la forme de brefs chapitres. Erik Orsenna nous entraîne sur des chemins buissonniers que l’école ne nous a pas habitués à emprunter. Il est bien sûr question des fables et à la fin du livre, l’auteur d’ailleurs nous offre un florilège des plus connues que nous avons plaisir à redécouvrir. Mais cette biographie insiste surtout sur la complexité du personnage qui a évolué jusqu’à la fin de sa vie.

                La Fontaine a commencé sa vie à Château-Thierry, dans des paysages bucoliques où il aimait faire des balades à travers les forêts. Le roman pastoral d’Honoré d’Urfé, L’Astrée, retient alors toute son attention et cette histoire d’amour devient son livre de chevet. Il part ensuite faire du droit à Paris où, avec une bande d’amis, il dilapide les biens de sa mère. Quand il a 26 ans, son père l’oblige à épouser une jeune fille de 14 ans qu’il délaisse rapidement pour retrouver ses camarades parisiens. Il fréquente la cour et commence par écrire des pièces de circonstance : un poème pour le surintendant Fouquet qui lui offre en échange une pension, puis au roi pour faire sortir Fouquet de prison. Il vit à la fois en homme libre et en courtisan. Malgré son mariage, il mène une vie de débauche, dépense ses rentes et vit aux crochets de ses amis. A cette époque, le fabuliste préféré des enfants se plaît à imaginer des contes érotiques. Ce n’est qu’à 47 ans qu’il commence à écrire ses fables inspirées des Anciens et surtout d’Esope. A la mort de Colbert, qu’il considérait comme son ennemi, il prend sa place à l’Académie Française. Quand, à 71 ans, il se tourne vers la religion, il se sent obligé de faire une confession publique devant les académiciens pour renier les contes licencieux de sa jeunesse. L’évolution du poète est pour le moins étonnante !

                On sent qu’Erik Orsenna prend plaisir à écrire cette biographie d’un écrivain dont il apprécie non seulement les œuvres, et surtout les plus libertines, mais aussi la vie libre qu’il a menée. Quelques réflexions rapprochent le XVIème siècle et notre époque, notamment au niveau du monde politique et des courtisans dont il a pu observer les courbettes quand il était lui-même la plume de François Mitterrand. Finalement, en fermant ce livre, on n’a plus qu’une envie, c’est se plonger dans le recueil des fables de La Fontaine et apprécier la justesse et la modernité de leurs morales intemporelles.

0 commentaire à “La Fontaine : une école buissonnière, Erik Orsenna”


  1. Aucun commentaire

Laisser un commentaire



Nonobi |
Aquareliane |
Bawhkalam |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Tasnimafrances
| Tousmeslivres
| Souvenance.