Le livre de ma mère, Albert Cohen

                Le livre commence par une réflexion sur le travail d’écrivain qui s’isole du monde « dans une petite oasis bourgeoise » pour continuer à vivre. Ce retrait va permettre à Albert Cohen de prolonger la vie de celle qu’il adule par-dessus tout, sa mère « chérie » qui vient de le quitter. Les souvenirs affluent, pêle-mêle. Il la revoit chaque semaine se parant de ses habits les plus beaux, pour la cérémonie du sabbat. Alors qu’il est un adolescent insouciant et prodigue, elle vend ses bijoux pour lui donner l’argent dont il a besoin. Cuisinière hors pair, elle est entièrement dévouée à son mari et à son fils dont « elle [est] la servante et la gardienne », « avec une humble majesté ». C’est une femme pieuse qui voudrait voir son fils plus soucieux de religion. Très fière de sa situation de diplomate à Genève, elle s’inquiète de le voir encore célibataire et à la merci d’une fille légère. Comme toutes les mères, elle se fait du souci pour lui quand il crapahute dans les montagnes suisses et quand il fait du ski.

                Ensemble, ils font leurs premiers pas à Marseille quand ils arrivent de Corfou alors qu’il a cinq ans. Albert est envoyé dans une école catholique pour familles pauvres. Ils n’ont pas de vie sociale, mais tous les dimanches, il a droit à une sortie au théâtre avec sa mère et à une promenade en bord de mer. Les seules visites qu’ils reçoivent sont celles du médecin qui vient soigner le petit malade. Souvenir désagréable où l’auteur revoit sa mère servile faire des politesses exagérées à un docteur condescendant qui a la santé de son garçon entre ses mains. A dix-huit ans, le jeune homme part faire ses études à l’université de Genève. Sa mère vit dans la solitude à Marseille, en attendant les lettres ou les visites de son fils. Son plus grand bonheur consiste désormais au séjour annuel qu’elle fait chez lui.

                L’enfant ressent parfois un amour un peu étouffant, mais l’homme qu’il est devenu reconnaît : « tout ce que j’ai de bon, c’est à elle que je le dois ». Aussi, maintenant qu’elle est morte, Albert Cohen regrette son ingratitude vis-à-vis de celle qui lui vouait un amour absolu, cet « amour de nos mères à nul autre pareil ». Il culpabilise pour avoir eu honte de sa mère la nuit où, inquiète, elle a téléphoné à ses hôtes pour savoir s’il était chez eux. Il culpabilise pour avoir couru dans les bras de sa maîtresse après l’avoir déposée à la gare, tout en l’imaginant en pleurs dans le train. Il culpabilise car, malgré la douleur de sa perte, il continue à écrire, à vivre, à prendre du plaisir pour les petites choses de la vie. Beaucoup de regrets et de remords de l’avoir bousculée, de n’avoir pas sacrifié sa vie privée pour quelques moments avec elle. « Les fils ne savent pas que les mères sont mortelles ».

                 Après la mort, il reste un énorme vide qu’il faut chercher à combler. Que faire ? Errer dans les rues au milieu des passants. Ecrire des choses insignifiantes comme une comptine sur les vaches ou jouer sur les proverbes. « La douleur, ça ne s’exprime pas toujours avec des mots nobles ». Se tourner vers Dieu, mais il n’est pas libre. Espérer retrouver la personne défunte dans la vie éternelle, mais il s’agit d’y croire. Alors, Albert Cohen se console par l’écriture et il veut faire durer ce « chant de mort » le plus longtemps possible pour rester à ses côtés, même si des visions macabres l’assaillent avec des images de sa mère entre quatre planches et recouverte de terre.

                 Cette ode à la mère disparue nous vaut de belles pages de poésie lyrique où se mêlent plaintes et regrets, avec l’anaphore du « Jamais plus », ou bien les litanies des petits bonheurs de l’enfance qui révèlent un univers de douceur et de tendresse. « O mon passé, ma petite enfance… ». Mais, la fin de ce livre est un peu répétitive et n’échappe pas à la mièvrerie, pourrait-on dire, si l’on ne craignait pas de s’attaquer à un écrivain reconnu.

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