Tiens ferme ta couronne, Yannick Haenel

                Il écrit un scénario sur « l’intérieur mystiquement alvéolé de la tête de Melville ». Il passe ses journées, enfermé chez lui, à visionner des films et, au moins une fois par jour, Apocalypse Now qu’il connaît par cœur. Il boit continuellement de la vodka et s’enivre régulièrement. Il part au McDo de Bagnolet dévorer un Big Mac quand son frigo est vide. Il n’a plus que vingt euros sur son compte en banque. Il fait un aller-retour à New-York pour proposer son scénario au réalisateur Michaël Cimino. Il déjeune avec Isabelle Huppert dans un restaurant où le serveur est le sosie de Macron. Tel est l’écrivain déjanté que nous présente Yannick Haenel dans Tiens ferme ta couronne.

                Mais il n’est pas le seul personnage du roman à avoir un comportement extravagant. Son producteur, Pointel, se retrouve bloqué dans une voiture dont un cerf a traversé le pare-brise !!! Son voisin, Tot, ancien soldat de tous les fronts contemporains, part jouer au poker à l’autre bout du monde et lui confie son chien, Sabbat, ainsi que ses trois yuccas auxquels il tient tant. Quand il est chez lui, ce paranoïaque se barricade dans son appartement et il est prêt à s’arracher une dent qui le fait souffrir avec une pince. Quant au seul réalisateur auquel le narrateur a affaire, il s’agit d’un androgyne original qui n’est connu que pour deux films : Voyage au bout de l’enfer et La porte du paradis. Dans le premier, la seule anecdote retenue, c’est quand De Niro refuse de tirer sur un cerf. Dans le deuxième, on apprend que, lors du tournage, Cimino oblige Isabelle Huppert à s’immerger dans l’ambiance d’un bordel pour jouer la tenancière d’une maison close. Il porte toujours sur lui une médaille à l’effigie de John Wayne qu’il admire. Cimino est une espèce de fou qui n’hésite pas à braquer la statue de la liberté depuis un ferry, qui boit des mojitos à huit heure du matin, mais qui se lève aussi à l’aurore pour lire pendant deux heures Guerre et paix de TolstoÏ et qui imagine une mise en scène de La Condition humaine de Malraux. Le héros, ou plutôt l’antihéros, de Haenel admire Cimino au-delà de ses excentricités, pour l’intérêt qu’il porte au problème de l’immigration. Il éprouve encore de l’émotion pour la tragédie d’Ellis Island où les émigrés étaient triés, choisis ou rejetés et pour les trois mille suicidés qui n’ont pas supporté leur sort.

                Il est difficile de raconter ce roman qui part dans tous les sens. Le héros entraîne le lecteur une nuit au musée de la Chasse et de la Nature au milieu d’animaux empaillés, une autre nuit dans le parc de Fontainebleau pour tuer une biche, une autre fois en voiture dans les rues de Paris à la recherche du dalmatien dont il avait la garde. Des aventures ubuesques et totalement détachées de la réalité alors que Paris est en train de subir l’épreuve des attentats du Bataclan.

                Dans ce texte truffé de références littéraires, cinématographiques et musicales, le personnage principal est un solitaire qui vit sa vie par procuration dans la littérature. Avec le capitaine Achab de Melville, il part à la recherche de la baleine blanche. Saura-t-il trouver sa vérité qui, d’après Melville est « forcée de fuir dans les bois comme un daim blanc effarouché » ? Peut-être connaîtra-t-il enfin une vie plus apaisée, au bord du lac Némi, en Italie, où Diane venait se baigner et où il va se réfugier pour écrire un livre et attendre Léna ?

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