America, N°3

                Un mot sur cette revue trimestrielle lancée par François Busnel et Eric Fottorino qui durera le temps du mandat présidentiel de Donald Trump. Richesse et variété caractérisent ce n°3 où l’animateur de La Grande Librairie convoque Jim Harrison, James Ellroy, Mark Twain, le FBI et des anonymes tout aussi honorables. Pour radiographier cette Amérique malmenée par l’actuel président, ce passionné des Etats-Unis fait appel entre autres à de célèbres écrivains tels que Siri Hustvedt, Philippe Besson, Douglas Kennedy ou Eric Vuillard. La lecture se fait au gré de nos envies. Voici donc, pêle-mêle, le compte-rendu des différents articles.

                Philippe Besson nous entraîne dans son périple entre Chicago et la Nouvelle-Orléans et nous donne ses impressions sur chacun des états parcourus. C’est d’abord Chicago la bouillonnante cité de la culture qui l’accueille et qui contraste avec les champs de maïs de l’Indiana s’étendant à perte de vue. Arrêt obligé autour de James Dean pour l’écrivain qui lui a consacré un livre. Le Tennessee, état conservateur et raciste a aussi l’avantage d’être « le berceau de la country, du rock et du blues ». L’Alabama, symbole de l’esclavage et de la ségrégation, continue à rejeter les plus pauvres loin du centre-ville qui s’embourgeoise de plus en plus. Et puis vient le Mississippi et ses réminiscences de Mark Twain, avant de terminer par la Nouvelle-Orléans qui vit toujours au rythme de la musique. Philippe Besson nous donne une image de l’Amérique mythique à laquelle vient s’ajouter l’empreinte de Trump et de ses sympathisants. En bonus, l’auteur nous gratifie d’une liste de livres, de films et de musiques pour retrouver l’ambiance de son voyage.

                Avec Carolyn Drake, nous avons droit à une galerie de portraits de femmes noires qui, tous les matins, prennent le bus pour aller faire le ménage dans de riches villas entourées de parcs boisés. Les photos présentent des femmes âgées mais toujours coquettes, dignes, vives et même joyeuses. Pourtant, le regard parfois semble tourné vers un passé qui, n’en doutons pas, a connu de nombreuses turbulences.

                Le dossier est consacré au FBI pas mal bousculé, depuis quelques temps, par l’arrivée du terrorisme, des nouvelles technologies et enfin de Trump qui est le premier président à renvoyer le directeur du service de renseignements. Pourtant, le FBI a du mal à évoluer de l’intérieur. Alors que l’Amérique est de plus en plus colorée, il recrute encore des agents de race blanche, souvent des Mormons qui correspondent le mieux au profil demandé, les minorités étant exclues puisque, pour y entrer, il faut un minimum de quatre années d’étude et une vie absolument exemplaire. Pour conclure, le dossier se termine sur une série de films qui ont contribué à donner de cette agence l’image qu’elle a dans notre imaginaire collectif.

                Siri Hustvedt s’intéresse au self-made-man incarné aujourd’hui par Trump et qui est devenu raciste, misogyne et arbitraire. Retour sur celui qui est au centre de la revue et bilan de trois mois de présidence : des limogeages à la pelle, retour sur les décrets votés par Obama, projet de mur à la frontière mexicaine, politique anti-immigration, menaces sur la Corée du Nord, propos racistes, fondation d’une chaîne pro-Trump. Pourtant, bien que les psychiatres doutent de son état mental, 37% de la population soutient l’hôte de la Maison Blanche.

                Courageusement, François Busnel propose une interview à celui qui dit aux journalistes : « Pas de questions débiles ! Sinon la porte » : James Ellroy dont il a su gagner la confiance. Ce provocateur mégalomane qui se dit réactionnaire réécrit l’histoire et la violence inhérente à son pays. Seule la période de 1941 à 1972 l’intéresse et il refuse d’écrire sur l’Amérique d’aujourd’hui. Passionné de musique classique et de lecture, il voue sa vie à la littérature car « seule la littérature peut rendre compte de la vie, du réel, de l’histoire ». Elle s’oppose au politiquement correct car elle « dérange », « décape », « égratigne ». François Busnel révèle ici un James Ellroy écorché vif, qui a été traumatisé à l’âge de dix ans par l’assassinat de sa mère, plus romantique et plus sensible qu’il n’y paraît.

                Julien Bisson passe au crible la série emblématique des Simpson en y voyant plus qu’une critique de l’Amérique moyenne, une sacralisation de la famille. Homer y est un père aimant et Marge une mère au foyer traditionnelle.

                Douglas Kennedy a choisi d’analyser un classique du cinéma, L’opération diabolique de John Frankenheimer, qui pose la question : est-ce que changer de vie rend heureux ?

                Avec Eric Vuillard, le New York de John Jacob Astor nous est conté. Ce trappeur s’est enrichi en vendant des fourrures et en s’installant dans la capitale où il va acheter des terrains et construire des immeubles qui seront à l’origine de la mégalopole moderne.

                Un jeune guide qui l’a accompagné au cours d’une partie de pêche rend un bel hommage à Jim Harrisson. Il fait l’éloge de sa simplicité et de sa modestie. François Busnel nous offre sa dernière nouvelle, L’affaire des bouddhas hurleurs, où ce vieil original se montre jusqu’au bout obsédé par les jeunes filles et passionné par la pêche à la truite qui reste son loisir préféré.

                Enfin, au sommaire de cet excellent numéro, les plus grands auteurs célèbrent Mark Twain et son roman devenu classique, Les Aventures de Huckelberry Finn. Hemingway dit de lui : « Toute la littérature américaine vient de là. Il n’y avait rien avant. Il n’y a jamais rien eu de mieux depuis. » En nous faisant régulièrement découvrir les auteurs américains qu’il affectionne, François Busnel nous démontre qu’Hemingway n’a peut-être pas tout à fait raison.

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