Vernon Subutex 3, Virginie Despentes

                Dernier tome de la trilogie, toujours ancré dans la réalité, avec ici comme fil rouge, les attentats du Bataclan. Au début du livre, Vernon Subutex est à Bordeaux qu’il quitte en train pour aller se faire soigner les dents à Paris. Il ressent, dans la capitale, une atmosphère particulière d’après terrorisme. Avec sa bande, ils se retrouvent toujours au parc des Buttes-Chaumont qu’ils délaissent de plus en plus pour vivre ce qu’ils appellent des « convergences », c’est-à-dire des réunions magiques où tous les participants planent dans un monde sans soucis et amical, comme s’ils étaient sous l’emprise de la drogue. Est-ce l’influence de la musique ou les dons de gourou de Vernon qui rendent ces soirées exceptionnelles, attirant de plus en plus de curieux. Le groupe aime à se retrouver et à danser jusqu’à l’aube. Pourtant, il va être déstabilisé par un héritage inattendu. Charles, qui fréquentait de temps en temps ces marginaux, lègue à Vernon et ses amis une coquette somme gagnée au loto. Que faire de cet argent ? Les avis sont partagés. Faire un don aux rockers, l’offrir aux migrants, le mettre de côté et attendre un coup dur, se faire plaisir en se payant quelques jours dans un palace, l’utiliser pour monter un film ? Bref, l’argent n’est pas le bienvenu, qui génère méfiance et soupçon. Il fait peur et, finalement, Vernon ne va pas se battre pour récupérer cette somme, très convoitée d’ailleurs par la femme de Charles. Une intrigue parallèle concerne l’antisémite et misogyne Dopalet qui, dans le tome précédent, avait été agressé par Céleste et Aïcha pour avoir assassiné la mère de cette dernière. Il peaufine sa vengeance qu’il met en œuvre à plusieurs reprises, jusqu’au bouquet final inattendu.

                L’actualité n’est jamais bien loin dans l’œuvre de Virginie Despentes et, encore une fois, ce roman peut être considéré comme une chronique de la société contemporaine. Il est question, bien sûr des attentats terroristes qui visent la France des Lumières et du traumatisme des Parisiens. Elle nous rappelle de plus l’épisode des femmes agressées à Cologne, la nuit du Nouvel An, les enfants qui se font harcelés au collège, les rendez-vous jubilatoires de la Nuit Debout, la gauche qui se droitise, la montée du Front National, les grandes usines qui ferment laissant sur le carreau des centaines de chômeurs, la loi El Khomeri injuste pour les plus faibles, les nouvelles tâches imposées aux facteurs qui doivent vendre des portables aux usagers. Notre époque, c’est aussi les émissions de relooking où les candidats adorent se faire assister, la mode des longboard, ces trottinettes électriques pour adultes, Airbnb qui casse les prix des locations, l’influence du chroniqueur Zemmour et de la journaliste Anne Sinclair, sans oublier un concert de Madonna et la mort de David Bowie.

                 C’est un monde violent où personne n’est à l’abri de connaître le sort des Subutex and C°. Un jour, on perd son conjoint, son emploi, son logement à cause des crédits revolving. Les dettes tombent, la déchéance n’épargne pas les bourgeois qui se retrouvent au CSA, après avoir blâmé sévèrement les bons-à-rien qui ne trouvaient pas de travail. Dans cette période d’instabilité, les jeunes ont du mal à trouver leurs marques. Aïcha, nouvelle convertie à l’islam devenue très radicale, finit par tomber amoureuse du père de famille chez qui elle est employée comme jeune fille au pair. Elle qui défendait la soumission et la « pureté » de la femme, découvre qu’elle aime le sexe, comme les filles légères qu’elle critiquait auparavant.

                On pourrait parler encore longuement des nombreux personnages à la psychologie complexe qui évoluent dans ce livre. En effet, chaque chapitre est consacré à l’un d’entre eux et Virginie Despentes a la bonne idée de les présenter en quelques mots, au début de l’histoire. Le lecteur pourrait se perdre. Elle n’est pas dupe.  Elle dit de la Hyène, écrivaine comme elle et peut-être son double, ce qui pourrait s’appliquer à sa trilogie : « Souvent la Hyène se demande à quoi ressemblera ce livre qu’elle écrit depuis si longtemps – existera-t-il un cerveau humain capable de suivre les dédales de sa pensée ? Quand elle réfléchit, on dirait un lapin sous acide. »

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