La mémoire n’en fait qu’à sa tête, Bernard Pivot

                Comme l’auteur l’explique dans la préface, ce livre est une suite de réflexions par ricochets qui répondent aux textes qu’il lit. Tout son monde de culture et de lettres se retrouve dans ce recueil. Ardent défenseur de la langue, il s’amuse avec les mots qu’il aime tels qu’ils sont et ne voit pas pourquoi certains voudraient supprimer l’accent circonflexe qui est un élément essentiel à la compréhension même du terme qu’il habille. Il ne recule jamais devant l’emploi d’une expression familière et il a un penchant particulier pour l’argot qui enrichit le français et lui permet de rester bien vivant. Ce boulimique de lecture parsème ces textes de citations et de références littéraires. Il se souvient bien sûr des rencontres avec les écrivains qu’il admire, à l’occasion des émissions de télévision qu’il animait : Karen Blixen, Marguerite Duras, Jean d’Ormesson et beaucoup d’autres. Il nous entraîne dans les coulisses d’ « Apostrophes » ou d’ « Ouvrez les guillemets » et se souvient qu’il a dû gérer des relations complexes entre certains participants. L’humour ne le quitte pas. Il s’invente une aventure amoureuse avec Louise Labé dont il réalise une interview imaginaire pour « Apostrophes ». Journaliste dopé à l’information et à l’actualité, cet hyperactif, qui travaille pour la presse écrite, la télévision et la radio, trouve encore le temps de s’étonner et d’apprécier tous les plaisirs de la vie. Il nous dit son goût pour les cigares, pour le vin et la bonne chère. Amateur de foot, il traîne dans les vestiaires des matchs.

                Bref, Bernard Pivot est un épicurien qui s’est donné sans retenue à son travail de journaliste littéraire, avec une telle passion qu’il a un peu laissé de côté sa vie privée. La télévision lui a procuré un immense plaisir et il la défend d’ailleurs en louant la diversité de son offre. Il l’aime car elle sait nous instruire, mais son plus grand atout, c’est de créer du désir. On retrouve, dans ce livre distrayant, le même humour, la même impertinence et la même concision dans l’expression que dans ses tweets quotidiens qui commentent l’actualité, tout en jouant avec les mots. Il ne peut s’empêcher de se laisser aller à quelques exercices d’écriture, ce qui nous vaut des quatrains savoureux qui résument avec malice et loufoquerie des œuvres d’autrefois qu’il mêle à l’actualité d’aujourd’hui. En voici un exemple :

« Cela faisait longtemps que la gent La Fontaine,
L’agneau, la cigale, les pigeons, la fourmi,
Attendaient qui bêlant, qui roucoulant, que vienne
Un drôle d’animal : le disant Luchini. »

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