Archives pour août 2017

La mémoire n’en fait qu’à sa tête, Bernard Pivot

                Comme l’auteur l’explique dans la préface, ce livre est une suite de réflexions par ricochets qui répondent aux textes qu’il lit. Tout son monde de culture et de lettres se retrouve dans ce recueil. Ardent défenseur de la langue, il s’amuse avec les mots qu’il aime tels qu’ils sont et ne voit pas pourquoi certains voudraient supprimer l’accent circonflexe qui est un élément essentiel à la compréhension même du terme qu’il habille. Il ne recule jamais devant l’emploi d’une expression familière et il a un penchant particulier pour l’argot qui enrichit le français et lui permet de rester bien vivant. Ce boulimique de lecture parsème ces textes de citations et de références littéraires. Il se souvient bien sûr des rencontres avec les écrivains qu’il admire, à l’occasion des émissions de télévision qu’il animait : Karen Blixen, Marguerite Duras, Jean d’Ormesson et beaucoup d’autres. Il nous entraîne dans les coulisses d’ « Apostrophes » ou d’ « Ouvrez les guillemets » et se souvient qu’il a dû gérer des relations complexes entre certains participants. L’humour ne le quitte pas. Il s’invente une aventure amoureuse avec Louise Labé dont il réalise une interview imaginaire pour « Apostrophes ». Journaliste dopé à l’information et à l’actualité, cet hyperactif, qui travaille pour la presse écrite, la télévision et la radio, trouve encore le temps de s’étonner et d’apprécier tous les plaisirs de la vie. Il nous dit son goût pour les cigares, pour le vin et la bonne chère. Amateur de foot, il traîne dans les vestiaires des matchs.

                Bref, Bernard Pivot est un épicurien qui s’est donné sans retenue à son travail de journaliste littéraire, avec une telle passion qu’il a un peu laissé de côté sa vie privée. La télévision lui a procuré un immense plaisir et il la défend d’ailleurs en louant la diversité de son offre. Il l’aime car elle sait nous instruire, mais son plus grand atout, c’est de créer du désir. On retrouve, dans ce livre distrayant, le même humour, la même impertinence et la même concision dans l’expression que dans ses tweets quotidiens qui commentent l’actualité, tout en jouant avec les mots. Il ne peut s’empêcher de se laisser aller à quelques exercices d’écriture, ce qui nous vaut des quatrains savoureux qui résument avec malice et loufoquerie des œuvres d’autrefois qu’il mêle à l’actualité d’aujourd’hui. En voici un exemple :

« Cela faisait longtemps que la gent La Fontaine,
L’agneau, la cigale, les pigeons, la fourmi,
Attendaient qui bêlant, qui roucoulant, que vienne
Un drôle d’animal : le disant Luchini. »

La ballade de l’impossible, Haruki Murakami

                Une chanson qui accompagne son atterrissage à Hambourg éveille en Watanabe les souvenirs douloureux de son aventure amoureuse avec Naoko. Cela se passait dix-huit ans plus tôt, alors qu’il poursuivait des études sans plaisir à l’université de Tokyo. Rien de passionnant dans sa vie d’alors. Il travaille quelques jours par semaine chez un disquaire pour se faire un peu d’argent, les dimanches sont consacrés à la lessive, il passe son temps libre à lire ou relire les romans américains et notamment Gatsby le magnifique, ou à coucher avec des filles rencontrées dans un bar. Ces deux derniers passe-temps, il les partage avec Nagasawa, le seul camarade de cours qu’il apprécie, même si sa désinvolture le dérange parfois. Deux figures féminines viennent donner du sens à son existence. Midori, dont il recueille les confidences et à laquelle il s’attache de plus en plus. Elle est gaie, vive, parle librement de sa sexualité, tout en posant beaucoup de questions. Et puis, Naoko avec laquelle il entretient une relation assez particulière. Ex fiancée de son ami, elle est devenue sa petite amie, après son suicide. Mais, Naoko, qui a des problèmes psychologiques est enfermée dans une espèce d’hôpital, ce qui n’empêche pas Watanabe de l’aimer. Quand elle se suicide à son tour, Watanabe fou de douleur abandonne tout pour voyager sans destination précise. Il vit alors, pendant un an comme un vagabond.
                Haruki Murakami décrit avec beaucoup de justesse le difficile passage de l’adolescence à la vie d’adulte. On pense à Paul Nizan qui affirmait : « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. » Si le héros s’en sort, il reste traumatisé par le décès de ses amis qui, eux, n’ont pas su se libérer des démons qui les torturaient. Cette « ballade de l’impossible » nous parle de l’amour, de l’amitié, de la sexualité, de la folie, de la mort. Notre guide, dans ce monde où les sentiments sont exacerbés, n’est autre que le narrateur qui fait montre d’une grande douceur et d’une extrême sensibilité et le lecteur s’y attache avec beaucoup de facilité.

L’homme de Lewis, Peter May

                Le policier de L’île des chasseurs d’oiseaux, Fin Macleod, quitte Edimbourg et sa femme après le décès accidentel de son fils. Il ressent le besoin de revenir sur son île natale de Lewis où il campe, tout en restaurant la maison de ses parents. Mais son passé insulaire le rattrape. Il retrouve Marsaili, son ancienne amoureuse, apprend à connaître le fils qu’il a eu avec elle et surtout, il est mêlé malgré lui à une enquête menée par son confrère, Gunn. Le cadavre momifié d’un homme est découvert dans un champ de tourbe. On s’aperçoit vite qu’il a le même ADN que Tormod Macdonald, le père de Marsaili. Or, ce dernier, atteint de la maladie d’Alzheimer, ne peut être d’un grand secours pour les enquêteurs. Pourtant, pendant que Fin essaie de résoudre cette énigme, qui se présente comme un jeu de piste avec le mystère d’un pendentif, d’un motif de couverture qui a laissé des traces sur le corps du défunt, d’un autel d’église en forme de bateau, d’une plage du nom de Charlie et d’un prénom, Ceist, l’auteur nous dévoile progressivement les souvenirs qui affleurent au cerveau du vieil homme diminué, quand il se trouve stimulé par un élément extérieur. Dans ses moments de lucidité, Tormod Macdonald revoit sa jeunesse tourmentée. Après avoir perdu ses parents très jeunes, il est placé dans une résidence avec son frère handicapé mental, Peter, qu’il a promis à sa mère de protéger. Mais la vie va malmener les garçons qui sont obligés de changer d’identité, ce qui ne va pas faciliter l’enquête actuelle.

                Encore une fois, Peter May situe l’action de son roman dans les îles Hébrides dont les terres sauvages correspondent bien à l’âme bosselée du détective. On sent l’attachement de l’auteur à ces paysages austères. Il nous fait respirer l’odeur âcre de la tourbe, nous promène tour à tour dans les landes désertiques et dans les pâturages verdoyants où paissent les moutons. De plus, comme dans chacun de ses romans sur l’Ecosse, Peter May s’appuie sur un fait réel qui a marqué le passé de ce pays. Ici, il s’agit de l’histoire scandaleuse des « Homers », ces enfants sans parents que l’église catholique sortait des orphelinats pour les placer, dans les Hébrides Extérieures, chez des inconnus qui s’en servaient de main d’œuvre bon marché ou le plus souvent d’esclaves. Envoyés seuls sur un ferry, ils devaient d’abord affronter une traversée tumultueuse puis, ils étaient abandonnés sur un quai avec le nom de la famille d’accueil inscrit sur un carton autour de leur cou. C’était ensuite une vie rude et sans amour qui les attendait dans les fermes où le ramassage du varech et de la tourbe et les travaux des champs occupaient leurs journées quand ils n’étaient plus à l’école.

                Dans sa trilogie écossaise, Peter May excelle à mener de pair un événement de l’histoire de son pays avec une intrigue qui tient le lecteur en haleine jusqu’au dénouement.

L’amie prodigieuse : le nouveau nom -Tome 2, Elena Ferrante

                Suite des aventures de Lila et Elena, la narratrice, et de leur amitié chaotique. Lila, élève brillante mais d’une famille pauvre, abandonne les études pour épouser, à seize ans, Stefano, un garçon de son quartier, qui s’est enrichi par des moyens plus ou moins honnêtes. Avant, elle était enviée pour son intelligence et sa répartie, aujourd’hui, elle est admirée pour son élégance et sa vie de petite bourgeoise. Même Elena succombe encore une fois à son charme et envisage de quitter le lycée pour goûter les joies de la femme au foyer. Mais la vie en couple n’a rien d’idyllique pour Lila qui découvre un Stefano généreux certes, mais violent et inculte. Son entourage conseille à Lila, dépressive et n’ayant pu mener à terme une grossesse, un séjour en bord de mer où elle exige la présence d’Elena qui, elle, compte bien retrouver Nino dont elle est toujours amoureuse, même s’il s’est éloigné d’elle. La rencontre se fait entre les jeunes gens et, dans un premier temps, Elena apprécie sa complicité intellectuelle avec le jeune homme qui la délaisse bientôt pour Lila. Lila quitte Stefano et connaît une aventure passionnée avec Nino, courte mais de cette relation va naître un enfant. Abandonnée par Nino, Lila regagne son indépendance et connaît les difficultés quotidiennes d’une femme seule avec un enfant.

                Trahie encore une fois par la personnalité trouble de son amie, Elena s’inscrit à l’université de Pise, se rend compte qu’elle est faite pour les études et qu’elle ne supporte plus la vulgarité et l’ignorance du monde dans lequel elle a vécu jusque-là. Elle fait de nouvelles connaissances et elle est prête à se marier avec un écrivain en herbe comme elle, lorsque Nino fait sa réapparition alors qu’elle présente son livre en public. La fin du deuxième opus laisse imaginer une suite riche en aventures sentimentales dans le troisième tome de cette série.

                Nous nous retrouvons dans l’ambiance désordonnée des quartiers populaires du Naples des années soixante où les habitants reproduisent, de génération en génération, les mêmes coutumes et la même violence. Difficile de sortir de ce cercle. Pourtant, Elena s’y essaie et nous assistons aux hésitations d’une jeune étudiante tiraillée entre son milieu d’origine et un nouvel environnement dont elle a du mal à déceler les clés, mais où elle s’obstine à trouver une place, à force de travail et de connaissances bien utiles pour la guider.



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