Regarde les lumières mon amour, Annie Ernaux

                Annie Ernaux, sollicitée par les éditions du Seuil pour raconter un peu de la société d’aujourd’hui, a choisi de s’attacher à la description d’un supermarché, en l’occurrence, celui où elle va faire ses courses régulièrement. Pendant un an, elle se rend, les différents jours de la semaine, à différents moments de la journée, à Auchan et elle observe. Elle remarque que la clientèle varie suivant les horaires et qu’une communauté cosmopolite fréquente l’établissement sans racisme et sans heurt. Elle passe les employés au scanner. Les caissières forment un prolétariat exploité, sous-payé et sans cesse surveillé. Parfois agressives car toujours sous tension. Une hiérarchie est bien établie au sein des vendeurs, suivant les rayons dont ils sont responsables. Il est à remarquer qu’aucun vendeur n’est présent à la partie librairie. Par contre, les nouvelles technologies bénéficient d’un personnel masculin nombreux, manifestant une certaine condescendance vis-à-vis des clients et surtout des clientes. Ces spécialistes détiennent le pouvoir informatique qui les rend supérieurs. Quant aux caisses automatiques qui déshumanisent ces centres commerciaux, elles sont dotées d’une voix de synthèse toujours prête à infantiliser celui ou celle qui passe un peu trop de temps à comptabiliser ses achats, en répétant autant de fois qu’il le faut un ordre non compris.

                Annie Ernaux passe ensuite en revue le contenu des rayons. Côté jouets, la discrimination est flagrante entre les jeux pour les filles et ceux pour les garçons. Que dire de la librairie qui ne propose que des best-sellers et une pléthore de livres de cuisine. La littérature de qualité y est pratiquement absente. Signe de la folie de notre époque : les produits pour les animaux domestiques sont plus attrayants que ceux en promotion destinés aux plus pauvres.

               Evidemment, la citoyenne engagée qu’est Annie Ernaux ne peut rester insensible à ce qu’elle voit. Sa description est bien sûr critique et subjective. Elle éprouve une envie de révolte devant la maltraitance des employés, devant l’hypocrisie et l’infantilisation qui règnent dans cet univers de la consommation. Elle ne peut s’empêcher de souligner qu’au Bangladesh, des immeubles non sécurisés s’écroulent sur des milliers d’esclaves réalisant des produits fabriqués pour Auchan ou d’autres supermarchés.

               Dans le style très sobre qu’on lui connaît, l’auteure des Années nous donne à voir le monde contemporain et ses dérives. Toujours à la recherche du terme le plus précis et le plus approprié, comme dans tous ses romans, elle s’interroge sur le choix des mots et sur leur portée. Vaut-il mieux écrire « femme », « femme noire » ou « Africaine » ?

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