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Archives pour juillet 2017

Regarde les lumières mon amour, Annie Ernaux

                Annie Ernaux, sollicitée par les éditions du Seuil pour raconter un peu de la société d’aujourd’hui, a choisi de s’attacher à la description d’un supermarché, en l’occurrence, celui où elle va faire ses courses régulièrement. Pendant un an, elle se rend, les différents jours de la semaine, à différents moments de la journée, à Auchan et elle observe. Elle remarque que la clientèle varie suivant les horaires et qu’une communauté cosmopolite fréquente l’établissement sans racisme et sans heurt. Elle passe les employés au scanner. Les caissières forment un prolétariat exploité, sous-payé et sans cesse surveillé. Parfois agressives car toujours sous tension. Une hiérarchie est bien établie au sein des vendeurs, suivant les rayons dont ils sont responsables. Il est à remarquer qu’aucun vendeur n’est présent à la partie librairie. Par contre, les nouvelles technologies bénéficient d’un personnel masculin nombreux, manifestant une certaine condescendance vis-à-vis des clients et surtout des clientes. Ces spécialistes détiennent le pouvoir informatique qui les rend supérieurs. Quant aux caisses automatiques qui déshumanisent ces centres commerciaux, elles sont dotées d’une voix de synthèse toujours prête à infantiliser celui ou celle qui passe un peu trop de temps à comptabiliser ses achats, en répétant autant de fois qu’il le faut un ordre non compris.

                Annie Ernaux passe ensuite en revue le contenu des rayons. Côté jouets, la discrimination est flagrante entre les jeux pour les filles et ceux pour les garçons. Que dire de la librairie qui ne propose que des best-sellers et une pléthore de livres de cuisine. La littérature de qualité y est pratiquement absente. Signe de la folie de notre époque : les produits pour les animaux domestiques sont plus attrayants que ceux en promotion destinés aux plus pauvres.

               Evidemment, la citoyenne engagée qu’est Annie Ernaux ne peut rester insensible à ce qu’elle voit. Sa description est bien sûr critique et subjective. Elle éprouve une envie de révolte devant la maltraitance des employés, devant l’hypocrisie et l’infantilisation qui règnent dans cet univers de la consommation. Elle ne peut s’empêcher de souligner qu’au Bangladesh, des immeubles non sécurisés s’écroulent sur des milliers d’esclaves réalisant des produits fabriqués pour Auchan ou d’autres supermarchés.

               Dans le style très sobre qu’on lui connaît, l’auteure des Années nous donne à voir le monde contemporain et ses dérives. Toujours à la recherche du terme le plus précis et le plus approprié, comme dans tous ses romans, elle s’interroge sur le choix des mots et sur leur portée. Vaut-il mieux écrire « femme », « femme noire » ou « Africaine » ?

Ne ferme pas les yeux, Carlene Thompson

                Port Ariel est une petite ville tranquille, au bord du lac Erié. Natalie vient y chercher un peu de repos auprès de son père, après une rupture sentimentale. Mais la paix qu’elle souhaitait n’est pas au rendez-vous. Une série de meurtres vient frapper ses amies les plus proches et elle se retrouve toujours et malgré elle au cœur des événements. Désormais, la peur et les soupçons vont altérer les rapports de la communauté. On se méfie des inconnus, mais aussi des voisins et même de sa meilleure amie. Tout le monde semble avoir un mobile. Pourtant, il faudra élucider le mystère de cette mystérieuse voix qui interpelle Natalie. Et que se passe-t-il dans la vieille bâtisse abandonnée où aiment traîner les enfants curieux ? Le shérif et son adjoint s’allieront à Natalie pour dénouer l’intrigue où, comme souvent dans les romans policiers, les rancœurs jouent un rôle primordial.

                Une intrigue simpliste, du sentimentalisme, un dénouement tiré par les cheveux et une écriture banale. Bref, un roman de gare facile à lire sur la plage.

Vernon Subutex 2, Virginie Despentes

                Suite des errances de Vernon Subutex. Toujours SDF. Ses amis partent à sa recherche car il semble avoir l’esprit troublé par les drogues, par sa situation, par l’instabilité de son existence. Il s’agit aussi de mettre la main sur les cassettes compromettantes enregistrées par leur ami chanteur, Alex Bleach. Mais tout ceci n’est qu’un prétexte à décrire un monde de laissés-pour-compte qui vit en marge et de quelques-uns de leurs amis qui ont un pied dans la société de consommation.

                Avec Vernon Subutex, Virginie Despentes nous entraîne chez les SDF, les stars du porno, les transsexuels, les homosexuels, les convertis à l’islam, tout un monde que les bienpensants refusent de voir. Beaucoup d’empathie de la part de l’auteur envers ces rebelles qui affirment leur différence. Mais pas de complaisance pour autant. On retrouve chez eux les mêmes défauts que chez les nantis. Il y a ceux qui voudraient ressembler aux bourgeois, avoir de l’argent et consommer, qui vénèrent le Capital, ceux qui refusent de se soumettre et préfèrent la précarité, ceux qui appartiennent encore à l’ancienne génération avec une conscience ouvrière aiguë qui hait le patron et qui a le goût du travail bien fait, les parents progressistes qui n’acceptent pas de voir leur fille prendre le voile, ceux qui sont déçus par la gauche au pouvoir, ceux qui s’engagent contre le racisme après avoir lu Les damnés de la terre de Frantz Fanon. Comme dans la vie « normale », ces personnages doivent faire face à des séparations, à des amitiés qui se délitent, à des relations parents/enfants difficiles, à des règlements de compte. Tous sont bien ancrés dans la réalité technologique d’aujourd’hui. Facebook, twitter, les selfies et WhatsApp n’ont pas de secrets pour eux.  Ce qui les réunit, c’est leur soif de liberté, leur goût de la musique rock, leur tendresse pour Vernon Subutex et les Buttes-Chaumont où ils ont élu domicile. Car Paris joue un grand rôle dans ce roman. Si le groupe finit par fuir la capitale pour prendre la direction du sud, elle fait bel et bien partie de leur vie : le Paris cosmopolite, le XIXème arrondissement, le Marais…

                Même si ce deuxième tome de Vernon Subutex fait répétition par rapport au premier, on apprécie toujours la verve de Virginie Despentes qui mêle la gouaille parisienne à des réflexions très précises et très justes sur des situations particulières de la vie comme la maternité qui se révèle pesante pour certaines ou la détresse d’un père qui a du mal à surmonter la rupture avec sa fille.



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