Une fille qui danse, Julian Barnes

                Un homme de soixante ans fait le bilan de sa vie. L’histoire pourrait en rester là mais c’est compter sans le talent de Julian Barnes. Tony, le narrateur, vit une existence tranquille. Il est divorcé, et entretient de bons rapports avec son ex-femme et sa fille. Les jours pourraient continuer à s’écouler ainsi, mais un événement vient le perturber et introduire remords et culpabilité dans sa routine.

                Il revoit sa jeunesse. Avec deux autres jeunes gens, ils forment un groupe sur lequel vient se greffer Adrian, un adolescent arrogant et intelligent qui bouscule l’équilibre de la bande et qui est admiré de tous. Adrian a du succès évidemment auprès des filles et il se marie d’ailleurs avec Veronica, qui fut pendant longtemps le flirt de Tony. Puis, la vie sépare les quatre amis jusqu’au suicide d’Adrian qui les réunit à nouveau pour un moment seulement. Quarante ans plus tard, nouveau coup de théâtre : la mère de Veronica meurt et lègue bizarrement à Tony le journal intime d’Adrian. Quelques mots et une phrase interrompue l’interrogent sur le sens de sa vie. Adrian écrit : « Ainsi, par exemple, si Tony… » Si Tony quoi ? Le narrateur se sent accusé d’avoir succombé à la facilité. Il fait son examen de conscience et il complète les points de suspension à sa façon : « Oui, en effet, si Tony avait vu plus clairement, agi plus résolument, adhéré à des valeurs morales plus authentiques, ou opté moins facilement pour une placidité passive qu’il avait d’abord appelée bonheur et, plus tard, contentement ; si Tony avait été moins timoré, n’avait pas compté sur l’approbation des autres pour sa propre estime de soi… » Remise en question du retraité qui avoue ses erreurs de jeunesse, regrette les mots cruels lâchés dans un moment de colère et qui dépassent la pensée. Tony cherche à revoir Veronica pour résoudre l’énigme de ce passage du journal d’Adrian. Il entrevoit même une nouvelle aventure amoureuse avec son ex-petite-amie. Mais cette idée se révèle être une « sénile chimère ». Il se sent coupable des malheurs de Veronica qu’il découvre au fil des leurs rencontres. Veronica se montre étrange et agressive. Que cache ce comportement ? Et si cette phrase évasive d’Adrian voulait dire autre chose ?

              C’est un roman troublant que nous offre Julian Barnes. Il se présente sous la forme d’une enquête menée par le narrateur qui nous entraîne dans ses réflexions métaphysiques. Il nous interroge sur le sens d’une existence. Est-elle faite de simples additions, d’accumulations d’événements ou d’un accroissement qui grandit l’être humain ? Un retour en arrière est-il possible et peut-on effacer les maladresses du passé ? Peut-on se fier à la mémoire qui se révèle souvent défaillante ? Avec beaucoup de virtuosité, l’auteur nous conduit jusqu’à une vérité qui bouleverse. 

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