Archives pour juin 2017

Pauline, George Sand

                Comme toutes les jeunes filles de province, Pauline passe ses journées à faire de la broderie et à rêver. Tous ses jours sont semblables jusqu’au moment où Laurence, son amie d’enfance, revient sur ses terres, à la suite d’un malentendu avec le cocher qui devait l’amener à Lyon. Elles se retrouvent donc à Saint-Front. Mais Laurence n’est plus la jeune fille frivole de l’époque. Elle vit désormais à Paris où elle est devenue une célèbre comédienne, métier mis à l’index par la bourgeoisie bien-pensante. Pauline envie son élégance, son aisance, sa vie mondaine comme toutes les femmes de la petite ville qui s’empressent de trouver un prétexte pour la rencontrer. La mère aveugle de Pauline, qui jadis avait blâmé sa vie de dévergondage, elle aussi est attirée par la gentillesse de l’actrice. De son côté, Laurence, elle, admire le dévouement et la dévotion de son amie qui consacre ses journées à sa mère malade. Or, Pauline s’occupe de sa mère non par abnégation mais par devoir. La présence de Laurence fait naître chez Pauline un dégoût pour son existence inutile, dérisoire et étriquée par des contraintes bassement matérielles. Elle voudrait goûter à la vie libre et indépendante de Laurence qui bouscule les habitudes de la petite ville.

                A la mort de sa mère, Pauline connaît des problèmes de succession. Laurence l’héberge à Paris, comblant ainsi ses désirs les plus fous. Elle participe aux repas et aux réceptions. Elle fréquente des artistes, des écrivains, des notables. Mais, ne détenant pas les codes de cette société mondaine, elle se laisse abuser par un jeune homme sans principes, qui vit de ses rentes, Montgenays. Amoureux de Laurence qui reste indifférente à ses avances, il se sert de Pauline pour la séduire.

                George Sand fait la satire de la vie de province dont elle-même a souffert. Elle a notamment scandalisé les commères en montant à cheval comme un homme. Elle critique ses mesquineries et l’ennui qui l’étouffe. Face à Pauline que le sacrifice rend envieuse et méchante, George Sand préfère Laurence qui mène une vie moins conventionnelle mais qui sait se montrer généreuse et d’une amitié fiable. On retrouve dans ce petit livre au charme désuet, bien écrit, un brin moralisateur, les thèmes chers à l’auteur : défense de la liberté des femmes et lutte contre la société conservatrice et corsetée de la province française.

De sang et de lumière, Laurent Gaudé

                Etrange similitude entre le texte de Gaudé et celui de Chamoiseau, Frères migrants, où il déclare que la poésie doit s’opposer « à tout ce qui est contraire aux beautés relationnelles du vivant ». Avant lui, Virgile clamait : « Arma virumque cano » et Aragon reprenait : « Je chante les armes et les hommes… ainsi commence l’Enéide, ainsi devrait commencer toute poésie ». A son tour, Gaudé veut « une poésie qui défie l’oubli et pose ses yeux sur tous ceux qui vivent et meurent dans l’indifférence du temps ». Pas de prière, pas de dieu, mais un poème pour ne pas oublier le malheur.

                Hommage donc aux pays pauvres où les mères s’épuisent à creuser une terre stérile, où les jeunes se prostituent pour survivre. Retour sur l’esclavage quand l’homme blanc imaginait un étrange manège autour de l’arbre de l’oubli, pour que le Noir efface de ses souvenirs sa terre, sa langue et jusqu’au visage de sa mère, avant de se retrouver parmi des corps entassés, enchaînés, déshumanisés au fond de la cale d’un négrier. A l’arrivée, le béké l’attendait dans sa plantation, sur sa chaise à bascule, prêt à appliquer, sans état d’âme, le code noir qui fait du Nègre un « bien meuble ». Au secours, Aimé Césaire !

                Ailleurs, dans un pays meurtri par « le tremblement des pierres », la femme, abîmée par ses grossesses, se meurt sous le poids du labeur quotidien, loin de ses enfants dispersés dans le monde. Comment oublier ceux qui laissent derrière eux des souvenirs heureux pour traverser le pont salvateur et ne trouver, de l’autre côté, qu’une toile de tente battue par le vent, au milieu de la boue et de la misère qui emporteront leurs enfants ? Ceux qui, tiraillés entre quatre pays, sont chassés de partout, accueillis nulle part.

                Comment peut-on accepter, nous Français, cette jungle inhumaine où les clôtures, les grillages, les barbelés tentent d’isoler ces nomades fourbus avant que les pelleteuses ne les renvoient sur les routes ? Se souvenir de nos ancêtres qui ont fui l’ennemi sur des charrettes surchargées et qui, comme eux, ont connu un lent exode d’enfants ballotés et de femmes abandonnées.

                Aujourd’hui encore, le « monde saigne ». Nous sommes tous les cibles d’hommes lâches qui, au nom de la religion, versent le sang. En dignes fils de Rabelais, Villon, Montaigne, Voltaire et Hugo, revendiquons notre liberté de penser sans dieu. Assumons notre vie d’athées joyeux, insouciants et sensuels. Croyons en une renaissance, en un avenir meilleur, comme cette mère exténuée qui exhorte malgré tout sa fille à connaître la joie. L’Europe a mis fin aux affrontements entre pays voisins. Du nord à la Méditerranée, elle est riche d’un brassage de cultures. Elle s’est construite dans le sang, gageons, avec le poète, qu’elle est désormais tournée vers la lumière.

Frères migrants, Patrick Chamoiseau

               En posant le problème des migrants et de leur accueil, Patrick Chamoiseau fait le bilan d’une société où les démocraties sont « devenues erratiques » et où l’économie mène le monde. Relayée par les réseaux sociaux et par les médias, cette situation est à l’origine de l’exclusion, du rejet, de la violence. Le monde virtuel aurait pu être une porte de secours à notre univers chosifié, mais l’économie l’a colonisé. Il n’y a plus de morale et « quand l’éthique défaille c’est la beauté qui tombe. »

                Le constat est alarmant. Nous pensions avoir atteint un degré de civilisation acceptable. Nous pensions que les violences faisaient partie de l’histoire, que la barbarie appartenait à un autre temps, mais elle renaît sans cesse de ses cendres. Les droits de l’homme sont une nouvelle fois bafoués quand nous laissons dériver des vies autour de Lampedusa ou de l’île de Malte. Autrefois, l’océan Atlantique était devenu le cimetière des esclaves. Aujourd’hui, la Méditerranée ensevelit les migrants. Nous pensions que la société de consommation introduirait dans nos vies une certaine égalité. Or, l’injustice est toujours là. Les villes génèrent une « misère matérielle et mentale ». Nous constatons une régression dans le travail, alors que les anciens se sont battus pour défendre leurs droits. Face à la compétitivité, il faut travailler plus dans la plus grande précarité. Les services publics sont laminés. La recherche, la justice, l’éducation, la culture, la santé sont abandonnées pour le profit des actionnaires. La richesse, qui grandit de génération en génération, est pourtant produite par tous et devrait être équitablement partagée. Devant une telle inégalité, exit la solidarité qui fait de l’étranger un suspect. Les pays d’Europe légifèrent pour se protéger des hordes envahissantes, oubliant leur passé conquérant quand ils faisaient tomber les frontières.

                Ce texte de l’écrivain martiniquais n’est pas qu’un pamphlet contre notre société occidentale. Patrick Chamoiseau propose des solutions et, pour cela, il se tourne vers son ami, Edouard Glissant, vers les poètes et les grands hommes. Dans un long chapitre, il défend la « mondialité », imaginée par Glissant, qu’il préfère à la mondialisation. La « mondialité » mise sur l’humain, la bienveillance, la « lueur » dont parlait Pasolini. La « mondialité », c’est accueillir la diversité, apprendre à vivre avec l’imprévisible et sa poésie, c’est devenir créatif et solidaire. Elle oppose le profit à la beauté du geste, de l’inutile. Patrick Chamoiseau en tire une leçon sur la richesse de l’accueil. Les migrants arrivent chez nous avec une culture, une religion, des paysages différents des nôtres. Il faut leur donner l’opportunité de construire un avenir, sans jugement moral, où ils composeront avec le pays qui les accueillent mais aussi avec le passé qui les a construits. Quant à ceux qui reçoivent, cela peut être une chance de vivre moins égoïstement, de se grandir grâce à la force transmise par les migrants. Il faut accueillir sans réserve, sans attendre un retour, créer une relation avec l’autre dans « un vivre-ensemble multi-trans-culturel ». Les premiers hommes étaient en déplacement permanent. Le monde leur appartenait. Il ne s’agit plus de conquérir ou de dominer, mais il faut faire de la terre un espace commun avec des frontières qu’on enjambe pour vivre dans un « lieu-monde », encore un mot de Glissant.

                De la noirceur de cette nouvelle situation, peut naître la lumière. Patrick Chamoiseau ne se départ jamais de sa foi en l’homme. Il note que, si la civilisation contemporaine connaît des conflits, ils restent marginaux dans un pays en paix. Appuyons-nous sur le passé pour ne pas renouveler les mêmes erreurs. Ayons confiance en ces petites initiatives individuelles, ces « lucioles » qui donnent sa dignité à l’humanité. « Nous devons donc nous-mêmes […] devenir des lucioles et reformer par là une communauté du désir, une communauté de lueurs émises, de danses malgré tout, de pensées à transmettre », selon la phrase de George Didi-Huberman reprise en exergue. Enfin, Patrick Chamoiseau appelle les poètes à se mobiliser. Il se réfère bien sûr à son maître Glissant, mais aussi à Rimbaud, Césaire, Char ou Frankétienne. Il croit en la force de la poésie qui doit dénoncer le refus de l’accueil comme un acte criminel ou rendre hommage à ce que la terre a de plus beau.

                Sur la quatrième de couverture, l’auteur signe un texte où il dit qu’il n’est pas poète. Et pourtant, cet écrit en prose se lit comme un long poème où les frontières de l’Europe deviennent des « meurtrières », les pays fuis par les migrants des « artères ouvertes »et même les plus modernes cookies des « abeilles collantes hyper mnésiques ». Cette langue imagée est toujours enrichie de mots créoles tellement évocateurs : chiquetaille, enchouker. Le rythme lui-même est souvent celui de la poésie. L’énumération des pays qui ont forcé les migrants à fuir revient comme un mantra tout au long du livre et devient dénonciation : l’Irak, l’Erythrée, l’Afghanistan, le Soudan, la Syrie. Magnifique texte de Chamoiseau aussi bien au niveau du contenu que de la forme, aussi fort que Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire ou le Tout-Monde d’Edouard Glissant.

Une très légère oscillation, Sylvain Tesson

                  Une très légère oscillation est le journal de l’auteur de 2014 à 2017, nous dit le sous-titre. Comme on le sait, Sylvain Tesson est cet aventurier moderne qui parcourt le monde à la recherche de nouvelles expériences, de nouvelles parois rocheuses à escalader, de « quelque chose qui [le] mette au bord de l’abîme », pour reprendre les termes de Renan. Ses escapades ont été freinées le 20 août 2014, quand, après avoir bu quelques verres, il a voulu grimper sur la façade de la maison d’un ami, à Chamonix. Quatre mois d’hôpital ont suivi qui l’ont calmé pour un temps et qui l’ont fait s’interroger sur le sens de la vie. Ce sont ses réflexions qu’il nous livre ici sur le monde d’aujourd’hui, pas très réjouissant, qui le pousse à fuir vers d’autres paysages ou dans la solitude. Critiquant ses contemporains, il fustige les boulimiques d’images qui préfèrent prendre l’instant présent en photo plutôt que de le vivre intensément. Il enrage contre notre époque hyperconnectée qui préfère la technologie aux livres. Pessimiste sur l’évolution de notre planète qui s’affiche tous les jours à la une des quotidiens, il est préoccupé par la montée de l’islamisme et cite les sourates qui prônent une violence propre à inviter les plus fondamentalistes à passer à l’acte. Il exhorte les musulmans modérés à envisager une réforme du Coran. La classe politique et ses dirigeants ne sont pas épargnés par sa colère. La seule échappatoire, pour lui, c’est la fuite.

                Entre deux passages à Paris, il sillonne le monde, fait de nombreux séjours dans les steppes russes, mais arpente aussi la nature française avec un attachement particulier aux calanques de Cassis, aux massifs alpins et aux forêts. Il aime partager des expériences et se retrouve ainsi à neuf cents mètres sous terre, dans les mines de charbon d’Ukraine, aux côtés des travailleurs exténués. Il dit son admiration pour les grands alpinistes et reprend rapidement l’ascension des montagnes après son accident. Il entreprend d’ailleurs une rééducation un peu particulière. Délaissant les instruments de torture qui l’attendaient dans les salles spécialisées, il préfère grimper les marches de la Tour Eiffel ou de Notre Dame de Paris en compagnie des gargouilles, pour remettre son corps en état.

                Lui qui incarne une force de caractère extraordinaire se laisse aller à la douleur et à une émotion touchante, à la mort de sa mère. Mais il se reprend vite pour en dégager une philosophie de la vie dont il ne s’est jamais départi. « La leçon que nous donne les morts, c’est de nous hâter de vivre. De vivre plus. De vivre avidement. De s’échiner à un surplus de vie. De tout rafler.  De bénir tout instant. Et d’offrir ce surcroît de vie à eux, les disparus, qui flottent dans le néant, alors que la lumière du soir transperce les feuillages. » Même sensibilité lorsqu’il rend hommage au personnel hospitalier qui l’a soutenu lors de sa traversée du désert. La nature, certaines personnes l’aident à vivre, mais il ne serait rien sans les livres et les écrivains qui nourrissent ce journal. Pendant sa convalescence, il fréquente assidument les bouquinistes des bords de Seine. On se souvient de la liste des ouvrages qui l’accompagnaient dans sa cabane en Sibérie.

                Ce journal a peut-être aidé Sylvain Tesson à faire le point à la suite de ses épreuves. Le lecteur, lui, ne reste pas insensible à la leçon qu’il tire de ses expériences et qui peut se résumer à la phrase de Jankélévitch à laquelle il adhère : « C’est l’heure : Hora ! Tout à l’heure, il sera trop tard, car cette heure-là ne dure qu’un instant. Le vent se lève, c’est maintenant ou jamais. Ne perdez pas votre chance unique dans toute l’éternité, ne manquez pas votre unique matinée de printemps. » On apprécie les nombreuses références littéraires et philosophiques qui parsèment ce texte ainsi que les aphorismes parfois poétiques, parfois amusants, parfois sérieux et toujours savoureux qu’il insère entre les chapitres.
« Je suis un chasseur-cueilleur de bibliothèque. »
« Si l’on coupe les mains d’un Italien, il risque de devenir muet. »
« Internet ? Une crise d’épilepsie mondiale. »
« Voyager, c’est croire que la distance amènera de la profondeur. »

Lignes de faille, Nancy Huston

                Ce roman est composé de quatre parties, chacune consacrée à l’enfance d’un personnage qui se revoit à l’âge de six ans. Ils ont en commun les liens du sang, puisqu’il s’agit du fils, du père, de la grand-mère et de l’arrière-grand-mère. Tous ont vécu une histoire compliquée aussi bien au niveau familial que mondial. Le premier portrait est celui de Sol, enfant précoce, tyrannique, fruit d’une éducation positive voulue par la mère. Anorexique, il se nourrit des images de violence et de pornographie proposées par Internet. Dès cette première présentation, on entrevoit les caractères des différents membres de la famille qui s’affineront dans les parties suivantes : mère dévote et pleurnicharde, père xénophobe et vulgaire, grand-mère juive obsédée par la deuxième guerre mondiale, arrière-grand-mère libre, indépendante et lesbienne. Famille encombrante qui compose une étrange équipée lors d’un séjour à Munich où la grand-mère, en quête de ses origines entraîne tout ce monde. Grand-mère en fauteuil roulant, arrière-grand-mère réticente et garçon en kippa « Guerre des Etoiles » déambulent dans les rues de la métropole allemande.

                Le deuxième portrait est celui du père qui vit un an en Israël avec ses parents, pour que sa mère puisse poursuivre ses recherches universitaires et celles sur le secret que cachent ses ancêtres. De là, elle restera handicapée après un accident de voiture. Ensuite, c’est avec la grand-mère, Sadie, qu’on fait connaissance. Sa mère, chanteuse, l’a eu à l’âge de 18 ans. Préférant la fête et les soirées entre amis aux contraintes d’une vie familiale, elle laisse la garde de sa fille à sa mère qui l’élève de façon spartiate et sans aucune affection. Vient enfin Kristina, l’arrière-grand-mère et avec elle la résolution de l’énigme généalogique que Sadie a cherché à résoudre toute sa vie. Kristina vit heureuse en Allemagne, dans une famille aimante jusqu’à l’arrivée d’un enfant adopté qui introduit le doute sur son identité.

                A travers l’histoire de ces personnages, nous traversons les grands conflits internationaux depuis 1940 jusqu’à nos jours : la guerre entre l’Allemagne et la Russie, la guerre froide, les massacres de Sabra et Chatilla, la guerre en Irak. Mais, c’est sur un événement bien particulier que Nancy Huston arrête le curseur. Entre 1940 et 1945, pour repeupler l’Allemagne, Himmler donne l’ordre de voler des enfants en Pologne, en Ukraine et dans les Pays baltes. Deux cent mille enfants ont été concernés parmi lesquels des bébés qui se sont retrouvés dans des maternités appelées « fontaines de vie » où ils devaient contribuer à créer la race aryenne.

                Nancy Huston construit l’histoire de cette saga de façon originale. Elle offre au lecteur un puzzle qu’il ne pourra reconstituer qu’à la fin du récit où l’émotion est à son comble quand il découvre la ligne de faille de cette famille que d’autres ont connu pendant la deuxième guerre mondiale.

Une fille qui danse, Julian Barnes

                Un homme de soixante ans fait le bilan de sa vie. L’histoire pourrait en rester là mais c’est compter sans le talent de Julian Barnes. Tony, le narrateur, vit une existence tranquille. Il est divorcé, et entretient de bons rapports avec son ex-femme et sa fille. Les jours pourraient continuer à s’écouler ainsi, mais un événement vient le perturber et introduire remords et culpabilité dans sa routine.

                Il revoit sa jeunesse. Avec deux autres jeunes gens, ils forment un groupe sur lequel vient se greffer Adrian, un adolescent arrogant et intelligent qui bouscule l’équilibre de la bande et qui est admiré de tous. Adrian a du succès évidemment auprès des filles et il se marie d’ailleurs avec Veronica, qui fut pendant longtemps le flirt de Tony. Puis, la vie sépare les quatre amis jusqu’au suicide d’Adrian qui les réunit à nouveau pour un moment seulement. Quarante ans plus tard, nouveau coup de théâtre : la mère de Veronica meurt et lègue bizarrement à Tony le journal intime d’Adrian. Quelques mots et une phrase interrompue l’interrogent sur le sens de sa vie. Adrian écrit : « Ainsi, par exemple, si Tony… » Si Tony quoi ? Le narrateur se sent accusé d’avoir succombé à la facilité. Il fait son examen de conscience et il complète les points de suspension à sa façon : « Oui, en effet, si Tony avait vu plus clairement, agi plus résolument, adhéré à des valeurs morales plus authentiques, ou opté moins facilement pour une placidité passive qu’il avait d’abord appelée bonheur et, plus tard, contentement ; si Tony avait été moins timoré, n’avait pas compté sur l’approbation des autres pour sa propre estime de soi… » Remise en question du retraité qui avoue ses erreurs de jeunesse, regrette les mots cruels lâchés dans un moment de colère et qui dépassent la pensée. Tony cherche à revoir Veronica pour résoudre l’énigme de ce passage du journal d’Adrian. Il entrevoit même une nouvelle aventure amoureuse avec son ex-petite-amie. Mais cette idée se révèle être une « sénile chimère ». Il se sent coupable des malheurs de Veronica qu’il découvre au fil des leurs rencontres. Veronica se montre étrange et agressive. Que cache ce comportement ? Et si cette phrase évasive d’Adrian voulait dire autre chose ?

              C’est un roman troublant que nous offre Julian Barnes. Il se présente sous la forme d’une enquête menée par le narrateur qui nous entraîne dans ses réflexions métaphysiques. Il nous interroge sur le sens d’une existence. Est-elle faite de simples additions, d’accumulations d’événements ou d’un accroissement qui grandit l’être humain ? Un retour en arrière est-il possible et peut-on effacer les maladresses du passé ? Peut-on se fier à la mémoire qui se révèle souvent défaillante ? Avec beaucoup de virtuosité, l’auteur nous conduit jusqu’à une vérité qui bouleverse. 



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