Les délices de Tokyo, Durian Sukegawa

                La vie pourrait être paisible dans cette rue de Tokyo où Sentarô tient sa boutique de dorayakis, gâteaux aux haricots rouges qu’affectionnent les Japonais, comme ces collégiens qui viennent s’offrir une friandise à la sortie de l’école. Quand une vieille dame, Tokué, propose ses services, les ventes augmentent et tout le monde apprécie la nouvelle recette qu’elle confectionne avec soin et sans précipitation pour laisser aux ingrédients le temps de se sublimer. Les jours pourraient s’écouler ainsi au rythme des saisons, scandées par la transformation des cerisiers qui bordent la rue : d’abord en bourgeons, puis en fleurs et enfin dénudés quand vient l’hiver. Mais l’âme humaine est cruelle et les clients, en découvrant les doigts déformés de Tokué, la suspectent de lèpre et délaissent les dorayakis.

                La patronne de Sentarô exige le renvoi de l’employée, situation insupportable pour Sentarô qui démissionne et se met à boire. Jusqu’au jour où, une collégienne, habituée de la boutique, vient lui demander de garder son canari, sur les conseils de Tokué.  Tous les deux ont plusieurs points communs. Ils ont connu des déboires : elle, est en fugue et lui, a fait un séjour en prison pour avoir été complice de son patron qui revendait du cannabis. Ils ont surtout la même affection pour Tokué qu’ils vont désormais rejoindre régulièrement dans le sanatorium où elle passe sa vie. Ils découvrent petit à petit sa triste existence et s’attachent de plus en plus à elle, à l’écoute de ses malheurs passés et de son courage. Dès les premiers symptômes de la lèpre, à quatorze ans, Tokué est enfermée dans cet établissement pour malades. Dur apprentissage de la vie pour une fillette qui ne reverra plus sa famille ! Mais elle raconte comment, progressivement, une vie sociale s’est organisée au sanatorium où elle a même trouvé un mari, mort après une récidive. C’est là qu’elle a appris la fameuse recette des dorayakis. C’est là qu’elle a mené un combat pour sortir de cette prison et aller rejoindre Sentarô dans la journée. Elle a réussi à développer une philosophie qui lui a permis de supporter ses souffrances et son enfermement : « Dans cette vaine lutte passée à se débattre au fond des ténèbres, nous nous accrochions à ce seul point : nous étions des êtres humains et nous tentions de garder notre fierté. » Et cette leçon de vie, elle l’offre à ses deux amis malmenés eux aussi par la société : être à l’écoute du monde et apprécier les beautés de la nature.

                Ce petit livre qui ressemble à un conte, est un merveilleux éloge de la lenteur, du goût des autres, de la nature et en même temps une incitation à se battre pour défendre sa dignité. Toutes ces qualités se retrouvent dans le film éponyme adapté du roman et réalisé par Naomi Kawase.

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