Archives pour mai 2017

Votre cerveau, Michel Cymes

                Dans ce livre, Michel Cymes souligne l’importance du cerveau qui permet au corps de fonctionner correctement. Il convient donc d’en prendre soin. Comment ? C’est un lieu commun de dire que l’alimentation doit être saine et équilibrée, que l’alcool et le tabac sont nocifs pour la santé. Et pourtant, l’auteur pense qu’il n’est pas inutile de le répéter encore une fois, même si la prise de conscience, de ce côté-là, semble plus manifeste. Il met en garde ses lecteurs contre les pièges des publicitaires et les manipulations des professionnels de la consommation pour qui l’éthique n’est pas la principale préoccupation. Le sport est tout aussi important que la nourriture et il contribue à maintenir le cerveau en forme, autant que l’activité intellectuelle. On ne saurait assez insister sur les bienfaits de la lecture, sur le rôle de la culture et sur les exercices de mémoire. Ces bonnes habitudes ne suffisent pas si tout un art de vivre ne va pas de pair avec elles. Il ne faut pas oublier de prendre soin de soi et d’éviter le laisser-aller. Les émotions positives jouent un rôle essentiel pour un bon fonctionnement du cerveau ainsi que la curiosité, l’ouverture d’esprit et vers les autres.

                Ce livre est un condensé de bon sens populaire pour atteindre un bien-être certain. Le yoga et la méditation sont convoqués pour accompagner cette démarche prônée par Michel Cymes qui fait appel à Confucius dans son épilogue pour donner plus de poids à son propos. Tout au long de ce guide, le médiatique docteur s’appuie sur des expériences scientifiques, mais c’est dans un langage simple, dépouillé de termes médicaux compliqués qu’il s’adresse à ses lecteurs sans se départir de son humour bien connu. Il raconte des petites histoires qui viennent alléger un paragraphe trop sérieux, mais n’hésite pas à citer des philosophes ou des écrivains (Alphonse Allais, Baudelaire), car ce chroniqueur apprécié des Français est aussi un homme cultivé. Donc ces conseils de santé n’apportent rien de bien nouveau, mais ils ont l’avantage de nous remettre sur la bonne voie quand nous nous laissons un peu trop accaparés par les trépidations de notre société contemporaine.  

Les délices de Tokyo, Durian Sukegawa

                La vie pourrait être paisible dans cette rue de Tokyo où Sentarô tient sa boutique de dorayakis, gâteaux aux haricots rouges qu’affectionnent les Japonais, comme ces collégiens qui viennent s’offrir une friandise à la sortie de l’école. Quand une vieille dame, Tokué, propose ses services, les ventes augmentent et tout le monde apprécie la nouvelle recette qu’elle confectionne avec soin et sans précipitation pour laisser aux ingrédients le temps de se sublimer. Les jours pourraient s’écouler ainsi au rythme des saisons, scandées par la transformation des cerisiers qui bordent la rue : d’abord en bourgeons, puis en fleurs et enfin dénudés quand vient l’hiver. Mais l’âme humaine est cruelle et les clients, en découvrant les doigts déformés de Tokué, la suspectent de lèpre et délaissent les dorayakis.

                La patronne de Sentarô exige le renvoi de l’employée, situation insupportable pour Sentarô qui démissionne et se met à boire. Jusqu’au jour où, une collégienne, habituée de la boutique, vient lui demander de garder son canari, sur les conseils de Tokué.  Tous les deux ont plusieurs points communs. Ils ont connu des déboires : elle, est en fugue et lui, a fait un séjour en prison pour avoir été complice de son patron qui revendait du cannabis. Ils ont surtout la même affection pour Tokué qu’ils vont désormais rejoindre régulièrement dans le sanatorium où elle passe sa vie. Ils découvrent petit à petit sa triste existence et s’attachent de plus en plus à elle, à l’écoute de ses malheurs passés et de son courage. Dès les premiers symptômes de la lèpre, à quatorze ans, Tokué est enfermée dans cet établissement pour malades. Dur apprentissage de la vie pour une fillette qui ne reverra plus sa famille ! Mais elle raconte comment, progressivement, une vie sociale s’est organisée au sanatorium où elle a même trouvé un mari, mort après une récidive. C’est là qu’elle a appris la fameuse recette des dorayakis. C’est là qu’elle a mené un combat pour sortir de cette prison et aller rejoindre Sentarô dans la journée. Elle a réussi à développer une philosophie qui lui a permis de supporter ses souffrances et son enfermement : « Dans cette vaine lutte passée à se débattre au fond des ténèbres, nous nous accrochions à ce seul point : nous étions des êtres humains et nous tentions de garder notre fierté. » Et cette leçon de vie, elle l’offre à ses deux amis malmenés eux aussi par la société : être à l’écoute du monde et apprécier les beautés de la nature.

                Ce petit livre qui ressemble à un conte, est un merveilleux éloge de la lenteur, du goût des autres, de la nature et en même temps une incitation à se battre pour défendre sa dignité. Toutes ces qualités se retrouvent dans le film éponyme adapté du roman et réalisé par Naomi Kawase.

Le braconnier du lac perdu, Peter May

                Fin Macleod était inspecteur de police à Edimbourg, dans le premier tome de la trilogie où Peter May le met en scène. Dans Le braconnier du lac perdu, il est revenu sur son île natale de Lewis et il est à présent chef de la sécurité du domaine. Il est chargé de traquer les braconniers qui sont en train de détruire la faune aquatique des lacs et des rivières des Hébrides et, parmi eux, son ami d’enfance, Whisler qui vit comme un sauvage dans une cabane isolée et mal entretenue. Lors d’une randonnée, les deux anciens camarades découvrent un avion abandonné dans un loch asséché et, à l’intérieur, le corps en décomposition d’un de leurs amis musiciens, une rockstar qui avait disparu, dix-sept ans plus tôt. Si la tête fracassée est méconnaissable, les documents qu’il a sur lui témoignent de son identité. Coup dur pour Fin Macleod qui se rend compte qu’il est en présence d’un assassinat. Whistler, lui, a une attitude assez bizarre face à cet événement.

                Il va falloir fouiller dans leur passé d’adolescents fougueux et bagarreurs pour résoudre cette énigme. Les souvenirs affluent et Fin se remémore les disputes, les jalousies mais aussi la solidarité qui les soudaient. Des conflits avaient lieu mais rien pour expliquer ce meurtre commis dans une vie antérieure dont Fin garde la nostalgie. Ses anciens amis ont eu des parcours différents et il va devoir éclairer les zones d’ombre dans la vie de chacun et décrypter tous les non-dits qu’il pressent.

                Fin se heurte aussi au caractère rude et hostile de cette île des Hébrides. Des drames provoqués par des tempêtes ont meurtri bien des familles. Les landes désertiques enveloppées par la brume n’offrent aucun repère au marcheur imprévoyant et perdu. Les parois rocheuses qui souffrent des assauts répétés de l’océan sont un danger permanent. Il faut composer avec le mauvais temps, la pluie, le vent qui font partie intégrante de l’île. Et que dire des habitants qui vivent dans un tel milieu ? Souvent minés par l’alcoolisme, ils se montrent aussi rugueux que la campagne qui les entoure.

                L’auteur nous immerge dans cette nature écossaise omniprésente avec ses ruisseaux qui sinuent au milieu des bruyères, ses prés verdoyants où paissent les moutons, ses clôtures aux pierres sèches qui sillonnent le paysage, ses lochs riches en truites et en saumons, sa tourbe qui donne aux black-houses cette odeur si spéciale, ses côtes découpées que survolent cormorans et fulmars et ses puces dévoreuses qui perturbent les étés.  Avec Le braconnier du lac perdu, Peter May écrit un thriller qui maintient le suspense jusqu’à la fin. Mais il nous raconte aussi avec beaucoup de réalisme la vie difficile de ces insulaires du bout du monde qui vivent dans un environnement austère mais auquel ils sont attachés. Voyage donc sombre sur tous les plans, mais dépaysant et auquel on adhère sans problème.

L’île des chasseurs d’oiseaux, Peter May

                Premier roman d’une trilogie où intervient l’inspecteur Fin Macleod. Rien ne va plus pour lui. Il vient de perdre son fils. Son couple part à la dérive. Son chef le somme de choisir : ou il reprend le travail ou il démissionne. A contre-cœur, il revient sur les terres de son enfance, l’île Lewis, pour enquêter sur un meurtre identique à celui commis à Edimbourg : deux hommes pendus et sauvagement éventrés. Sur l’île Lewis, il s’agit d’un ancien camarade de classe de Fin, Angus Macritchie, dit Ange, et détesté, comme toute sa famille pour leur violence et leur tyrannie. Fin est parti pour Glasgow à la fin du lycée car trop de malheurs ont jalonné son enfance. Les souvenirs vont ressurgir au fur et à mesure de l’enquête qui se trouve intimement liée à sa vie antérieure. Il revoit ses anciens camarades de classe : le fils du pasteur devenu lui-même pasteur, Artair, son ami, fils de l’instituteur qui leur donnait des cours du soir, Marsaili, la petite fille dont il était amoureux, qui est devenue sa maîtresse avant de devenir la femme d’Artair, le clan des Macritchie toujours aussi violent. Ange, la victime du meurtre, avait été accusé de viol, pratiquait le braconnage sur des propriétés privées, terrorisait le voisinage. Bref, peu de personnes pour pleurer sa mort.

                Tout est agressif sur cette terre des Hébrides Extérieures. Les gens, mais aussi le paysage austère, dessiné par la tourbe et les landes désertiques où seuls les moutons résistent au vent de l’Atlantique et à la pluie omniprésente. Les campagnes se vident de leurs habitants qui préfèrent, comme Fin, la vie plus facile des capitales du pays. Seuls restent « des insulaires têtus, déterminés à lutter contre les éléments. Parfois, […] leurs prières étaient entendues. Le vent prenait pitié et le ciel laissait enfin le soleil adoucir l’atmosphère. Une existence rude, parfois récompensée par de fugaces moments de plaisir. » Tout aussi brutale est la tradition de la chasse aux gugas, jeunes fous de Bassan, qui se pratique sur un rocher inhospitalier, difficilement accessible, recouvert de guano à l’odeur pestilentielle. Cette île ou An Sgeir est entourée par un océan toujours en fureur et les chasseurs risquent leur vie, chaque année, quand ils viennent s’y installer pour deux semaines, le temps de tuer les deux mille jeunes oiseaux autorisés par la règlementation. Les défenseurs des animaux s’insurgent aujourd’hui et manifestent contre cette coutume sauvage qui n’est plus nécessaire à la survie des habitants. On apprend que Fin a participé contre son gré à cette chasse, quand il était adolescent. Un certain mystère plane d’ailleurs sur l’accident qui l’a projeté sur un rocher en contre-bas et sur la mort de son instituteur qui a été emporté par la mer. Fin va devoir éclaircir les coins sombres de son passé et les mettre en perspective avec les rivalités, les jalousies qui perdurent chez ces insulaires dont les rapports sont souvent compliqués.

                Si ce roman commence par une présentation assez convenue de l’enfance du policier, l’auteur nous entraîne vite dans un récit inattendu où l’on perd de vue l’enquête pour naviguer dans l’histoire de Fin au passé particulièrement tourmenté. Il retient notre attention en nous plongeant dans l’atmosphère sauvage et étouffante de cette île si peu accueillante et tout de suite, nous bouscule en nous faisant assister à une autopsie réalisée par un légiste bourru qui ne nous épargne aucun détail et qui met nos sens à rude épreuve. L’île des chasseurs d’oiseaux n’est pas d’une lecture tranquille. Comme le héros de ce livre, nous sommes ballottés par les personnages, les éléments naturels jamais souriants et les événements plus sordides les uns que les autres.



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