Les brumes de Sapa, Lolita Séchan

                A 22 ans, Lolita Séchan ne sait pas quoi faire de sa vie. Etouffée par ses parents, elle a besoin de prendre le large et c’est le Vietnam qui a sa préférence. Elle se retrouve, sac à dos, à Saigon où le premier contact n’est pas des plus agréables. Harcelée par les Vietnamiens qui veulent tous lui vendre quelque chose, dévorée par les moustiques, déroutée par le trafic et le bruit de la rue, découragée par la mousson qui n’en finit pas, elle ne se sent pas vraiment attirée par ce pays. Elle est déçue aussi parce qu’elle ne trouve pas de réponses à ses questions d’ordre métaphysique. Puis, c’est la découverte des ethnies du nord, à la frontière de la Chine et là, elle est émerveillée par les paysages. De plus, quelques jours avant son départ, elle rencontre à Sapa, Lo Thi Gom, une jeune Hmong de douze ans qui désormais la hantera à Paris puis à Montréal où elle part faire ses études. Sur un coup de tête, elle retourne au Vietnam pour retrouver son amie qu’elle ira rejoindre chaque année pendant dix ans. Une amitié s’installe entre elles. Elles partagent leurs doutes, leur mal de vivre, tout en ayant des préoccupations quotidiennes tout à fait différentes. Elles restent en contact, même si elles essaient de construire leur vie chacune de son côté. Sont-elles heureuses ? « Peut-être » est le dernier mot du livre. Peut-être y aura-t-il une suite à cette histoire.

                Lolita Séchan raconte cet épisode autobiographique dans une bande dessinée agréable où elle arrive à transmettre l’atmosphère du Vietnam avec une économie de moyens aussi bien au niveau du dessin noir et blanc que du texte. Elle représente, dans une vignette, l’enchevêtrement des fils électriques qui étonnera toujours le touriste occidental. L’accumulation des onomatopées concernant le trafic des rues en dit long sur le bruit qui règne dans les villes. Les mêmes questions des Vietnamiens qui agressent les étrangers reviennent sans arrêt dans tous les coins des pages : Where are you from ? What is your name ? You buy from me ? On s’y croirait. La façon dont elle se représente elle-même en dit long sur son mal être permanent. Elle a l’air d’une petite fille perdue qu’on a envie de protéger. Tout aussi significatif est le dessin de son père, le chanteur Renaud, à qui elle rend visite dans une maison de repos. Avachi sur une chaise, il est replié sur lui-même avec de longues volutes de fumée qui l’entourent. En peu de mots aussi, elle sait nous faire partager ses doutes, ses interrogations, ses angoisses et son amour pour le Vietnam qui grandit au fur et à mesure de ses visites et de son amitié pour Lo Thi Gom. Elle arrive à donner l’image d’un pays plein de contradictions mais attachant, et n’hésite pas à transcrire des extraits des guides touristiques pour nous renseigner sur son histoire et ses habitants.  

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