Petit pays, Gaël Faye

                Le petit pays de Gabriel, double de Gaël Faye, c’est le Burundi où il a vécu dans son enfance et son adolescence, aux côtés d’un père français et d’une mère rwandaise, réfugiée dans le pays voisin à cause de la guerre féroce qui oppose Hutu et Tutsi. Guerre fratricide et absurde puisque, comme l’explique l’auteur dans le prologue, les deux ethnies ont le même pays, la même langue et le même dieu. Ce qui les différencie, c’est… le nez épaté chez les uns, plus fin chez les autres ! Quand la même violence s’installe au Burundi, le père envoie son fils et sa fille dans une famille d’accueil, en France, où ils vivent dans une cité, à la périphérie de Paris. Le narrateur raconte sa difficulté d’intégration en tant que métis. Il supporte mal les questions rituelles sur son identité et, chaque fois qu’une fille lui demande de quelle origine il est, il s’obstine à répondre : « Je suis un être humain ». Tiraillé entre ses deux cultures, il a parfois la nostalgie de l’Afrique, de ses paysages somptueux, aux oiseaux colorés, aux fleurs et aux plantes exotiques : hibiscus, jacarandas, orchidées, bougainvilliers, frangipaniers. Il se souvient des jeux insouciants avec ses copains de l’impasse. Avec eux, il nage dans la rivière, il pêche, il joue au foot, il vole des mangues dans les jardins des voisins. La musique et la danse s’invitent aux anniversaires.

                Mais, cette joyeuse bande subit aussi les coups d’état à répétition et les enfants deviennent cruels, à l’image de la violence du pays. Gabriel s’éloigne un temps de l’univers étriqué de l’impasse et il s’évade loin de la guerre, en se plongeant dans les livres que lui fait découvrir sa voisine. La lecture devient un exutoire et une passion. Pourtant, la guerre le rattrape quand sa mère revient dévastée du Rwanda où elle a vu toute sa famille assassinée. Elle sombre dans la folie et, dès lors, il sera difficile à Gabriel de rester neutre. Il commet un acte irréparable avant de partir en France, marqué à jamais par les atrocités qu’il a vécues. « Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie. » Malgré tout, à trente-trois ans, il retourne dans son pays d’origine meurtri par quinze années de guerre.

                Pas de lamentation, pas de haine dans ce roman en grande partie autobiographique où Gaël Faye peint les massacres qui ont jalonné son enfance. De l’émotion, certes, quand ses proches sont touchés. Mais aussi, de la dérision et de l’humour. Nous avons droit notamment au récit savoureux de la circoncision des jumeaux, les voisins et amis de Gabriel. Et puis, son texte est toujours soutenu par une langue colorée, imagée (« Quand j’étais haut comme trois mangues », « Il y avait la satisfaction des Rolling Stone sur son visage ») et d’une fraîcheur étonnante, peut-être proche du rap qui est devenue sa musique refuge. Pour parler de la vie toute tracée de ses parents, après leur mariage, il résume : « C’était tout vu. Y avait plus qu’à ! Aimer. Vivre. Rire. Exister. Toujours tout droit, sans s’arrêter jusqu’au bout de la piste et même un peu plus. »

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