Les neuf visages du cœur, Anita Nair

                Les « neuf visages du cœur », ce sont les neuf émotions que les acteurs du kathakali, théâtre du Kerala au sud de l’Inde, doivent exprimer au cours du spectacle. Il s’agit de l’amour, du mépris, du chagrin, de la fureur, du courage, de la peur, du dégoût, de l’émerveillement et de la paix. Chaque chapitre de ce livre est consacré à l’un de ces sentiments qui illustrent l’évolution des personnages du roman. Les personnages principaux sont Radha et Shyam qui accueillent, dans leur hôtel, Chris, un écrivain anglais affublé d’un violoncelle. Chris doit écrire un guide de voyage et interviewer l’oncle de Radha, Koman, célèbre danseur de kathakali. Ce vieux célibataire, passionné par son art et soucieux de préserver sa liberté, n’a jamais fait de confidences à personne. Or, voilà qu’il se livre à un inconnu plus facilement qu’il ne le croyait lui-même, qu’il lui délivre des secrets de famille, sous la pression de sa nièce et de son mari. Il est, en fait, le garant des histoires familiales et des légendes de son pays. Il raconte les amours de ses parents, les siennes, et comment le kathakali a pris toute la place dans son existence. En égrenant ses souvenirs, les traditions indiennes se dévoilent peu à peu. Dans les usines, il est d’usage de faire la lecture aux ouvrières mais chacun doit rester à sa place. Les relations entre les différentes castes sont mal vues. Du temps des parents de Koman, les mariages étaient arrangés. Ils devaient se faire dans une même communauté religieuse sous peine de se briser. Les femmes vivaient dans une cage, loin des rues animées des villes, sans que la brise marine puisse caresser leur visage caché derrière la burqa. Elles souffraient de cet isolement et leur désobéissance entraînait de sévères et douloureuses punitions.

                Pourtant, dans la famille de Koman, il y a des figures féminines fortes, défiant l’autorité parentale et maritale et s’émancipant des traditions pesantes et anachroniques. Comme sa mère qui a rompu avec sa famille par amour ou comme sa nièce, Radha, qui se lance dans une liaison adultère avec le jeune touriste, Chris. Radha s’ennuie dans son quotidien sans intérêt et étriqué, où son mari la confine à son rôle de femme au foyer, fier d’avoir une épouse belle, élégante et intelligente. Dans sa jeunesse déjà, elle était tombée amoureuse d’un homme marié puis s’était faite avortée quand elle s’était retrouvée délaissée. Et c’est en femme libre et indépendante qu’elle quittera son mari et son amant, à la fin de cette histoire, alors qu’elle s’apprête à donner la vie. Radha a envie de passion, de culture et de liberté, contrairement à Shyam, trop sensible au monde des apparences, du pouvoir et de l’argent, mari quelque peu caricatural.

                L’originalité de ce roman tient dans sa structure. Le kathakali est un spectacle complexe. L’auteur nous initie à cet art, en lui donnant vie à travers ses personnages qu’elle nous fait approcher au plus près, en alternant leurs points de vue sur l’histoire qui est en train de se dérouler.

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