Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, Haruki Murakami

                Murakami est à la fois un marathonien et un écrivain, et ces deux fonctions semblent indissociables dans sa vie, d’autant plus qu’elles comportent de nombreuses similitudes. La course et l’écriture exigent les mêmes qualités : le talent, la concentration, le travail, la persévérance. « Se consumer au mieux de l’intérieur de ses limites individuelles, voilà le principe fondamental de la course, et c’est aussi une métaphore de la vie – et, pour moi, une métaphore de l’écriture. »

                Quand il consigne ces écrits, entre l’été 2005 et l’automne 2006, l’auteur est installé à Hawaï où il s’entraîne quotidiennement pour le marathon. Il commence son autobiographie en racontant comment il est devenu écrivain. Après ses études, il tient un club de jazz au Japon. A trente ans, il écrit un premier roman : Ecoute le chant du vent, puis un deuxième, en 1973, Pinball. Pendant un certain temps, il mène de front les deux métiers. Puis, il ferme le bar, pour se consacrer entièrement à l’écriture. De nouveaux romans paraissent, La course au mouton sauvage, La ballade de l’impossible, jusqu’aux derniers qui ont fait sa notoriété en France notamment. Sa vie s’accélère et se partage entre les Etats-Unis et son pays d’origine. Le rythme de ses journées est impressionnant. Ecriture de fictions bien sûr, mais aussi cours dans une université américaine, traductions, divers écrits et direction d’une entreprise au Japon. Une bonne hygiène de vie s’impose pour mener à bien ces diverses activités : emploi du temps rigoureux, alimentation saine, exercice physique régulier. Et, malgré tout, il est encore réceptif au changement des saisons en Nouvelle Angleterre où il séjourne de temps en temps, et où il observe la vie qui anime les berges de la Charles River, le long de laquelle il court. L’entraînement quotidien ne lui suffisant pas, il s’impose des défis, par exemple la course d’Athènes à Marathon, sous un soleil de plomb, seul, au milieu de la circulation. Ou encore l’ultra-marathon (100 km), au nord du Japon. Sans oublier le marathon mythique de New-York qu’il ne manquerait pour rien au monde.

                Le récit de ses exploits sportifs est parfois un peu technique, mais il n’est jamais ennuyeux car Murakami analyse ses sensations et ses réactions, avant, pendant et après ses courses. Extrême souffrance, moments de doute, soulagement et bonheur à l’arrivée qui lui redonnent confiance en lui, prostration psychique et espèce de blues du coureur une fois libéré. Autant d’impressions et de sentiments qui s’appliquent au travail du romancier. L’écriture est difficile, nous dit-il : « Je dois graver le roc à l’aide d’un burin, à la main, assidûment, creuser un trou profond avant de découvrir la source de la créativité. » Murakami est un écrivain laborieux qui n’attend pas passivement l’inspiration. Sa langue est travaillée et jamais approximative et on peut lui faire confiance quand il dit : « Je me suis beaucoup appliqué à la composition et à la rédaction de cet ouvrage. » La réussite est au bout de cette application.

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