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Archives pour novembre 2015

Paris est une fête, Ernest Hemingway

                Refuge dans la littérature après le vendredi 13 novembre 2015. Paris est une fête est devenu le symbole de l’après attentats, puisque ce livre est apparu sur les différents lieux de recueillement de la capitale. Avec juste raison d’ailleurs, car c’est l’esprit de Paris décrit dans ce récit qui a été atteint en cette funeste nuit.

                Après la première guerre mondiale, Ernest Hemingway fait plusieurs séjours dans la ville lumière avec sa femme. Il raconte cette période et nous convie à une balade dans le Paris que les Parisiens et les touristes ont toujours un grand bonheur à parcourir. Nous le suivons dans différentes rues, au Jardin du Luxembourg, à la montagne Sainte Geneviève avec son atmosphère si particulière dans les squares tranquilles en compagnie des pigeons. Il nous entraîne dans les bistrots sordides où ivrognes et « poivrotes » se retrouvent. Il s’installe au café de la place Saint-Michel pour écrire un conte tout en savourant des huîtres. Quelques phrases soulignent cet art de vivre à la française : « des gens mangeaient dehors attablés sur le trottoir », « un très bon bistrot tout simple où l’on servait un merveilleux vin blanc », « nous étalions du pâté sur le bon pain de bistrot et buvions le vin blanc ». Il profite des divertissements les plus variés que Paris lui propose : les courses de chevaux, de motos, les bals musettes. Paris, c’est aussi la ville de la culture et il se plaît à fréquenter les librairies, les bibliothèques, les bouquinistes sur les quais de la Seine et les musées où il admire les tableaux de Cézanne, Monet, Manet, Braque ou Picasso. Il a la chance de vivre cette vie de bohème qui lui fait côtoyer les peintres, la fameuse collectionneuse Gertrude Stein qui l’initie à la peinture et aussi les poètes et les écrivains : Paul fort, Blaise Cendrars, Joyce avec qui il prend un verre aux Deux-Magots, Scott Fitzgerald dont il devient le confident. Le bouillonnement de la ville convient très bien à la réflexion de l’écrivain. « Découvrir tout ce monde nouveau d’écrivains et avoir du temps pour lire, dans une ville comme Paris où l’on pouvait bien vivre et bien travailler même si l’on était pauvre, c’était comme si l’on vous avait fait don d’un trésor ». Le livre se termine par ces mots : « Paris valait toujours la peine et vous receviez toujours quelque chose en retour de ce que vous lui donniez. Mais tel était le Paris de notre jeunesse au temps où nous étions très pauvres et très heureux ».

                Espérons que, malgré la haine pour la vie, la culture et la joie de vivre que clament les terroristes, Paris restera, auprès du monde entier, la ville aussi attractive qu’Hemingway a connue.

Soudain seuls, Isabelle Autissier

                Le jeune couple de ce roman a pris une année sabbatique pour faire un tour du monde en voilier. S’éloignant de la route qu’ils avaient prévue, ils visitent une île, proche d’Ushuaia et ancienne base de baleiniers qui avaient installé une usine de transformation de la graisse des baleines en huile, travail très lucratif avant le développement de l’exploitation pétrolière. Piégés sur ce lieu loin de tout après la disparition de leur embarcation et de tous leurs effets, ils sont contraints de vivre en robinsons et de retrouver les gestes ancestraux qui leur permettront de survivre. Comme leurs célèbres prédécesseurs, ils apprennent la chasse, la pêche, la conservation des aliments. Ils s’imposent un rituel quotidien pour donner un sens à leur vie. Ils écrivent un journal. Ils entretiennent leur mémoire. Rien de bien nouveau : Defoe, Tournier, Chamoiseau ont décrit cet apprentissage et ce besoin d’organisation bien avant. Ce qui est différent ici, c’est qu’il s’agit d’une île australe entourée d’icebergs et peuplée de manchots qui deviendront la principale nourriture. Milieu donc plus hostile que celui des tropiques. Il y a aussi un plus grand décalage avec ces héros modernes qui vivent dans un monde de technologie et de gaspillage qui les a éloignés de la terre nourricière : « Les bienfaits de leur civilisation développée les ont coupés de cette compréhension millénaire de la nature, de ces connaissances ancestrales qui permettaient aux hommes de vivre de rien. » Ils prennent conscience, à leurs dépens, des effets néfastes de l’homme sur la nature qu’il a appauvrie en réduisant sa diversité.

                Mais, l’originalité d’Isabelle Autissier, c’est d’avoir confronté un couple à cette situation. Les rapports, dès lors, sont différents de ceux de maître à serviteur qui opposaient Robinson à Vendredi. Les sentiments qui se dévoilent passent de l’amour à la haine, accompagnés de paroles et gestes tendres ou violents, de querelles, de disputes, d’accusations réciproques, de culpabilisation, de compromis et même d’abandon puisque l’héroïne choisit sa survie aux soins qu’elle aurait pu porter à son compagnon affaibli. Le récit se poursuit ensuite sur le retour à la civilisation, qui n’est pas sans problèmes après une telle épreuve.

                Dans une belle écriture précise et juste, la navigatrice revisite le mythe de Robinson, en apportant ses connaissances sur la mer qu’elle sait bienveillante ou cruelle. Soucieuse de l’environnement, la présidente de l’ONG WWF, revient sur le massacre des otaries, des éléphants de mer et des baleines que toute une époque a sacrifiés  sans se soucier de leur disparition ou de leur bien-être. Enfin, avec sa plume de romancière, elle sait bâtir une intrigue intéressante en maintenant l’intensité dramatique jusqu’au dénouement.



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