Plonger, Christophe Ono-dit-Biot

                César, journaliste-écrivain, raconte à son fils, Hector, son histoire avec sa mère, Paz. Il lui parle de la première fois où ils se sont vus, lors d’un vernissage où elle exposait ses œuvres. César tombe tout de suite amoureux de cette femme débordante de vie. « Elle était vive, gaie, énergique, avait mille projets. » Toutefois, leur rencontre repose sur un malentendu, car il fait une critique dithyrambique des photos de plage de Paz, mais celle-ci lui reproche de n’avoir rien compris. Pourtant, ils apprennent à se connaître au cours d’un séjour dans les Asturies, d’où Paz est originaire et ils décident de vivre ensemble.

                César retrace leur vie commune, pas toujours facile car les deux jeunes gens ont des caractères bien trempés et ont du mal à faire des concessions. Le principal écueil contre lequel ils vont se heurter consiste en une conception différente des voyages. Paz a soif de découvrir le monde et les pays lointains. César, lui, qui a pas mal bourlingué pour son travail de journaliste, n’aspire qu’à vivre dans une Europe tranquille où le danger semble éloigné. A l’étranger, il s’est frotté aux guerres et aux contrées en crise et il a envie maintenant de se poser. Pour lui, voyager est devenu trop dangereux et il déroule, comme une litanie, la liste des attentats terroristes avec leur nombre de morts. Lui-même a découvert sur place l’horreur du tsunami de 2004, en Thaïlande et il a été otage du Hezbollah au Liban. Autre sujet de discorde : le goût obsessionnel de Paz pour les requins. Non seulement elle a l’idée saugrenue d’adopter un requin-marteau, mais surtout, elle n’hésite pas à quitter son compagnon et son fils pour aller vivre sa passion, à l’autre bout du monde, quelque part en Arabie.

                Beaucoup de thèmes s’entremêlent dans ce roman de façon tout à fait naturelle et sans aucune lourdeur. Ce roman est d’abord une chronique du monde d’aujourd’hui. En arrière- plan, Christophe Ono-dit-Biot brosse la société du XXIème siècle avec ses difficultés économiques, un Occident en crise et des pays émergents qui prennent de plus en plus d’importance. César s’inquiète sur l’avenir du monde (« chaotique, instable, fissile ») et celui de son fils. « Que feras-tu plus tard ? Comment ce monde va-t-il évoluer ? Seras-tu assez armé ? Que vaudra la culture que j’essaie de te donner ? Que vaudra la beauté ? L’être humain ? Est-ce donc déjà fini ? » Le devenir de certaines professions comme le journalisme ou la photographie se pose quand on voit l’abondance des photos et des informations qui circulent sur le Net. L’écologie suscite des débats houleux, dans ce roman comme dans la société. Christophe Ono-dit-Biot sait nous faire partager l’enthousiasme de César pour ses découvertes et ses passions. Il apprend à aimer les Asturies, cette région sauvage du nord-ouest de l’Espagne, avec ses coutumes, les tapas et le cidre qu’on boit d’une bien curieuse façon, son histoire et le soulèvement des mineurs en 1934 réprimé par Franco, sa mythologie et ses légendes. « Gijón, pour moi, c’est ta mère, vibrante, tempétueuse, aquatique, ouverte sur la plus tonique des mers, la mer Cantabrique, venteuse, salée, rebelle à la carte postale. » Il nous fait part de son émerveillement devant les fonds marins. « C’est encore plus somptueux. Un univers zébré de couleurs, parcouru, traversé, ensemencé, picoré, colonisé par des images d’animaux silencieux. » Le monde de l’art est présent dans toutes les pages de ce livre où l’auteur rend hommage à Paris, toujours capitale culturelle. Le Louvre et Orsay sont des lieux où le héros aime se réfugier. L’auteur a la bonne idée d’insérer des photos des sculptures dont il fait la description comme l’Hermaphrodite endormi de Le Bernin qu’on a hâte d’aller rencontrer. Il est question de plusieurs artistes. Takashi Murakawi qui expose à Venise auprès du Boy with frog de Charles Ray. Josef Koudelka, le photographe des gitans. Martin Parr qui pense que tout a été fait en photo et qui revisite celles d’internet. Peter Beard, le photographe modèle qui met en scène la sauvagerie des hommes. De nombreuses références donnent une idée des goûts musicaux de notre époque. Et puis, César, qui ne se déplace jamais sans l’Iliade et l’Odyssée, raconte à son fils, qu’il a d’ailleurs appelé Hector, les légendes de la mythologie antique.

                Sur cette histoire riche en digressions, vient se greffer une enquête qui apporte un autre intérêt au texte : celle que mène le héros sur le départ et la mort de sa femme, avec l’argument de ne pas laisser son fils dans l’ignorance.

                Pour terminer, on peut remarquer la résonnance toute particulière que prend ce roman après les attentats de Charlie Hebdo et de Copenhague. L’auteur souligne en effet la dangerosité des pays lointains et l’apparente sécurité de l’Europe. Tiendrait-il le même discours s’il écrivait le livre aujourd’hui ? Et les propos de Paz sur les terroristes donnent le frisson, dans le contexte actuel : « Ils mettent de la peur dans ce monde en coton et le réveillent un peu. »

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