Journal d’un écrivain en pyjama, Dany Laferrière

                Ce livre est à la fois un livre de conseils pour un jeune écrivain mais c’est aussi un ensemble de réflexions sur l’écriture et la lecture. Ne jamais oublier de lire et relire les écrivains aimés. Revenir sans cesse vers leurs textes pour se pénétrer de leur style. Pour Dany Laferrière, c’est Borges, Tolstoï, Shakespeare et bien d’autres. Contrairement à Pennac qui invite le lecteur à sauter des pages si la lecture est difficile ou fastidieuse, il préconise la lenteur et même l’ennui devant les descriptions de paysages ou de sentiments de Tolstoï ou Balzac, car elles méritent toute notre attention. Il est vrai qu’un auteur d’aujourd’hui doit tenir compte de l’impatience du lecteur habitué à zapper devant les émissions de télévision ou sur les sites internet. Donc, il vaut mieux entrecouper les descriptions de réflexions ou leur préférer le monologue intérieur qui donne un avis plus subjectif. Attention aussi à l’imprécision des allusions scientifiques que Wikipédia, omniprésent dans la vie contemporaine, pourrait démentir. D’autre part, ne pas craindre le plagiat pour deux raisons. D’abord, parce qu’il est normal qu’un écrivain soit imprégné des livres de ses prédécesseurs qui font partie de sa vie. Ensuite, tous les sujets ont été traités en littérature et cela depuis Homère. Alors, il faut aller à contre-courant. « C’est la prérogative de l’artiste de casser les moules. » Dany Laferrière prend l’exemple de la littérature haïtienne qui parle du vaudou, fondamentalement ancré dans la culture de l’île. Elle ne peut pas s’en délester. Par contre, c’est le rôle de chaque créateur de le mettre en scène sous un nouvel angle.

                Pour apporter sa touche personnelle, le monde qui l’entoure est important. S’intéresser aux gens et pour cela, ne jamais se déplacer sans un carnet sur lequel on notera une attitude, un dialogue, un regard qui rendront un récit plus vivant. S’inspirer de son enfance, immense réservoir de sensations. « La mémoire est une banque où l’on fait constamment des emprunts et des dépôts. » Puiser des idées dans la famille, véritable microcosme où les passions se déchaînent. Ne pas hésiter à donner son avis qui vaut mieux que n’importe quelle citation ou métaphore. Et puis surtout, il y a le travail de l’écriture qui prend beaucoup de temps et qui exige de nombreux remaniements et simplifications. « Pour tout écrivain, il y a cette mer d’encre à traverser et cette musique à trouver. »Pourquoi ne pas prendre exemple aussi sur le cinéma ? Lui-même admire les scénarios de Woody Allen, d’Ettore Scola ou de Fellini et les prend pour modèle. Ne pas oublier que l’angoisse de la page blanche existe. Si l’on se trouve dans ce cas, ne pas insister et aller voir ailleurs. L’angoisse de la page mal écrite est bien réelle aussi, c’est celle qui a conduit Philip Roth à arrêter d’écrire. Pour éviter tous ces écueils, il ne faut pas bouder les plaisirs de la vie et Dany Laferrière, en bon épicurien, ne reste insensible ni à un verre de bon vin, ni à la compagnie des jeunes filles. Comme dans ses autres romans, Haïti est présent dans nombre de ses chroniques. Une nouvelle fois, il rend hommage à sa grand-mère qui l’a élevé et ces pages sont accompagnées de l’odeur du café qu’elle offrait aux passants depuis sa véranda.

                Journal d’un écrivain en pyjama est une œuvre très dense, à lire avec attention pour ne pas perdre une remarque intéressante. Doté d’une grande érudition, Dany Laferrière sait attirer l’attention du lecteur en ouvrant des fenêtres sur les auteurs classiques et contemporains qu’il donne envie de lire ou sur des sujets qui le poussent à aller se renseigner sur internet pour avoir de plus amples informations. C’est le cas, par exemple, lorsqu’il évoque le site de Nathalie Lenoir consacré aux photos d’écrivains face à leur machine à écrire. Après la lecture d’un tel livre, on a l’impression d’être plus intelligent. Certains de ces textes sont de purs moments de poésie comme lorsqu’il évoque le printemps au Canada, à Paris ou à Rome ou bien lorsqu’il décrit les déambulations d’un chat dans la maison. A propos des écrivains originaires du Tiers Monde, il remarque la « richesse du vocabulaire » et « l’élégance des phrases ». Dany Laferrière fait partie de ces écrivains-là.

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