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Archives pour décembre 2014

Peine perdue, Olivier Adam

                Dès les premières pages, le décor est planté. Il s’agit d’une station balnéaire, sur la Côte d’Azur, adossée à l’Estérel et avec vue sur la mer. Paysage idyllique que tout le monde n’apprécie pas de la même façon. Car les personnages que nous présente Olivier Adam sont tous de nature différente. Souvent, ce sont des gens de peu qui doivent se battre pour survivre dans une société injuste et cruelle. Ils acceptent des petits travaux pas toujours valorisants ou bien, ils enchaînent plusieurs emplois, comme ces mères-courage qui doivent élever leur enfant, après un divorce. Alors, bien sûr, se démenant dans un monde hostile et exigeant, eux qui vivent souvent dans une caravane ou dans un mobile home, ils n’ont pas le temps d’apprécier la beauté de la nature qui les entoure, comme le font ces intellectuels parisiens qui viennent trouver un moment de repos, dans leur résidence secondaire. Pourtant, riches et pauvres ont en commun une blessure qu’ils tentent de soigner et qui a du mal à cicatriser. Il y a ceux qui ont connu la violence d’un père alcoolique dans leur enfance. Ceux qui ont du mal à se remettre d’une séparation les éloignant d’une femme aimée et d’un enfant adoré. Les parents qui, du jour au lendemain, voient leur fille ou leur fils s’éloigner, les enveloppant d’un mépris qu’ils ne comprennent pas mais dont ils se sentent responsables. Les vieux couples qui ont vécu toute une vie à deux et qui n’envisagent pas un quotidien en solitaire. Ceux qui n’arrivent pas à surmonter l’épreuve d’une disparition. Tous ces personnages sont égaux et impuissants devant la douleur. Quand, tout à coup, leur vie bascule, leur réaction dépasse les barrières de classe et tous connaissent la même détresse qui les conduit vers l’alcoolisme, la drogue, le harcèlement, l’isolement, la violence ou le suicide.

                Olivier Adam campe des personnages avec des failles et capables d’actes répréhensibles mais non dépourvus de tendresse et de sentiments humains, malgré leurs difficultés à vivre décemment. On sent une réelle indulgence de l’auteur pour ces blessés de la vie qui font ce qu’ils peuvent pour ne pas sombrer, recherchant un peu d’affection, de confort ou de sécurité et communiant, en fin de semaine, avec leur équipe de foot. Il n’y a que l’odieux Pérez qui n’obtient aucune grâce à ses yeux. Parvenu, corrompu, lubrique et sans scrupules, il sème la terreur dans la ville dont il possède les restaurants, le camping, les boîtes de nuit, le club de sport.

                Au-delà de la société impitoyable qui broie les plus faibles avec son chômage et ses injustices de classe, l’auteur dépeint avec justesse les aléas des divers âges de la vie : l’enfance malmenée, la difficile traversée de l’adolescence, l’âge adulte qui doit affronter de nombreux écueils, la vieillesse qui vit au ralenti dans la nostalgie du passé, avec un corps qui défaille et enfin la mort qui cause des dégâts irréparables autour d’elle.

                Pour explorer ce monde chaotique, cette comédie humaine qui se joue sous nos yeux, Olivier Adam donne à son roman une structure originale, en consacrant chacun des chapitres à un individu différent. Chacun de ces protagonistes nous fait partager la tempête qui sévit sous son crâne en même temps que les éléments se déchaînent dans cette ville du bord de mer. Et c’est avec beaucoup de maestria qu’Olivier Adam reconstitue un puzzle dont les morceaux s’imbriquent parfaitement au fur et à mesure de la lecture.

L’art presque perdu de ne rien faire, Dany Laferrière

                Dany Laferrière nous livre, ici, une série de réflexions sur le temps qui passe. Il commence par se mettre en garde lui-même. Attention, danger ! La vieillesse nous guette tous. A quoi voit-on qu’on vieillit ? Quand avant, nous semble mieux que maintenant. Alors, pour ne pas sombrer dans la nostalgie, il faut goûter l’instant présent et collectionner une infinité de petits moments de bonheur qu’on gardera précieusement, comme « une pépite au fond de notre poche. » Dany Laferrière sait s’abandonner à de petites gourmandises qui embellissent sa vie comme « la douceur de la sieste dans un hamac », l’art de manger une mangue, s’isoler dans un hôtel pour lire La Comédie Humaine de Balzac, prendre un café, le matin, dans un bar où chacun a ses habitudes. Il nous dit aussi son amour des grandes villes : Tokyo, « étincelant de culture », New York et son « énergie qui a tant fasciné Céline » et qui a fait de New York, « la ville debout ». Il rend hommage à son pays d’adoption, le Canada, qui lui a fait aimer le froid de l’hiver. En chroniqueur confirmé, il nous fait partager son goût pour la lecture : « Un bon livre réveille votre intelligence qui s’était endormie à votre insu », « Un bon livre oxygène l’esprit » Il nous invite à faire le tour du monde avec ses auteurs préférés : Borges, Tanizaki, Salinger, Choderlos de Laclos, Basho, Hemingway et bien d’autres encore. Il nous convie aussi fortement à nous plonger dans la Bible, qui est, d’après lui, le premier livre subversif et à nous délecter de L’Ecclésiaste, le plus beau poème d’amour.

                Mais, son appétence pour le bonheur ne l’empêche pas d’avoir un œil critique sur le monde d’aujourd’hui. Il s’indigne contre la guerre qui est toujours d’actualité et qui tue toujours les mêmes, les plus démunis auxquels il porte toute son affection, comme à ceux que Frantz Fanon appelaient « les damnés de la terre ». Il déplore le racisme en Amérique et pense que l’élection d’Obama ne pourra pas l’éliminer si le peuple ne se prend pas en main pour faire avancer l’Histoire. Il fustige le monde des apparences et la futilité des mannequins. Il note la férocité des médias et de la télé-réalité qui créent de toute pièce une star pour la détruire aussitôt après. Son ton s’imprègne de gravité, quand il aborde l’éducation des enfants dont la naïveté, la pureté et l’innocence sont massacrées par les adultes qui leur inculquent leur propre vision du monde, un monde où l’argent est roi et où l’on doit écraser son voisin pour parvenir à ses fins.

                Mais, ce qui frappe surtout, à la lecture de ces textes, c’est l’incessant retour de l’auteur vers son île natale, Haïti, à laquelle il reste fortement attaché. Ses souvenirs d’enfance resurgissent sans cesse. C’est la pluie tropicale qui le tenait enfermé plusieurs jours avec l’ennui pour compagnon et qui le conduisait vers la lecture ou l’observation du monde par la fenêtre, plus enrichissant que celui des écrans de télévision, tout juste bons à formater un mode de vie stéréotypé. C’est un pays malmené par les séismes, mais d’une richesse incomparable au point de vue culturel, avec ses nombreux poètes, écrivains et peintres. Il revient surtout sur son enfance et son adolescence douloureuses à Petit Goâve puis à Port-au-Prince, sous la dictature des Duvalier. Sa mémoire est définitivement marquée par une atmosphère de méfiance, de peur, de violence et de pauvreté au sein de la population, pendant que les despotes et leurs invités se vautraient dans les fastes des soirées mondaines. Ces souvenirs désagréables sont heureusement atténués par le regard bienveillant d’une mère et d’une grand-mère aimantes.

                Mais, Dany Laferrière ne veut pas faire de son livre un récit larmoyant. Aussi, au milieu de ces considérations très sérieuses, viennent se glisser des remarques plus légères. Il nous parle de sa fascination pour la lune, donne des recettes pour les insomniaques. Il délire sur la place du nez au milieu de la figure. Et quand il consacre un chapitre à une méditation sur la mort, il termine par une pirouette plus terre-à-terre : « C’est le genre de réflexion qui vous tombe dessus après trois journées de pluie. Vous restez à la fenêtre à regarder la rue jusqu’à ce que le chien demande de sortir. »

                Dans cet essai, Dany Laferrière nous initie à l’art de ne rien faire, tout en abordant des questions métaphysiques, comme l’angoisse de l’homme devant le temps qui passe et devant la mort. Si la nostalgie est là, elle est toujours accompagnée d’érudition et d’humour, ce qui fait de cet ensemble de chroniques, un livre intelligent sans aucune mièvrerie.

Bain de lune, Yanick Lahens

                Deux récits s’entremêlent dans ce roman. Dans les chapitres en italique, une jeune femme raconte son agonie, sur une plage de sable et on découvre petit à petit sa triste destinée. Les autres chapitres sont consacrés à sa famille, dans un petit village d’Haïti, l’Anse bleue. La famille Lafleur est en conflit, depuis des générations, avec les Mésidor, propriétaires nantis qui se sont enrichis sur le dos des habitants de la région. Mais, malgré ces vieux ressentiments, malgré les ouragans meurtriers et les sècheresses dévastatrices, cette communauté de paysans-pêcheurs arrive à atteindre un certain équilibre, en vivant pauvrement des produits de la terre. La religion vaudou les aide à supporter leur vie quotidienne, grâce aux esprits (les « lwas« ) avec lesquels ils entrent en communication et qui leur montrent le chemin à suivre.  Le « clairin », une eau de vie de canne à sucre, est également un remède précieux pour soigner leur mal de vivre.

                Mais, tout se dérègle quand la répression sauvage que « l’homme au chapeau noir et aux lunettes épaisses »  fait subir à Port-au-Prince, s’installe à l’Anse Bleue. A la capitale, les fameuses voitures DKW font régner la terreur en enlevant des personnes qui disparaissent à jamais. Dans le village de pêcheurs, c’est Dorcélien qui multiplie les scènes de violence, secondé par ses sbires qu’il recrute indifféremment dans les deux familles rivales. Et même Orvil, le « danti », chargé de la cohésion de la famille, ne pourra éviter la débâcle qui s’annonce. Sa fille Olmène disparaît, ne pouvant supporter la cruauté du père de son enfant qui profite de la situation pour laisser libre cours à sa brutalité naturelle. Léosthène, le fils d’Orvil, décide de fuir la pauvreté paysanne, comme beaucoup d’autres qui s’expatrient à Cuba, en République Dominicaine ou encore aux Etats-Unis. Quant à Fènelon, l’autre membre de cette fratrie, il s’engage dans la milice Bleue et devient le cauchemar de la région.

                La génération suivante subira les conséquences de cette désagrégation avec la révolte sanglante des affamés qui en ont assez d’attendre un bonheur promis et qui, une fois au pouvoir, se révèlent aussi tyranniques que ceux qu’ils combattent. Les haines entre familles se réveillent, plus exacerbées qu’auparavant et le roman se termine dans un bain de sang, pour une innocente qui ne recherchait qu’un peu d’amour au milieu de la misère ambiante.

                C’est un roman très dur qu’Yanick Lahens écrit ici, car il met en scène un peuple meurtri où l’espoir semble banni. Comme dans de nombreux romans qui se passent en Haïti, Bain de Lune montre un pays dévasté par la dictature, malmené par les catastrophes naturelles à répétition et où la pauvreté rend difficile l’alphabétisation. Le sort réservé aux femmes n’est guère enviable car elles tombent souvent sous la brutalité la plus bestiale des hommes. Même la mer, si belle et si aimée des Haïtiens, devient ingrate et avare de poissons, meurtrière quand, par jours de gros temps, elle s’allie aux ouragans, ou quand, dans le passé, elle a englouti des centaines d’hommes entassés dans les cales des négriers.

                L’originalité d’Yanick Lahens consiste à dépeindre les réactions d’un petit monde de paysans devant les infortunes et les épreuves qu’il doit affronter. Si certains ne savent pas résister à l’opportunisme le plus malsain, la majorité se débrouille, en travaillant honnêtement et durement et en s’appuyant sur une religion qui préfère suivre les conseils des divinités vaudou que ceux du Dieu des catholiques, même si cela déplaît aux prêtres envoyés dans leur église. Originalité aussi dans la composition audacieuse qui déstabilise le lecteur au départ, car il a du mal à faire le lien entre les deux récits qui se rejoignent pourtant, à la fin, pour raconter la même histoire. Beaucoup de poésie enfin pour décrire un peuple que l’auteur affectionne particulièrement.

L’homme qui rit, Victor Hugo

                L’action se passe en Angleterre, au XVIIème siècle. Il y a d’un côté, Ursus et Homo, drôle de couple formé d’un rebelle qui hait l’humanité et d’un loup apprivoisé qui tire une cahute sur les chemins et les routes du pays. Ursus prédit l’avenir et soigne les hommes avec des lotions et des infusions concoctées à partir de simples cueillis dans les bois. Pendant ce temps à Portland, une ourque, bateau de transport, s’apprête à prendre la mer emmenant un lot de miséreux qui abandonnent sur la grève un jeune enfant abasourdi. L’enfant délaissé erre sur les falaises et découvre un bébé bien vivant, dans les bras de sa mère morte. Il n’hésite pas à le prendre dans ses bras et court demander de l’aide au village le plus proche. Mais les portes restent closes. Seul Ursus lui propose un refuge dans sa misérable maison ambulante où l’enfant trouve nourriture et chaleur, après avoir parcouru de nombreux kilomètres, pieds nus dans la neige. Il faut préciser que le jeune garçon, Gwynplaine, a le visage contrefait par une méchante cicatrice qui lui donne un rire permanent, « un masque de rire ». La petite reine recueillie et vite prénommée Déa, elle, est aveugle. Ces quatre laissés-pour-compte vont désormais faire équipe et s’offrir en spectacle sur les places publiques où Gwynplaine exhibe son rictus facial pour faire rire les gens et gagner ainsi sa vie, celle de Déa et de ses sauveteurs. Petit à petit, un amour platonique s’installe entre Gwynplaine et Déa et ce petit monde arrive à connaître un bonheur simple mais bien réel. Jusqu’au jour où un événement imprévisible va dérégler cette mécanique bien huilée.

                Gwynplaine apprend son étrange destinée. Fils d’un pair du royaume, il a été défiguré par son père pour ne pas prétendre à l’héritage paternel. Il n’est autre que Lord Clancharlie, baron et marquis à la fois, disposant d’une rente d’un million et destiné à épouser la fille du roi, la duchesse Josiane. Assommé par cette nouvelle pour le moins inattendue, il se laisse d’abord guider sans pouvoir réagir, d’autant plus que ses sens d’adolescent en éveil lui font désirer Josiane qui s’offre à lui sans scrupules. Mais, après quelques brefs moments d’égarement, sa nature profonde reprend le dessus. Il se sert de sa nouvelle fonction pour haranguer ses pairs à la Chambre des Lords et les inviter à réagir devant l’iniquité de la société. De plus, il s’aperçoit que Déa est son seul amour sans lequel il ne peut vivre. Or, sa violente diatribe contre les puissants n’attire que les rires et les moqueries des « gentilshommes » et c’est trop tard qu’il retrouvera Déa.

                Hugo dépeint en Gwynlaine un personnage profondément humain. Il lui attribue les faiblesses des hommes avec l’attirance physique des femmes, la griserie du pouvoir quand il pense qu’en changeant de condition, il peut transformer le monde. Mais, c’est, avant tout, un être simple, généreux, charitable et désintéressé qui perd sa naïveté au contact de la vie. Il voulait être « le Verbe du Peuple », mais il se rend vite compte que « les privilégiés n’ont pas d’oreilles du côté des déshérités ».

                Il ne faut pas oublier qu’Hugo est un écrivain engagé, et ce roman lui permet de faire la critique de la société. Il situe son histoire en Angleterre. C’est donc la monarchie qui est visée. Il lui reproche, entre autre, de laisser le peuple dans l’ignorance pour qu’il reste obéissant. Les courtisans arrivistes et sans préoccupations morales, tel l’intrigant Barkilphedro, ne sont pas épargnés. La Cour est un lieu bizarre où les hommes sont des singes complètement abêtis et les singes sont humanisés pour être utilisés comme serviteurs. Une digression est consacrée au fonctionnement de la justice en Angleterre, mais transposable dans n’importe quel autre pays. Il détaille les différents corps qui constituent cette institution. Mais surtout, il fustige ses arrestations arbitraires et il dénonce ses agissements. La torture est employée pour susciter des aveux. On a droit également à une cérémonie d’investiture à la Chambre des Lords au milieu d’une débauche de luxe et de soieries. On y assiste à une séance dont Gwynplaine fait les frais, en découvrant un monde fermé et uni pour défendre ses privilèges scandaleux.

                La sympathie d’Hugo pour les pauvres ne se dément pas dans ce livre. Il déplore le chômage, la hausse des impôts pour les plus défavorisés. Il s’insurge devant la misère du peuple et l’indifférence des riches dans une société verrouillée où seule une révolution pourrait faire changer les choses. Le début du roman est consacré à une coutume odieuse qui sévissait au XVIIème siècle et qui concerne les « comprachicos » s’enrichissant en faisant le commerce des enfants, enfants souvent rendus difformes par une « chirurgie à rebours » à la seule fin d’amuser la galerie. L’Homme qui rit est aussi un prétexte pour nous faire un cours sur l’histoire de l’Angleterre et la succession des différents rois et reines.

                Et puis, comme toujours, le poète nous offre des pages d’anthologie. Il s’agit d’abord d’un passage où Hugo crée une atmosphère fantastique, en faisant la description d’un gibet enrobé de goudron (suivant le sort infligé aux contrebandiers) qui s’agite au bout d’une chaîne, sur une lande sauvage et inhospitalière. Le mort prend vie, grâce au vent qui souffle en rafales et au vol d’un groupe de corbeaux charognards qui essaient d’arracher quelques lambeaux de chair à ce cadavre déjà bien détérioré. Ensuite, c’est le récit réaliste et vivant d’une tempête et d’un naufrage en mer au milieu des éléments déchaînés. Dans la dernière partie du roman, Hugo excelle une nouvelle fois à nous faire partager « une tempête sous un crâne », quand le narrateur exprime son désarroi devant une conscience confrontée au bien et au mal. Le lecteur devient le témoin de la détresse du personnage, de son trouble et de son agitation.

                Enfin, ce texte, quoique écrit au XIXème siècle, est d’une actualité flagrante. L’esclavage des enfants existe toujours. Les émigrés ont pris la place des rôdeurs et, comme eux, ils sont rejetés et pourchassés. Les inégalités sociales sont encore à l’ordre du jour.

                Malgré de longues digressions parfois fastidieuses, des énumérations sans fin et un manichéisme qu’on a pu reprocher à son auteur, L’Homme qui rit est une œuvre érudite, foisonnante et intemporelle avec une intrigue qui nous tient en haleine parce que bien construite. « A tout fait se rattache un engrenage », remarque Hugo dans l’une de ses pages.



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