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Immortelle randonnée. Compostelle malgré moi, Jean-Christophe Rufin

                Quand Jean-Christophe Rufin entreprend de parcourir le chemin d’Hendaye jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle, il se défait de la reconnaissance dont il jouit en tant qu’académicien ou ambassadeur, de son état de respectabilité, pour le dépouillement, la vie hasardeuse du pèlerin, les nuits d’insomnie, les pieds maltraités par des heures de marche. Car la fameuse randonnée n’est pas une partie de plaisir, une balade enchanteresse dans une nature paradisiaque. Dès le début, l’impression est mauvaise et l’aspect commercial et touristique lui apparaît tout de suite. Où est la poésie de la marche quand il s’agit avant tout de ne pas se perdre et d’être en permanence à la recherche de repères ? Quant aux panoramas qu’on était en droit de trouver, ils sont souvent remplacés par des routes et autoroutes bordées de déchets, des banlieues industrielles ou des lotissements sans âme. Notre auteur-pèlerin déplore l’accueil lamentable réservé aux pèlerins dans la plupart des auberges et la précarité des abris proposés. Tenté par la recherche de la foi, il abandonne vite ce projet, après avoir fréquenté les églises et assisté à diverses messes célébrées tout au long de sa marche. Il en conclut que le pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle a perdu tout ce qu’il avait de chrétien. Il finit par devenir fataliste, se laisse porter par le chemin et arrive à connaître une certaine paix avec lui-même quand il parvient à surmonter les petits soucis corporels et à oublier ses désillusions. Il reconnaît qu’il n’a qu’une vue partielle des régions traversées car, quand il se perd dans la campagne, il découvre des paysages plus hospitaliers qui le réconcilient avec son entreprise. Et puis, de temps en temps, il connaît d’agréables surprises en découvrant de vieux villages qui recèlent des traces du passé moyenâgeux qu’il croyait trouver un peu partout.

                Pourtant, quand il fait le bilan de son « immortelle randonnée » et même si le chemin ne l’a pas changé et si la vie moderne a repris le dessus, il lui reste l’envie de reprendre la route. Donc, cette aventure n’a pas été tout à fait négative.

                Le lecteur, lui, découvre un récit qui démystifie ce célèbre pèlerinage. Il apprend tout un vocabulaire spécifique : la carte jacquaire, les jacquets, la compostela (certificat délivré à l’arrivée), la credencial (document qui permet l’accès aux refuges pour pèlerins). Et surtout, il apprécie la dérision avec laquelle Jean-Christophe Rufin décrit ses mésaventures. Une phrase résume les tracasseries mais aussi les petits bonheurs du pèlerin : « Il grimace, peine, jure, se plaint et c’est sur ce fond de petites misères permanentes qu’il accueille de temps en temps le plaisir, d’autant plus apprécié qu’il est inattendu, d’une vue splendide, d’un moment d’émotion, d’une rencontre fraternelle. »

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