Dernières nouvelles du martin-pêcheur, Bernard Chambaz

                 Ce roman-souvenir est un récit à la mémoire du fils mort dans un accident de la route. L’auteur et sa femme partent sur les traces d’un ancien voyage réalisé ensemble aux Etats-Unis. Lui en vélo, elle en voiture, comptent sur ce périple pour revivre, quelques instants encore, avec cet enfant trop tôt disparu et qui leur apparaît soit sous la forme d’un martin-pêcheur qui ponctue leur parcours, soit sous forme de mirage, dans les lieux précédemment visités avec lui. Beaucoup de villes qu’ils traversent sont des prétextes pour cette évocation car elles ont abrité des familles au destin similaire. Ce sont les parents de l’astronaute qui ont assisté à l’explosion de la navette Challenger dans laquelle elle se trouvait. Les Roosevelt puis le président Coolidge qui ont perdu leur jeune fils. Les Lindbergh qui ont connu le drame de l’enlèvement et de l’assassinat de leur bébé. Les Lincoln qui ont dû affronter le décès de trois de leurs enfants. Les parents anéantis des cinq frères Sullivan, morts en même temps sur un croiseur de marines. Ils rencontrent aussi des anonymes qui ont perdu un fils dans les différents conflits où se sont engagés les Etats-Unis et Bernard Chambaz fait le parallèle avec Hécube, la femme de Priam, qui a eu dix-neuf enfants, la plupart morts lors de la guerre de Troie, avant de voir disparaître son petit-fils, Astyanax.

               Chacun réagit différemment devant un tel drame. Pourtant, l’auteur pense que « la permanence du deuil n’exclut pas celle de la joie » et il prend plaisir à pédaler au milieu des paysages grandioses de Monument Valley ou à longer le Colorado. Sa curiosité reste toujours en éveil dans le moindre village et il fait défiler toute l’Amérique sous nos yeux en racontant des anecdotes ou en faisant allusion à des références littéraires, musicales ou historiques. Ainsi, nous voyons l’étang de Walden, cher à Thoreau, le cimetière où Kerouac est enterré, la maison natale de John Wayne, la première banque attaquée par Bonnie and Clyde. Nous croisons avec lui des vétérans mutilés de guerre, les Amish dans leurs buggies en Pennsylvanie. Nous parcourons les territoires Hopi et Navajo. Nous assistons à un match de base-ball. Nous nous indignons pour ce jeune noir accusé pour le meurtre d’un policier blanc qu’il n’a pas commis et qui lui a valu de fréquenter le couloir de la mort. Nous nous souvenons de l’assassinat de Martin Luther King.

               Dernières nouvelles du martin-pêcheur est à la fois un récit de voyage qui pourrait presque servir de guide pour traverser les Etats-Unis, mais c’est surtout un roman personnel qui sert de thérapie à l’auteur pour exorciser, l’espace d’un voyage, la douleur permanente d’un deuil aussi cruel.

 

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