Brouillard, Jean-Claude Pirotte

                Dans cet ultime roman largement autobiographique, Jean-Claude Pirotte retrace l’histoire de sa vie, depuis son enfance jusqu’au moment où il écrit et où la maladie l’a rattrapé. Il semble que le poète ait passé sa vie dans le brouillard, aussi bien au moment où il entreprend ce livre et où les douleurs engendrées par le cancer le maintiennent hors du monde, que dans ses jeunes années où ses errances lui ont fait perdre de vue ce que d’aucuns appellent le droit chemin. Les paysages du nord dans lesquels se situe la majeure partie de ce récit sont eux-mêmes souvent enveloppés dans la brume et cet environnement cotonneux convient tout à fait à l’atmosphère mélancolique qui se dégage du roman. Se sachant à la fin de son existence, il éprouve une certaine nostalgie pour le monde qu’il va bientôt quitter. « C’est que j’avais encore envie de vivre et de voir passer les nuages et d’écrire ceci ou autre chose. Il arrive que la douleur soit en voie d’excéder mes forces. Mais je m’obstine, je tiens la fenêtre ouverte, au moins je respire et un chien aboie. »

                Il revoit, avec un sentiment de culpabilité, son passé qui a souvent été compliqué. Son enfance bridée par la surveillance malveillante de la bonne. Sa cavale en France pour éviter sa condamnation à dix-huit mois de prison parce qu’il est accusé d’avoir aidé un prisonnier à s’évader. Celui qui se considère comme un voyou nous émeut quand il parle de sa fille dont il est responsable dès sa naissance et lorsqu’il évoque ses angoisses de jeune père à la moindre poussée de fièvre. Il apprécie la solitude, la nature, les plaisirs simples : jouer par exemple à la pétanque, le soir, avec les habitants du village. Et ce qu’il aime surtout, c’est la lecture et l’écriture. Très tôt, il vit entouré de ses auteurs préférés : Henri Thomas, Dhôtel, Chardonne, Mac Orlan, Gide, Apollinaire et beaucoup d’autres poètes. Puis, il se consacre à la littérature qui l’accompagne jusqu’à ses derniers moments. « Je me gorgeais de vocables neufs et de tournures imprévues qui entretenaient ma curiosité. »

                Ce poète belge, trop mal connu, vient de nous quitter, à soixante-quatorze ans, le samedi 24 juin 2014, nous laissant ses écrits pour donner un peu de lumière au brouillard dans lequel il nous abandonne.

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