Le message, Andrée Chedid

                 Un pays en guerre. Un quartier détruit par les bombardements. Des francs-tireurs qui tirent sur tout ce qui bouge. Tel est le cadre de ce roman où l’héroïne, Marie, est foudroyée par une balle alors qu’elle allait rejoindre Steph, l’homme qu’elle aime, pour se réconcilier avec lui, après une période de crise. Mortellement blessée, arrêtée dans sa course, elle épuise ses dernières forces dans l’attente des retrouvailles, aidée pour cela par un couple d’octogénaires qui déserte cette zone devenue trop dangereuse. Pendant que le vieux monsieur, médecin, tente de soulager les derniers moments de Marie, Anya, sa femme, retrouve ses jambes de vingt ans, pour porter le message d’amour de Marie à Steph qui l’attend à l’autre bout du pont. Arrivera-t-elle à temps ?

                Dans ce texte court mais d’une densité remarquable, on retrouve tous les thèmes chers à Andrée Chedid. D’abord, l’amour passionnel, voire fusionnel, avec ses orages et ses accalmies, qu’il faut prendre à bras-le-corps et qui se transforme en tendresse, l’âge venant. Ensuite, la vieillesse quand le corps se délite mais sait se dépasser dans l’urgence, une vieillesse digne, qui refuse le laisser-aller. Il y a aussi l’éternel questionnement sur Dieu qui, s’il existe, cautionne des actes abominables, durant les guerres. Ces guerres qui reviennent comme un leitmotiv dans l’œuvre d’Andrée Chedid. Ces guerres où les jeunes gens s’engagent au cours d’une crise d’adolescence, parce qu’ils n’ont aucun projet, par désœuvrement, pour se prouver qu’ils sont des hommes. Ces guerres où les membres d’une même famille appartiennent à des camps opposés et s’entretuent. Dans ce roman, comme dans bien d’autres, l’auteur met en scène des femmes libres, volontaires, courageuses comme Marie, photographe, qui ne choisit pas la facilité puisqu’elle exerce son métier dans les pays en conflit ou ravagés par des catastrophes naturelles. Des femmes capables de dépassement, comme Anya, qui retrouve l’énergie de sa jeunesse pour réunir deux êtres qui s’aiment. Pourtant, Andrée Chedid s’inquiète de l’avenir des femmes. Elle dit de Marie : « Elle demeurait consciente de ces régressions en d’autres lieux de la planète, de ces femmes écartées, momifiées, infantilisées, encagées en d’obscurs vêtements. Il fallait rester vigilante en alerte. »

                Mais, ce qu’il faut retenir de cette romancière familière des mondes dévastés par la bêtise humaine, c’est son optimisme naturel qui lui fait déceler, à tout moment, la moindre étincelle d’espoir. « Parfois, un geste, un paysage, une rencontre, une parole, une musique, une lecture ; surtout l’amour, rachetaient ces ombres. Il fallait savoir s’en souvenir, parier ces clartés-là, les attiser sans relâche. » Ainsi, elle crée le personnage de Gorgio, le « sniper » repenti, qui regagne sa part d’humanité, en approchant la jeune fille mourante, désormais sortie de son anonymat.

                Andrée Chedid écrit ici un hymne à la vie, d’une plume délicate, généreuse et toujours déterminée.

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