Le magnétisme des solstices, Michel Onfray

                Ceux qui adhèrent à l’univers de Michel Onfray se laisseront emportés, encore une fois, par le fourmillement d’idées et par le style vivant et bouillonnant du dernier volume de son journal hédoniste qui témoigne de son engagement généreux et sans concession, de sa curiosité et de son érudition.

               Dans la lignée des philosophes comme Démocrite, Epicure, Montaigne, Spinoza, Nietzsche, Thoreau, Kierkegaard ou Camus, il propose une lecture immanente du monde pour atteindre une certaine sagesse. « Penser sa vie ; vivre sa pensée ; et mourir sage et serein. » Après ses constatations sur l’échec du communisme, du capitalisme et sur le triomphe de la barbarie religieuse, il propose d’essayer les « utopies concrètes » du philosophe Ernst Bloch, si proches de son socialisme libertaire, qui se fonde sur la jouissance, la connaissance, le refus du consumérisme à outrance, sans craindre la désobéissance civile chère à Thoreau ou encore à Jean Meslier, ce curé athée du XVIIème siècle, libertin, féministe et admirateur de Montaigne. Comme D’Alembert qui n’accepte pas les honneurs rendus aux courtisans, Michel Onfray refuse tout asservissement. Il se méfie même des jardins ouvriers qui exonèrent les patrons, endorment les travailleurs et mettent un frein à l’émancipation du prolétariat. Rien n’est laissé au hasard dans le mode de vie du philosophe pour qui même l’architecture devient libertaire. Il invoque, en effet, un habitat privilégiant le confort du locataire, où les cinq sens pourront s’épanouir, un habitat qui permet de mieux vivre en communauté.

              Une nouvelle fois, l’auteur d’« Un requiem athée » maltraite toutes les religions qui donnent des réponses simplistes et magiques à la complexité tragique du monde. A l’opposé, le laïc « mène son combat en philosophe » et se contente du « monde donné », pour reprendre les propos de Nietzsche. Il rejette la transcendance pour l’immanence et, en homme libre, il construit son existence, seul, sans les béquilles des intermédiaires envoyés sur terre par un hypothétique Dieu. Mais, devant la montée de l’islamisme, Michel Onfray conclut son chapitre sur « La dialectique de la laïcité » en déplorant la disparition de celle-ci.

               Michel Onfray est aussi un amateur d’art qui admire les artistes libérés comme Bettina Rheims, conspuée par l’église parce qu’elle réécrit l’histoire sainte en l’actualisant et en lui donnant vie ou le photographe Philippe Ramette, sublime dandy dont les créations artificielles et les prothèses imaginaires comblent les vides de la nature. Il éprouve une tendresse particulière pour Gérard Garouste dont la biographie explique son œuvre torturée qui le sauve d’un passé trop lourd à supporter. Il porte une affection particulière à Bartabas, parcouru par la même énergie que ses chevaux et qui symbolise la communication intelligente entre le règne humain et le règne animal, car il ne faut pas oublier, dit l’auteur dans un autre chapitre que l’animal est « une partie mémorielle de nous-mêmes ». De même, il rend hommage, avec raison, à René Depestre et aux autres poètes des Caraïbes qui « porte[nt]à bout de bras le génie de la langue française ».

               Profondément humain, cet auteur de critiques féroces à l’encontre de ceux qui s’avilissent aux institutions, aux modes et aux conventions, est aussi sensible aux « nuits sublimes de la voie lactée » auxquelles son père l’a initié.

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