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Archives pour septembre 2013

Manifeste pour la terre et l’humanisme, Pierre Rabhi

                Pierre Rhabi a un parcours atypique. Parti du désert algérien, il est venu s’installer sur les terres ardéchoises où il a été le précurseur de l’agriculture biologique, après avoir fait mille petits boulots pour survivre. Agriculteur, écrivain, philosophe, cet amoureux de la nature est un homme révolté devant la maltraitance que fait subir l’homme à la terre. Il tire la sonnette d’alarme sur la crise alimentaire mondiale vers laquelle court l’humanité si elle ne choisit pas une voie plus rationnelle. Il faut arrêter l’industrialisation de l’agriculture qui a introduit les engrais chimiques pour produire plus, ce qui a entraîné la pollution des sols et des eaux. La monoculture intensive a remplacé les exploitations de taille humaine et a contribué à la ruine de l’agriculteur modeste. L’homme a transformé un animal herbivore en carnivore pour accroître la productivité et c’est le désastre de la crise de la vache folle que nous avons dû affronter. Un véritable endoctrinement a conduit le paysan à prendre des risques avec les OGM. La nourriture subit tous ces changements et devient la cause de cancers, de maladies cardio-vasculaires, d’obésité. Les petits paysans lancés dans la compétitivité ne peuvent faire face à la crise et se dirigent vers les villes où ils vont rencontrer la précarité.

                Pourtant, la terre a des ressources incroyables mais nous ne savons pas les gérer et nous transformons un progrès industriel prometteur en une catastrophe mondiale à cause d’une spéculation financière qui bénéficie à une poignée de profiteurs. Une réorganisation des ressources est indispensable mais elle ne pourra se faire sans éthique et sans intelligence généreuse. La terre nourricière est un bien commun inaliénable, souvent ignoré par les politiques, les intellectuels, les religieux ou les artistes. Mais chaque citoyen, aussi, a le devoir d’intervenir dans son quotidien pour changer le monde par des actes écologiques.

                Pierre Rabhi prône un nouveau mode de vie fondé sur la consommation de produits locaux et sur la complémentarité à la place de la compétitivité destructrice. En outre, il faut réenchanter le monde et être sensible à la « symphonie » de la terre avec laquelle des liens d’interdépendance doivent se nouer.

                D’où la nécessité d’une mutation des consciences. Les progrès de la science et de la technique doivent aider l’humanité au lieu de l’asservir et l’école a un rôle primordial à jouer auprès des jeunes pour construire un monde plus humain où la compétitivité ne sera plus l’objectif premier et où le consumérisme cèdera la place au respect de la nature. Il faut parier sur l’utilisation intelligente des nouveaux réseaux sociaux qui pourraient s’appuyer sur des valeurs de convivialité et de solidarité pour construire un monde plus apaisé au lieu de développer, comme c’est souvent le cas aujourd’hui, les instincts les plus bas des individus.

                Pierre Rabhi ne se contente pas de donner des conseils mais il met en pratique ses idées à la fois dans les Cévennes où il habite mais aussi en Afrique où il fait part de son savoir-faire pour redonner leur autonomie aux populations. Il a créé de plus un Mouvement pour la terre et l’humanisme pour transmettre l’agroécologie et pour promouvoir de nouveaux modes de vie qui soient plus respectueux de l’homme et de la nature. Malgré des constats pas très enthousiasmants, Pierre Rabhi reste optimiste car de nombreux mouvements et associations, soucieux d’équité, proposent des alternatives intéressantes, ce qui lui fait dire « Le pouvoir est entre nos mains. »

                Cet homme engagé n’est pas qu’un fervent défenseur d’idées, il est aussi un écrivain talentueux qui sait rendre sa langue poétique quand il parle de la beauté de la terre et donner à son texte une tonalité lyrique quand il s’emporte par exemple sur la transformation que fait subir l’homme à la nourriture, dans le passage savoureux intitulé La « nourriture » a cédé la place à la « bouffe »

«  Le magnifique terme de « nourriture »qui, au-delà de la matière nutritive a des résonnances symboliques et poétiques – en lien avec ce monde de saveurs subtiles qui, préparées avec art, réjouissent l’âme et le corps et favorise la convivialité -, a cédé la place à la « bouffe » qui désigne cette matière surabondante, frelatée, manipulée et polluée. »

Mon Utopie, Albert Jacquard

                Albert Jacquard, qui vient de mourir le 11 septembre 2013, nous a laissé son testament pour la planète dans ce livre publié en 2006, Mon Utopie. Il nous dit que la terre est à un tournant de son histoire et que, pour la sauver d’un désastre annoncé, l’homme doit prendre en main son avenir en s’appuyant sur le passé et en tenant compte de la réalité d’aujourd’hui. Il confie à l’école le rôle de former l’homme responsable de demain.

                Il s’appuie sur son propre parcours pour démontrer comment se forge une personnalité. D’abord très individualiste, il se réfugie dans la lecture et réussit aux examens en acceptant de se plier au conformisme des grandes écoles. Il est indifférent aux bouleversements historiques de son époque (1943/45) car seule compte sa réussite personnelle. C’est en devenant professeur qu’il réfléchit au rôle primordial de l’enseignement. L’école doit faire réfléchir et aider l’enfant, produit d’un assemblage hasardeux d’atomes et d’apports plus ou moins aléatoires de la société, à devenir lui-même par le biais de rencontres et à s’épanouir. Ce sont des rencontres qui le font entrer en action pour défendre ses idées, comme le droit au logement par exemple. Il opte pour se servir de l’autre non pour son propre intérêt mais pour la richesse des apports réciproques. La Déclaration Universelles des droits de l’homme en 1948 est née d’un élan de solidarité. Alors, pourquoi ne pas continuer en exigeant des droits pour l’ensemble de la population. D’abord, le droit aux soins pour toute la terre. Cela est possible comme a été possible dans le passé l’éradication du virus de la variole ou la quasi disparition de la mortalité infantile. Ensuite, le droit à l’information car même si le décervelage du spectateur par l’image en est un aspect négatif, l’accès immédiat à l’actualité des autres pays permet le partage d’un destin commun. Le droit au logement est une évidence. Il est intolérable d’accepter que cent mille appartements restent inoccupés à Paris. Il faut faire jouer le droit de réquisition et remettre en cause le droit de propriété. Le droit à la paix est nécessaire et possible car il est impensable aujourd’hui d’entrer dans un conflit nucléaire sous peine de destruction totale de l’humanité. Alors, puisque les armes nucléaires sont des armes de dissuasion, pourquoi ne pas les détruire ? Un autre droit est très important pour Albert Jacquard, c’est le droit aux rencontres. Il ne faut pas considérer l’autre comme un adversaire potentiel mais il faut profiter de l’énorme progrès de la miniaturisation des composants électroniques qui favorise les échanges.

                Pour arriver à vivre en harmonie dans la société, il faut que le travail prenne un autre sens. De par son étymologie, ce mot est associé à la souffrance (tripalium = instrument de torture à trois pieux). Mais le travail, c’est aussi l’acte qui permet de nous insérer dans la collectivité humaine et à agir pour elle. Il faut miser sur l’humain et non sur l’économie. Il rêve d’une société où « le système éducatif, le système sanitaire, l’aide sociale, la culture seront des sources inépuisables d’emploi. » Et il termine en soulignant encore une fois le rôle fondamental de l’école avec un « enseignement fondé sur la solidarité et non sur la compétition ».

                Ce livre lardé de démonstrations scientifiques pas toujours compréhensibles dans leurs détails pour les non-initiés, est intéressant par les conclusions qu’en tire Albert Jacquard. Son auteur est un homme généreux et un grand humaniste laïque qui mériterait que ses idées soient prises en compte par les décideurs mais aussi par tout le genre humain. Son constat sur le monde d’aujourd’hui est négatif mais il reste résolument optimiste et fait de nombreuses propositions en montrant qu’elles sont réalisables, si nous acceptons de construire le monde de demain qui est entre nos mains.

« A nous d’agir, pour que tous les humains combattent ensemble leurs ennemis communs : la maladie, l’égoïsme, la faim, la misère le mépris. »

La Sirène, Camilla Läckberg

                Toutes les semaines, la femme d’un disparu vient demander à la police s’il y a du nouveau au sujet de son mari. Quand le corps est enfin retrouvé, pris dans les glaces et lacéré, Patrik mène l’enquête mais n’a pas beaucoup d’éléments sur le meurtre de cet homme apparemment sans histoires. Tout se complique quand on découvre que ses amis reçoivent depuis quelques temps des lettres de menaces et quand leurs familles se trouvent en danger. Y a-t-il un lien entre ces différents événements ? Que cache Christian, cet écrivain à succès qui a un comportement bizarre ? Erica, son amie et femme du policier Patrik, fouille de son côté dans le passé de Christian et oriente son mari dans une certaine direction qui le conduira vers la résolution de ces différentes énigmes.

                Ce roman est noir au sens propre du terme. Un enfant tente de noyer sa sœur. La femme de Kennet, un des personnages importants du livre est atteinte d’un cancer. Au sein du couple ami, Erik et Louise, lui est coureur de jupons, elle est alcoolique. Christian cache un passé lourd de mystère qui l’empêche de vivre sereinement sa nouvelle vie avec Sanna et ses enfants. Anna, la sœur d’Erica, semble elle aussi avoir connu un passé douloureux. Rien n’est ordinaire dans la vie des autres personnages. Paula, la collaboratrice de Patrik est homosexuelle. Un autre couple qui ne peut pas avoir d’enfants est en attente d’adoption. Même Erica a une grossesse spéciale puisqu’elle est enceinte de jumeaux. Camilla Läckberg ne nous épargne rien et pourtant son roman fonctionne grâce à une intrigue captivante où tout ce joli monde se retrouve entraîné au sein d’une même histoire que les enquêteurs, grâce à leur perspicacité, vont reconstruire progressivement. Beaucoup de suspense donc dans ce roman policier où l’auteur joue avec les nerfs de son lecteur car, pendant un moment, il est le seul à ignorer quelle est cette chose horrible qui est arrivée dans le passé de Christian.

Il faut beaucoup aimer les hommes, Marie Darrieussecq

                L’auteur résume elle-même son roman : « Une femme rencontre un homme. Coup de foudre. L’homme est noir, la femme est blanche. Et alors ? »

               Pourtant, ce n’est pas aussi simple. Les deux personnages se rencontrent dans une soirée, à Los Angeles. Elle, Solange est une actrice française qui tourne avec Matt Damon, lui, Kouhouesso est un acteur canadien né au Cameroun. C’est tout de suite le coup de foudre pour elle. Sa vie désormais ne dépend plus que de lui. Elle refuse des contrats pour rester à ses côtés et elle le suit dans la jungle africaine pour le tournage du film qu’il a toujours voulu réaliser, Cœur des ténèbres, adapté d’un roman de Conrad.

               L’intérêt de ce livre réside dans la description de la relation entretenue par ce couple. Marie Darrieussecq excelle à disséquer les sentiments éprouvés par Solange depuis la passion dévorante du début jusqu’à la lassitude d’un amour non partagé et la rupture finale. Elle raconte l’angoisse qu’il ne vienne pas, l’œil rivé en permanence sur le téléphone, le « cisaillement dans la poitrine » quand il est au bout du fil, les « fulgurances de joie » quand il lui demande s’il peut passer chez elle, le bonheur de l’attente, la mise en scène pour le recevoir (quels vêtements, quelle musique, quelle boisson ?), l’impatience, le doute. Ensuite, l’attente devient insupportable. « Il faut beaucoup aimer les hommes. Beaucoup les aimer. Sans cela, ce n’est pas possible, on ne peut pas les supporter. », dit Marguerite Duras. Et Solange ne ménage pas ses efforts. Au Cameroun, où elle a difficilement obtenu un rôle dans le film de Kouhouesso, elle fait l’expérience de l’Afrique avec sa chaleur, ses moiteurs, ses coupures d’électricité, l’insécurité de la jungle avec ses bruits mystérieux et sa végétation envahissante où elle-même a l’impression de se « végétaliser ». Pourtant, elle essaie d’adopter ce pays, elle l’observe avec attention pour mieux le comprendre, lui. Elle adore notamment la légende qu’il lui raconte sur sa renaissance grâce à une sorcière.

               Alors, si ça n’a pas marché entre eux, est-ce à cause de l’addiction au travail de Kouhouesso ou à cause de leur différence d’origine et de couleur de peau ? Car la question des problèmes qui viennent se greffer sur la vie d’un couple mixte est posée. Solange doit faire face à la réaction étonnée des connaissances à qui elle le présente : « Fallait-il prévenir les gens ? De quoi ? De son mètre quatre-vingt-dix ? De sa spectaculaire beauté ? De sa montagne de cheveux ? Etait-ce elle la coupable, de prendre les gens par surprise ? De ne pas avoir prononcé plus tôt son nom difficile ? D’être avec lui ? » Elle-même, au milieu de ses hésitations, elle s’interroge sur les Africains. Réagissent-ils de la même façon que les Blancs dans certaines situations ? Serait-ce du racisme de penser ainsi ? Quant à Kouhouesso, il n’est pas exempt de paranoïa quand il remarque cruellement : « Ce que tu réclames, c’est un certificat. Un certificat de non-racisme. Aussi bien tu ne couches avec moi que pour l’obtenir ». D’après lui, quand les Blancs pensent à l’Afrique, ils voient l’obscurité et les éléphants. Mais, n’a-t-on pas des excuses quand ses ancêtres ont connu un passé douloureux, d’ailleurs réactivé par le discours de Dakar de Sarkozy où il accuse l’homme africain de ne jamais s’élancer vers l’avenir. Alors, « il s’enfermait dans sa nasse de colère, dans l’Histoire sanglante et butée, l’Histoire solide. ». Ou peut-être est-ce la totale désynchronisation de leur vie qui est venu à bout de leur liaison. « Et les heures jusqu’au matin, crucifiantes, furent comme un condensé de ce qu’elle vivait avec lui, à attendre encore un jour, à attendre insoutenablement. »

               Histoire d’amour donc avec ses difficultés et, en arrière-plan, le monde du cinéma auquel l’auteur donne un coup de griffe. Monde impitoyable où, quand on est seul, les concurrents attendent qu’on s’écroule. Monde égocentrique et excentrique où les stars font leurs caprices et où ils exigent, en pleine jungle, que la machine à pluie soit remplie d’eau d’Evian…

Le roman du mariage, Jeffrey Eugenides

                C’est le roman d’apprentissage de trois adolescents : Madeleine qui veut devenir « victorianiste », c’est-à-dire spécialiste de la littérature anglaise du XIXème siècle, Léonard qui s’installe avec elle à Cape Cod et qui travaille dans un laboratoire scientifique, Mitchell, amoureux de Madeleine et qui fait des études de théologie. Chacun tente des expériences, voyage, mariage ou mysticisme, qui vont les former et les rendre adultes.

                Quelques moments sont intéressants dans ce livre, par exemple lorsque l’auteur remet en cause la cérémonie de remise des diplômes. Il dénonce l’hypocrisie de cette tradition que certains étudiants essaient de défier en fumant un joint ou en malmenant la tenue officielle. Quant à Madeleine, elle n’hésite pas à quitter la fête pour aller rejoindre son petit ami à l’hôpital psychiatrique. Le voyage de Mitchell à travers le monde donne à Jeffrey Eugenides l’occasion de faire une description très réaliste de l’hôpital de Mère Teresa où sont soignés les malades les plus déshérités. Cette vision de la misère est insoutenable pour Mitchell qui la fuit lâchement et part pour Bénarès. Une partie importante du livre est consacrée à la maladie de Leonard qui souffre de dépression et nous avons droit à une analyse juste et précise surtout lorsque, pendant son voyage de noces, Madeleine découvre ce qu’est la vie avec un maniaco-dépressif : inquiétude, surveillance, angoisse, attitude protectrice et sentiment d’impuissance.

                Mais ce roman reste un roman prétentieux avec beaucoup de références littéraires et philosophiques. L’auteur aime à citer des écrivains hermétiques comme Antonin Artaud, des réalisateurs à la mode comme Satyajit Ray. Les étudiants se rencontrent dans un cours de sémiotique et ce sont Les Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes qui accompagnent la relation entre Madeleine et Leonard.

                En définitive, la lecture de ce roman a été laborieuse. Les longueurs se succèdent. Les hésitations et les recherches personnelles des trois jeunes gens sont souvent inintéressantes. Beaucoup de passages inutiles d’autant plus que les mêmes événements sont racontés plusieurs fois selon des points de vue différents.

Remonter la Marne, Jean-Paul Kauffmann

                Jean-Paul Kauffmann a décidé de remonter la Marne à pied, depuis son confluent avec la Seine jusqu’à sa source sur le plateau de Langres. Il nous fait part de ses sensations, de ses observations et de ses rencontres sur le chemin de halage qu’il a suivi pendant près de deux mois. D’abord, la Marne, pour lui, ce sont des odeurs, des plus agréables aux plus nauséabondes car cette rivière est capable du meilleur comme du pire. Parti d’un environnement urbain avec tout le brouhaha que cela implique, il longe un cours d’eau charriant un tas de détritus qui raconte l’histoire de la vie sur ses rives. Et puis, au détour d’un méandre, c’est la douceur d’un paysage avec sa « rambleur » (lumière) mystérieuse qu’offre une plaine céréalière nourrie depuis des millénaires par les alluvions de la rivière, avant de devenir de nouveau la Marne maléfique qui décide de détruire les cultures par ses inondations et de maltraiter les riverains fatalistes.

               Jean-Paul Kauffmann prend plaisir à retrouver les traces de l’Histoire, avec un grand H, qu’elle raconte car elle a été le témoin privilégié des plus grandes batailles du passé, depuis César jusqu’à la seconde guerre mondiale en passant par Louis XVI, Napoléon et tant d’autres encore. Cet homme cultivé se souvient de ses lectures et croise sur sa route quelques grands écrivains qui se sont nourris des paysages de la Marne pour les intégrer dans leurs livres : La Fontaine, Bossuet, Simenon, Breton, Diderot…

              Mais ce sont les gens ordinaires qu’il côtoie au cours de cette marche qui semblent l’intéresser le plus, même si les pêcheurs, les paysans ou les mariniers méfiants à l’égard des inconnus et surtout des Parisiens, ne sont pas prêts de partager leur territoire. Il remarque d’ailleurs : « La France est le pays le moins accueillant d’Europe aux vagabonds et aux sans-abri. »

              Cette aventure à travers son pays lui permet de constater la paupérisation générale de la population qui contraste malgré tout avec la prospérité du monde viticole de la partie champenoise qu’il traverse et qui appartient à quelques grandes familles devenues célèbres : Dom Pérignon, Moët, Bollinger. C’est un sentiment de découragement et d’abandon qu’il observe chez la plupart de ces provinciaux qui restent très attachés à leur région. « On dirait que les gens ont baissé les bras », dit-il. Pourtant, la vie en communauté n’est pas morte, comme l’attestent certains détails qui révèlent l’existence d’un bénévolat et d’une solidarité dans une France généreuse et battante que les services publics ont abandonnée. « Ce n’est pourtant pas un pays en ruine que je vois défiler depuis mon départ, plutôt un monde secrètement délabré, travaillé par le doute et la peur. Fêlure plus que cassure. » Il semble qu’un simple déclic pourrait changer les choses. Alors, on peut se demander qu’attend l’Etat pour donner un coup de main à cette France léthargique qui est prête à se réveiller pour inventer une vie nouvelle ? C’est le même constat que font Jacques Lacarrière, dans son livre Chemin faisant, plusieurs fois cité par l’auteur, ou Axel Khan sur le chemin de Compostelle qu’il a parcouru à pied en cet été 2013.

              Merci à Jean-Paul Kauffmann pour cette leçon de courage et de foi en l’avenir et en l’homme qu’il nous offre dans cette balade rafraichissante sur les bords de Marne.

La servante du seigneur, Jean-Louis Fournier

                Petit récit bouleversant de l’auteur qui crie sa douleur après la perte de sa fille entrée en religion, sur les traces d’une espèce de gourou à l’apparence méphistophélique et aux intentions douteuses. Ce père abandonné se souvient des bons moments qu’ils ont passés ensemble avant qu’elle ne perde son sourire, son humour et sa vitalité créatrice. Il sent qu’elle n’est pas heureuse, même si elle le dément dans son droit de réponse inséré à la fin du livre. Il voudrait qu’elle lui revienne avec sa joie de vivre et qu’elle accompagne de tendresse les derniers jours de son vieux père. Or, il semble qu’elle n’ait qu’un désir, celui que l’auteur de ses jours parte le plus tôt possible dans l’autre monde pour qu’il connaisse le bonheur pas toujours mérité sur terre. Bien sûr, il est habité par un sentiment de culpabilité d’avoir raté quelque chose dans l’éducation de sa fille, mais il éprouve surtout un grand désarroi de se sentir désarmé dans une telle situation.

                Pourtant, même si l’émotion est toujours présente à la lecture de ce livre, Jean- Louis Fournier ne se départit jamais de son humour pour raconter les moments difficiles de son existence, comme il l’a fait auparavant pour parler de ses fils handicapés ou de la déchirure que lui a causée la mort de sa femme. Ainsi en attestent ces propos dignes du complice de Pierre Desproges avec lequel il a collaboré pour La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède : « Elle pratique maintenant l’humour rose, pasteurisé, avec des vrais morceaux de fraise. Elle est tombée dans la layette mystique. » Ou encore : « Je me méfie des gentillesses sucrées, ça fout le diabète. ». Mais il ne faut pas se méprendre : « L’humour est un antalgique, on l’utilise quand on a mal »



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