• Accueil
  • > Archives pour juillet 2013

Archives pour juillet 2013

La maison où je suis mort autrefois, Keigo Higashino

                A la mort de son père, Sayaka fait appel à son ancien petit ami pour l’aider à découvrir ce qui semble être une double vie de son géniteur. Un seul indice : une enveloppe contenant un plan et une clef vont leur permettre de trouver une maison pour le moins mystérieuse. Elle va leur dévoiler petit à petit des éléments qu’ils doivent mettre bout à bout pour reconstituer une vie passée. Cette existence révolue recoupe celle de Sayaka qui, elle, doit fouiller dans sa mémoire pour faire resurgir les premières années de son enfance occultées par des événements traumatisants.

                Nous accompagnons, dans leurs recherches, ces jeunes gens, en découvrant, comme eux, progressivement, la trame de leur vie qui se révèle plus complexe qu’elle ne paraît au départ et Keigo Higashimo sait ménager le suspense de ce thriller agréable à lire mais sans grandes surprises.

Petite Poucette, Michel Serres

                Avant de rentrer dans le vif du sujet, le rôle de l’informatique dans la société d’aujourd’hui, Michel Serres nous fait part de quelques constatations. Le monde agricole a pratiquement disparu du paysage, pourtant les jeunes sont plus respectueux de la nature et de leur environnement. Ils n’ont pas connu les douleurs de la guerre et leurs souffrances sont atténuées par la péridurale et les soins palliatifs. Avant, les traditions réglaient le quotidien, aujourd’hui, on baigne dans le multiculturalisme. Nos ancêtres se référaient à l’Antiquité et aux penseurs du passé, maintenant, les jeunes sont formatés par les médias et la publicité. Leur faculté d’attention et de concentration est en baisse et la langue a changé. C’est le règne de l’individu qui domine. Alors, que transmettre ? A qui le transmettre et comment le transmettre ? Avant, l’enseignant était le porte-voix des livres, aujourd’hui la connaissance est à la portée de tous, ce qui explique les bavardages dans les amphis car désormais, à n’importe quel moment, Petite Poucette peut trouver des réponses à ses questions en activant ses pouces sur le clavier de l’ordinateur. Elle n’a plus une attitude passive face au savoir. Elle et ses amis sont des « digital natives ». Un nouveau monde est né dans lequel tout reste à inventer. Et, comme pour toutes les innovations (l’écriture ou l’imprimerie par exemple), les nouvelles technologies génèrent les mêmes méfiances vis-à-vis de ce qui est nouveau et méconnu. Il est facile de se moquer du brouhaha permanent des réseaux sociaux où n’importe quel quidam prend la parole et où l’on ne rencontre que des amis virtuels. Mais l’ancien monde n’était pas plus vertueux avec ses guerres, ses goulags, ses lapidations et ses bûchers. Tout le monde est concerné par Internet et tout le monde peut continuer à s’instruire par son intermédiaire : les enseignants, les grands médecins et les naturalistes les plus émérites comme le plus modeste utilisateur, si l’on ne cède pas à la trop grande vulgarisation qui vise la médiocrité. Peu importe si les noms de code prolifèrent sur les réseaux sociaux car c’est cette multitude anonyme qui, dans l’avenir, est susceptible de créer un univers différent et pourquoi pas meilleur.

                On peut reprocher à Michel Serres d’occulter les aspects les moins louables des réseaux sociaux. Il faut, en effet tenir compte de leur rôle néfaste dans le racisme, la xénophobie, l’homophobie ou la pornographie qui se propagent très rapidement sur le net et qui peuvent atteindre douloureusement les personnes. Mais, il nous offre aussi avec cet essai, une analyse intelligente, positive et nullement pessimiste de l’apport du numérique au monde moderne qu’il considère avec une attitude bienveillante même si ses bouleversements nous bousculent un peu.

La fabrique des mots, Erik Orsenna

                Ce conte imaginé par Erik Orsenna est une « défense et illustration de la langue française ». L’auteur invente une île tropicale où un dictateur décide, en despote absolu, d’interdire tous les mots et de n’en garder que douze, douze verbes qui indiquent les actions les plus banales de la vie. Mademoiselle Laurencin, une institutrice amoureuse de la langue, va tenter de démontrer à ses élèves la tristesse d’un monde sans mots quand ils ne peuvent plus exprimer la beauté des choses. Elle et son ami, le Capitan, collectionneur de dictionnaires, font jouer les enfants avec les mots pour leur montrer que la langue s’enrichit en puisant dans les autres civilisations, les autres pays, les autres communautés et qu’elle devient un vecteur de partage. Bien sûr, beaucoup de mots sont issus du latin ou du grec, d’autres ont une origine italienne, polonaise, arabe ou évidemment anglaise. Mais il ne faut pas oublier les cités qui apportent leur lot non négligeable de termes fleuris. Ils leur montrent aussi que l’étude de la formation des mots avec préfixes et suffixes témoigne d’une langue vivante et jamais statique. Riches de cet enseignement, les élèves sont prêts à faire la révolution à la fabrique des mots.

                A travers ce conte, Erik Orsenna rend hommage à la langue française, à ceux qui la diffusent et en particulier aux enseignants qui font découvrir la richesse, la beauté et l’utilité des mots.

Inferno, Dan Brown

                Un professeur américain de symbologie se retrouve à l’hôpital, amnésique, après avoir été blessé par une balle. Un course-poursuite avec le docteur qui s’est occupé de lui s’engage dans les rues de Florence, mais il ne connaît rien de ses poursuivants. Que veulent-ils et quel est cet objet mystérieux dans la poche de sa veste ? Le héros, entraîné dans des aventures qu’il ne comprend pas doit résoudre une énigme qui tourne autour de L’Enfer de Dante et du tableau de Botticelli inspiré de cette œuvre littéraire, pour sauver l’humanité menacée par le généticien, Zobtrist. Ce Zobrist, est-ce un chercheur génial qui, en adepte du transhumanisme veut améliorer l’homme biologiquement ou bien un savant fou qui veut régler le problème de la surpopulation en propageant une épidémie sur l’ensemble de la terre ?

                Dans ce roman, sans prétention littéraire, le lecteur est tenu en haleine par une intrigue construite sur de nombreux rebondissements qui vont le conduire de Florence à Istanbul en passant par Venise et qui vont lui permettre de redécouvrir des lieux mythiques riches en culture et en histoire, même s’il a un peu l’impression de lire un guide de voyage, certes solidement documenté, quand le héros arpente ces villes. Mais, le plus grand intérêt de ce livre, c’est de donner envie de lire La Divine Comédie de Dante.

Bloody Miami, Tom Wolfe

                Le personnage principal du roman est Miami, creuset de nombreuses communautés qui ont du mal à vivre ensemble. Il y a d’abord les Cubains qui ont fui le régime de Fidel Castro en risquant leur vie sur des canots de fortune mais qui ne se sentent pas intégrés dans leur pays d’accueil et qui font bloc quand un des leurs est en danger. Puis, les Haïtiens qui ont tellement honte de de leurs origines qu’ils refusent de parler le créole. Il y a bien sûr la population des Afro-Américains souvent impliqués dans la drogue, victimes de racisme et à qui l’on tente de redonner confiance en mettant, à la tête de la police, un Noir chargé de maintenir la paix. Les Russes, eux, font partie d’une oligarchie qui trempe dans le trafic d’art. 50% d’immigrés récents doivent cohabiter avec les Américains qui, eux non plus, ne trouvent pas grâce aux yeux de l’auteur et qui n’ont qu’une obsession : être « là où ça se passe », usant des moyens les moins louables pour accéder à la notoriété. Beaucoup de tensions existent dans cette ville où règnent l’artifice et la corruption : « A Miami, tout le monde déteste tout le monde » et il ne faut pas s’étonner si des dégâts font des ravages auprès des ceux qui veulent juste être naturels, faire correctement leur travail ou qui, naïvement pensent trouver un peu d’humanité chez leurs semblables. Ainsi, le policier d’origine cubaine, Nestor Camacho, est rejeté par sa famille parce il a remis aux autorités américaines un réfugié à qui il a sauvé la vie. Le jeune journaliste, John Smith, est rongé par la culpabilité après le meurtre d’un faussaire qu’il a dénoncé dans un article. Quant à Magdalena, autre cubaine qui veut rompre avec son milieu, elle craint pour sa vie après avoir voulu s’immiscer dans les sphères les plus prestigieuses de Miami.

               Pour nous faire approcher de plus près la pensée de ses personnages, Tom Wolfe utilise une écriture tout à fait personnelle, proche du style parlé avec des parenthèses qui permettent de suivre les méandres de la réflexion de ses personnages, des interrogations, des exclamations, un style indirect libre approprié au monologue intérieur d’une âme tourmentée. A cela, il faut ajouter des onomatopées incises dans ses phrases comme le « schlack » du bruit du bateau sur les vagues pour rendre le récit plus vivant et des répétitions de termes ou expressions quand il veut insister sur un point avec le danger de donner au texte une certaine lourdeur

               Dans ce roman, Tom Wolfe aborde avec originalité et sans complaisance de nombreux problèmes qui gangrènent la société de ce Bloody Miami : l’immigration irrégulière, le trafic d’art, le poids de la presse trop impliquée dans « l’establishment », l’arrivisme, la drogue qui se niche jusque dans les crèches où grandissent les nourrissons, l’addiction à la pornographie, la ghettoïsation des personnes âgées, l’absurdité des émissions de téléréalité.

Ladivine, Marie Ndiaye

              Une fois de plus, Marie Ndiaye met en scène trois femmes. Elles appartiennent à la même famille, mère, fille et petite-fille, et entretiennent des relations compliquées. Clarisse a honte de la couleur de peau de sa mère et la rejette au point, non seulement de la quitter mais de changer de nom (à l’origine, elle s’appelait Malinka) et de lui cacher l’existence de sa nouvelle famille, son mari Richard Rivière et sa fille, à qui elle a pourtant donné le même nom, Ladivine. Clarisse se sent coupable de se comporter de cette façon avec celle qui lui a donné le jour. Mais, elle ne se détournera pas de cette attitude irrévocable et lui concèdera seulement une visite tous les premiers mardis du mois. Ces conditions étant posées, tout semble bien huilé dans la vie de l’héroïne jusqu’au jour où son mari, qu’elle aime, qui l’aime et qui ignore son passé, décide de la quitter, non par manque d’amour mais parce qu’il ne comprend plus cette femme trop lisse et trop distante. C’est alors le drame pour Clarisse qui essaie de se racheter en choyant Freddy Moliger, alcoolique malmené par la vie, et en lui présentant sa mère qu’elle a décidé de ne plus renier. Pendant ce temps, sa fille et son ex-mari mènent, chacun de son côté, une existence qui semble rangée et sans problèmes. Mais Clarisse les hante sous la forme d’un chien qui traverse le roman depuis la naissance de Ladivine jusqu’à sa disparition et qui s’impose comme un reproche, celui d’avoir été délaissée et d’avoir été incomprise. Le remords, pour eux aussi, va bouleverser leur quotidien, entraînant la disparition de Ladivine et faisant voler en éclats la deuxième famille de Richard Rivière qui finira par découvrir le secret de sa femme en apparence si insignifiante.

                Le plus beau portrait brossé  par Marie Ndiaye est sans conteste celui de la mère, Ladivine Sylla, femme admirable qui souffre du rejet de sa fille mais qui sait rester en retrait et ne pas intervenir pour ne pas déranger. Discrète, humble, souriante, toujours d’humeur égale, elle accepte, malgré sa douleur et son amertume, leurs échanges qui se limitent à des banalités puisque sa fille ne la laisse jamais pénétrer dans son intimité.

                Marie Ndiaye explore la vie intérieure de personnages complexes. Ce sont des êtres aimants qui se contentent de mener une existence ordinaire  et paisible, mais qui, quand les engrenages s’enrayent, vont jusqu’au bout des contradictions qui les habitent sans pouvoir éviter la tragédie finale. Même s’il y a quelques longueurs dans ce roman, et notamment dans la deuxième partie consacrée à la vie de Ladivine, la fille de Clarisse, il pose de façon subtile des problèmes existentiels comme celui de l’identité, du remords ou de la rédemption.



Nonobi |
Aquareliane |
Bawhkalam |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Tasnimafrances
| Tousmeslivres
| Souvenance.