Archives pour juin 2013



Où j’ai laissé mon âme, Jérôme Ferrari

                Andreani et son capitaine Degorce, rescapé de Buchenwald et victime des bourreaux nazis, se sont rencontrés en Indochine où ils ont combattu côte à côte et où ils ont connu les horreurs de la guerre. Pourtant, cela ne les a pas empêchés de devenir des tortionnaires à leur tour, lors de la guerre d’Algérie et de commettre les pires exactions auprès des prisonniers qui passaient entre leurs mains.

                Nous suivons leur parcours, du point de vue d’Andreani, puis de celui de Degorce qui n’ont pas vécu ni ressenti leur destin, pourtant identique, de la même façon. Andreani assume pleinement le rôle qu’il a joué tandis que Degorce éprouve du dégoût et du remord pour les actes odieux qu’il a commis et il sait qu’il ne pourra plus regarder en face ni sa femme, ni ses enfants car nulle rédemption n’est possible. Pourtant, il a essayé de donner un sens à ses actes et de se justifier auprès d’un prisonnier au sourire mystérieux, le chef des rebelles Tahar, qu’il considérait à égalité avec lui, mais il n’y est pas arrivé et son prisonnier lui a échappé. Alors, lequel des deux, de Degorce ou d’Andreani est le plus coupable ? Le premier qui s’interroge sur sa conduite et qui a mauvaise conscience mais qui continue à agir de la même façon, ou le second qui, installé dans la logique de la guerre, assume pleinement ses gestes et ne renie rien de son passé ?

                L’auteur pose la question comme il s’interroge sur  l’éternel recommencement de la guerre, « le monde est un bien piètre pédagogue […] il ne sait que répéter indéfiniment les mêmes choses. »Il évoque les scènes de boucherie qui se reproduisent, comme celles que le Vietnam a connues : « Nos pièces d’artillerie pilonnaient au hasard, à travers la brume, le flanc de montagnes invisibles, un déluge de pluie et d’acier tombait sur nous avec une régularité implacable et, tout autour de nous, le champ de bataille se soulevait comme un effroyable océan de boue, avec ses tourbillons et la crête de ses vagues immobiles qui charriaient des débris de chair et de métal. » Il dénonce l’absurdité de la guerre où le sens de l’honneur, la bonne conscience et le courage se mêlent à la faiblesse et à l’admiration des actions les plus barbares. Plus rien n’a de sens ! Le tortionnaire affiche tour à tour les sentiments les plus contradictoires comme la compassion, la veulerie, le mépris.

                Jérôme Ferrari se sert avec habileté de son style si particulier pour montrer l‘ambiguïté des sentiments humains. Les phrases longues et l’absence de paragraphes conviennent très bien au féroce réquisitoire d’Andreani qui démontre à Degorce que son courage n’est en fait que servilité et qu’il est aussi condamnable que lui. Quant à Degorce, l’auteur nous fait assister à son débat intérieur en introduisant des parenthèses qui expriment son dégoût pour lui-même.

                « Où j’ai laissé mon âme » est un livre très fort où, si, à la fin, le lecteur ne sait toujours pas où est le mensonge et où est la vérité, il est pourtant convaincu que la guerre fait partie de la nature humaine et qu’elle ne l’honore pas.

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